Lilly Wood & the Prick

Lilly Wood & the Prick, c’est Nili et Ben. Une compilation Folk & Proud par ci, une reprise de Santogold par là, et les voilà propulsés à Rock en Seine l’an dernier. Les cigales ont bûché tout l’hiver et sont ravies de nous annoncer la sortie de leur premier album Invincible Friends le 31 mai. Je les ai rencontrés chez un antiquaire moderne de Gambetta, leur quartier de prédilection.

Lilly Wood & ThePrick

Lilly Wood & ThePrick

Leur ascension m’a parue très rapide avec un aspect naturel, comme si ça devait toujours être aussi facile et sans galères. « On a pas vraiment galéré mais on a fait beaucoup de bars pourris, mais on était très contents de le faire : on se trimballait le matos à deux sur un scoot avec l’ampli, la guitare et le synthé. » Je vois l’image d’ici, comme un cartoon.
Ben : On a toujours avancé dans la musique d’une manière assez naïve : dans ce qu’on a fait, dans ce qu’on a voulu faire, dans nos rencontres, nos projets, notre musique… on s’est rencontrés d’une manière naïve, on s’est mis à faire de la musique, on a vu qu’on arrivait à jouer ensemble… on s’est pas posé de questions…
Nili : On s’est jamais fixés d’objectifs, on n’a jamais démarché, je savais même pas ce que ça voulait dire signer ! Ça nous a permis de garder un truc sincère –on joue de la musique sans s’occuper de tout le relationnel, parce qu’on sait pas y faire. On est contents et heureux et on sait qu’on a eu beaucoup de chance : les choses arrivent un peu par magie. »

Comment on peut monter un groupe de manière naïve ? La recette c’est pas d’avoir du talent et de la persévérance ? « Au départ notre facilité vient d’écrire ensemble, pas la technique ; mais maintenant que ça devient sérieux, on a vachement bossé tous les deux…
Nili : On est tous les deux autodidactes… Y’avait un mec qui était fou amoureux de moi, et quand je lui ai dit que je rêvais d’apprendre la guitare, il m’en a ramené une. J’ai commencé à très très mal jouer de la guitare tout en fredonnant dessus. Je faisais rien de ma vie, j’avais envie de faire un truc artistique, pour m’exprimer.
Ben : Ma première guitare c’était y’a quatre ans, elle était cassée et y’avait qu’une corde, donc je faisais le ‘Seven Nation Army’ des White Stripes dessus. Je dis que je suis pas très bon parce que j’ai plein de problèmes de rythme, après j’ai peut-être des facilité pour trouver des accords qui sonnent bien… »

Tout paraît simple et facile quand Nili et Ben l’expriment, mais comment se produit la magie ?
Ben : Je vais prendre la guitare, je vais faire deux trois accord, elle va chanter, trouver une mélodie puis elle va chercher les paroles… ou des fois elle va arriver avec un texte et on cherche des accords – mais souvent ça vient d’un moment où on est tous les deux et il se passe rien, et ça naît à ce moment là entre nous deux…
Nili : Même si je sais que c’est prétentieux de ma part, sur le moment, moi je suis super enthousiaste, et après on se calme et on arrange le morceau. Peut-être que ça ressemble à 15.000 autres trucs, c’est pas original, mais on s’en fout, on marche à la complicité ! Si faut pas faire de musique parce que ça a déjà été fait, plus personne va rien faire !

Ils annoncent avoir beaucoup bossé depuis leur EP. Quels sont les aspects qu’ils ont travaillé ? Nili s’enflamme, c’est dans sa nature. « Moi, j’ai pas envie qu’on change notre manière de travailler au niveau de l’écriture, j’en suis heureuse. Même si ça peut paraître léger ou à l’arrache, on arrive à faire des choses qui nous plaisent. Par contre, avec la tournée, on vient de passer un énorme cap au niveau du live. Au début, on regardait le bout de nos chaussures, limite pardon d’être là… et maintenant, on a des putains de musiciens sur scène – qui sont là pour nous aider aussi – on arrive à se lâcher et à prendre du plaisir. J’aime de plus en plus faire des concerts. On est dix mille fois meilleurs qu’avant – là-dessus on avait besoin de travailler, on a encore besoin de travailler, on travaille. »

Lilly Wood – c’est un personnage de contes de fées, comme on a vu dans le clip ?
Ben : ce serait le côté douceur et féérie de ce qu’on peut faire, le Prick c’est plus le côté plus rock, plus abrasif –
Nili : et aussi le côté plus sombre et pas malsain mais un peu ambigu
Ben : borderline
Nili : même si dans la forme c’est léger, dans le fond, écoute les textes.
Ben et Nili finissent un peu les phrases de l’autre… Ils semblent se compléter par leurs personnalités.
Ben : par exemple, à un rendez-vous moi je vais être en avance, elle va être en retard. Ensemble on est pile à l’heure. (rires)
Nili : moi je me contrôle pas vraiment, donc parfois il va me détendre, me calmer. Dans l’autre sens, je vais me charger des choses qu’il ose pas faire… y’a un échange ! (rires)
En tous cas, Nili est très naturelle, quand elle revient des toilettes, pour s’excuser d’avoir mis du temps, elle confie qu’elle porte une combi et donc qu’il lui a fallu la retirer entièrement.

Parlons des textes : dans une interview Nili avait raconté qu’elle se marrait à les écrire –mais je les trouve plutôt intenses. « Effectivement, y’a du second degré, mais j’avoue quand j’aborde le sujet du suicide, c’est pas non plus hyper drôle… Ce qui me fait vachement rire, c’est de dire un truc hyper sérieux, et de le faire dans un style tellement années 90, dire des trucs vrais mais avec une touche de recul. Par exemple dans ‘It’s OK’, les paroles annoncent que tout va bien et derrière t’as juste des hurlements : c’est complètement contradictoire. »

Qu’est-ce qu’on peut attendre de leur premier album par rapport à l’EP ? « Avant d’avoir enregistré l’album, on était moins affirmés que maintenant. Ça faisait à peine 2 ans qu’on faisait de la musique, y’avait des trucs qu’on osait peut-être pas faire –on hésitait sur ce qui pouvait sonner un peu trop cheap ou un peu trop 80s… Et sur l’album, on a été jusqu’au bout, tout en prenant en compte l’avis de tout le monde. Si on kiffe un son, on le met, on hésite plus. On va pas essayer de faire ce qu’il faut faire, on a fait ce qu’on a envie de faire ! »
Je vois pas le côté kitsch de leur musique.
Ben : c’est le côté un peu fait de bouts de ficelle aussi. Y’a des sons kitsch
Nili : Tu veux la preuve ? Je joue avec un keytar sur scène…
Ah oui, non là ça valide le kitsch !


Remerciements : Cinq 7

Catégorie : A la une, Entretiens
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