Entretien avec Breton

Pour les 33e rencontres Trans Musicales de Rennes, Jean-Louis Brossard a invité Breton à jouer au Parc Expo. Depuis que le Transistor les avait vus au festival Jalouse Rocks avec Is Tropical, on rêvait de rencontrer les Britanniques. C’est donc aux Trans 2011 que nous avons eu la chance de discuter surréalisme et récession avec Roman.

Breton

Breton est avant tout un collectif d’artistes. « On fait des vidéos et pour les habiller, on prend des photos, on design du son, on compose des morceaux et des remix. C’est simplement parce qu’on peut trouver tellement de choses intéressantes à faire et on a tellement de technologies à disposition pour les réaliser, que ça paraît logique de le faire. »

A la base, les compositions n’étaient là que comme bande son des vidéos. « On a dit qu’on était un groupe pour inciter nos amis à voir ces films, et un mec a insisté pour enregistrer nos morceaux. Nous on voulait juste envoyer les mp3 par email à nos amis, mais tout le monde a voulu qu’on publie cette musique… Et c’est vrai que si on met quelques titres en vente sur iTunes, ça permet de rembourser les cordes de guitare ou d’acheter une nouvelle pédale. »

Par la suite, le besoin du support physique est devenu un débat au sein du groupe. « On s’est dit que si on devait sortir nos compositions en physque, comme un CD ne nous coûte que 2p, il fallait une valeur ajoutée sinon y’avait pas d’intérêt. Et le plus geek de la bande nous a parlé des composants de synthé : c’est vraiment pas cher et chaque élément est différent, tu pourras jamais reproduire le même son. » Breton a donc distribué un composant de synthé avec leur deuxième EP Sharing Notes. « Comme on peut pas contrôler le son du composant, ça donne un côté organique à toute cette électronique. C’est du chaos, presque de la nature. En offrant ce composant avec l’album, on contredit le fait que ce CD n’est qu’une copie de l’original. Tu as entre les mains un des objets qui a permis de faire cette chanson, mais qui sonne différemment de tous les autres. »

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Pour Breton, tout s’est enchaîné très rapidement. « Le mécanisme est presque instantané : tu as une idée, tu la mets en ligne sur un blog et tu as des centaines de personnes qui lisent ce billet. Avec cette exposition, si on sort quelques singles, on peut avoir 8000 personnes qui l’écoutent. » Le collectif s’est dit que ce serait dommage de gâcher cette opportunité. « On a voulu se servir de cette exposition pour présenter d’autres artistes qui nous paraissent intéressant. Pourquoi présenter juste un nouveau titre, quand on peut présenter une vidéo qui nous plaît ou un designer qui fait un travail superbe ? C’est dans ce sens qu’on collabore – c’est la raison pour laquelle on devient un artiste, pour rencontrer des personnes intéressantes. »

Leur nom à consonance française vient du poète surréaliste André Breton. « On adopte l’angle surréaliste dans l’idée de détacher quelque chose de son contexte. On peut par exemple prendre un échantillon de personnes qui parlent et quand on ajoute cette piste à un morceau, cet échange prend un tout autre sens : cette discussion devient alors un message crypté. » L’idée est de détacher des éléments pour analyser les différentes significations qui peuvent en résulter. « Quand tu combines des éléments isolés, d’un coup tu as toutes ces significations possibles qui ensembles créent quelque chose de nouveau. C’est quelque chose dont André Breton parlait y’a soixante ans, et non seulement c’est encore d’actualité mais c’est encore plus pertinent maintenant avec toutes les nouvelles technologies. »

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Roman prend un exemple plus simple pour expliquer leur démarche. « C’est comme quand quelqu’un remixe un morceau, il prend les idées de quelqu’un pour les sortir de leur contexte. Il les détaches de leur signification première pour les intégrer dans un nouveau contexte. Un mauvais remix c’est quand tu ne changes pas grand-chose au morceau, parce que l’intérêt c’est cette dissociation du sens. » Breton adapte le mouvement surréaliste à la video et la musique. « C’est comme Magritte… ou comme mettre un urinoir dans un galerie d’art : on sort l’objet de son contexte, cet objet doit alors être considéré comme de l’art puisqu’il est dans un musée ! C’est Dali et ses montres molles : on joue avec l’idée que tu as de ces objets, avec ce à quoi tu t’attendais. Et le plus amusant c’est de manipuler ces idées. »

Quant à leur musique, entre l’electro lo-fi et le hip hop indé, difficile de la décrire. « Personnellement, j’ai plusieurs degrés de musique, c’est variable entre le niveau accessible pop et les trucs qui donnent la migraine à mon manager. Le mieux, c’est la combinaison de tous ces degrés. » Breton cherche à faire de la musique abrasive mais accessible. « Sauf qu’on ne décide pas d’écrire de la musique difficile d’accès, on compose et on constate le résultat. Des fois tu as des morceaux de pop tellement simplistes, comme ceux de Lady Gaga, mais qui sont tout aussi valides que les trucs migraineux, parce que c’est de l’expression. La pop, c’est pas juste faire un beat catchy que tout le monde va fredonner, et la musique complexe c’est pas seulement faire de la musique la plus difficile qui soit…. »

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Leur premier album vient d’être masterisé, il s’intitule Other People’s Problems. « C’est comme de dire que c’est la récession de quelqu’un d’autre. En gros, c’est pour dire que c’est facile de se dégager de la responsabilité : c’est pas toi qui a investi autant, c’est pas toi qui a des armes de destruction massive… Sauf qu’on est tous responsable des actions des autres. » Ce n’est pourtant pas un message politique. « C’est plus pour dire qu’il est impossible de ne pas être affecté par les actions des autres – peu importe le contexte. Cet album est un condensé de tellement de choses. Comme si c’était tout et tout ce qui restait après : toutes les idées qu’on a eues, les débats, les engueulades, toutes ces choses personnelles… La somme de tout le monde et les problèmes des autres. »

Cet album a été enregistré en Islande, dans le studio de Sigur Ros. « Alex, du label FatCat, disait que ce serait une bonne idée pour un groupe basé à Londres de s’ouvrir à un pays de paysages à perte de vue. Y’a un danger quand on garde toute la création en vase clos : on manque de retours et on risque de se retrouver coincés. » Après l’incubation, Breton a choisi de transporter les compositions dans un environnement plus ouvert. « On est arrivé, et on s’est trouvés face à une cascade et une montagne avec un poney devant. En plus il fait jour en permanence, donc après trois jours tu as perdu tes repères. Et ça nous a aidé – surtout pour réchauffer notre musique… parce que ça commençait à sonner un peu froid, trop synthétique : ça nous a permis de rajouter des touches humaines à notre son. »

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Entre les brouillons et la touche finale, les compositions ont voyagé. « Y’a des paroles que j’ai écrites dans le bus vers Elephant & Castle, les voix je les ai enregistrées le lendemain des émeutes à Londres, et l’instrumental a été fait en Belgique. Ensuite on a emporté le tout en Islande où on a ajouté la batterie et l’ensemble a été masterisé à NewYork. » Toutes ces atmosphères se retrouvent dans les chansons. « Quand je l’écoute, j’ai l’impression de regarder des polaroids. Et quand tu le fais écouter à quelqu’un d’autre, tu le laisses libre d’interpréter – c’est bien mieux que de lui dire quoi penser. Parce que n’importe quelle interprétation extérieure va toujours être plus complexe et enrichissante que l’intention. »

Réclame

Sont déjà disponibles les EP Practical, Sharing Notes et Counter Balance. Le premier album de Breton, Other People’s Problems est à paraître chez FatCat en février 2012. Breton seront en concert live le 13 janvier à la Machine du Moulin Rouge !


Remerciements : Melissa Promotion et Maxime (ATM)

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12 réactions »

  • Trans Musicales – Focus sur le Parc Expo | Le Transistor :

    […] En savoir plus sur Breton – lire l’interview […]

  • Pascale :

    Super article, merci beaucoup 🙂

  • agnes (author) :

    merci !! n’hésite pas à le partager 😉

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