Entretien avec AuDen

Depuis les Chantiers des Francos, Le Transistor voulait rencontrer AuDen alias Adrien Daucé. Mais très pris son travail en studio avec Olivier Coursier (AaRON et accessoirement Mass Hysteria), le déjeuner n’a eu de cesse d’être repoussé. Sillon enfin sorti le 24 mars, l’entretien a pu avoir lieu au Printemps de Bourges. Cueilli à la sortie de son concert à l’Auditorium, Adrien paraissait serein, et surtout prêt à défendre ce premier album sur scène.

AuDen

Adrien Daucé ne tarit d’ailleurs pas d’éloges au sujet d’Olivier Coursier : « Une des plus grandes rencontres que j’ai pu faire dans ma vie. En studio il a été d’une force ! Ca a été une épaule très réconfortante. »

Pour AuDen, c’est le troisième concert avec cette nouvelle formation. « Avant je tournais avec des Bretons, mais ils avaient beaucoup de projets à côté. Le batteur jouait aujourd’hui au Printemps de Bourges avec son groupe Fragments. Donc on a préféré monter une nouvelle équipe : le clavier de Bel Plaine et les gars de Lilly Wood & the Prick. Ils sont frais, je les ai chopés à la sortie de la tournée. C’est beau quand même de voir ces gens qui s’investissent pour d’autres artistes. » Adrien Daucé ne cache pas son excitation quant à cette tournée qui débute. « C’est marrant je suis un peu comme un gosse de treize ans qui prend ses premières cuites : j’étais fou quand j’ai vu le mini-van dans lequel on allait tourner ! Mettez tous des couronnes parce qu’on a un roadie et un régisseur les mecs ! C’est déjà beaucoup pour moi. Je suis encore dans une phase où je découvre des choses, je réalise… Je sais que ça existe, mais quand ça t’arrive à toi, quand on te met à disposition des gens comme ça… »

Avant d’être musicien, Adrien Daucé a travaillé dans un cabinet d’architectes… entre autres. « C’était un boulot d’interim : j’ai bossé à la chaine dans une usine, j’ai fait du ménage aussi, mais c’était juste le temps de composer et de préparer la scène afin de rencontrer des bonnes personnes. C’est bien, les petits boulots comme ça, ça te donne des leçons de vie. Ca m’a appris la définition du mot moisir : moisir dans un travail que tu n’aimes pas, se lever le matin, et déjà regretter de s’être levé. C’est comme s’enterrer avant l’heure ! »

Cette fébrilité est étonnante venant de l’auteur de textes très sombres. « Heureux ou malheureux, chaque état apporte des émotions différentes. Ca me semble plus logique d’écrire quand on est triste : t’as le temps de réfléchir sur toi-même, d’analyser tes erreurs. Alors que quand t’es heureux t’as envie de le montrer plutôt : c’est difficile pour moi d’écrire heureux. Rien que par l’emploi du champ lexical. Quand j’écris des choses, ce vocabulaire me vient plus naturellement. » Après tout, son livre de chevet reste Les Contemplations de Victor Hugo. « C’est un mec j’ai l’impression qu’il était constamment mélancolique… mais qu’il s’y plaisait, comme bercé par sa mélancolie. Il disait que la mélancolie c’est le bonheur d’être triste. Et c’est ce qui chez moi touche la corde sensible. Les mots durs, les mots lourds, les accords mineurs. Et puis quand tu regardes ma bibliothèque musicale, les Stevie Wonder n’ont qu’une toute petite place au milieu des Bon Iver et Sigur Ros… »

C’est sûrement cet amour de la poésie qui le pousse à chanter en français. « D’abord j’ai un accent à couper au couteau, et de toute façon, je peux pas chanter en anglais. Je l’ai fait aux Trans [en 2010 NDLR], sur deux chansons, mais je ressentais rien. C’est une langue qui est très musicale : ça m’arrive, au stade de la composition, de faire du yaourt en anglais. Ca va me permettre de poser une mélodie. » Autant Adrien Daucé peut l’utiliser quand on lui demande d’écrire pour d’autres artistes, autant en ce qui concerne AuDen « L’Anglais se prête pas du tout à mon histoire. J’ai besoin de comprendre, de m’émouvoir moi-même, de savoir que c’est le bon mot, que ce mot-là a sa place là où il est, que le sens qui en découle est respecté. Non, le français s’impose tout simplement à moi. »

Pour réaliser ce premier album Sillon, AuDen a fait appel à Olivier Coursier. « Faut savoir que je l’ai usé quand même, on a fait et refait des choses, enregistré, effacé, réenregistré… Je suis passé par des moments de doute. Mais son seul souci c’est qu’à la fin, que je sois content de tout l’album. Il cherchera jamais à imposer sa patte, que ce soit moi ou un autre artiste qu’il réalise… Des gens comme ça on en croise que très rarement. » Pour réussir à détendre le jeune musicien, le fondateur de AaRON lui a joué des tours… « Quand tu passes 8 heures en studio, sans fenêtre dans un sous-sol… C’est vrai qu’on avait tendance, quand on avait des écoutes avec le manager, à prendre une petite bière. Tout de suite on était très chauds ! Et ce con-là en profitait pour me faire faire des prises de voix juste avant de partir. Mais il s’est avéré qu’on a réussi à faire trois-quatre chansons comme ça, dès la première prise. Je pensais pas en être capable ! »

Adrien semble souffr un peu de ne pas avoir de formation musicale. « Je suis pas un grand chanteur, je suis pas un grand technicien de ma voix. Je recherche ce que j’entends, et personne peut savoir ce que moi je veux, et donc Olivier peut faire en sorte de m’amener vers cette envie, mais ne peut pas le faire pour moi. Mais j’ai une oreille assez fine, je crois que j’ai l’oreille : je distingue un accord faux d’un accord vrai, je me laisse juste guider par les choses, par ce que j’entends. » Au début, il s’est dit que ces lacunes seraient un frein. « Je me suis dit merde moi, petit Breton qui débarque à Paris avec son album, j’avais peur de ce côté un peu technique, le solfège, poserait un problème face aux autres musiciens, et en fait pas du tout ! Mais quand tu prends pas de cours, à un moment tu atteints tes limites. Mais je suis en train d’apprendre à lire le solfège. »

AuDen a beaucoup d’admiration pour beaucoup d’artistes : François & the Atlas Moutain, Sigur Ros, et surtout Rocé. « C’est pour moi la plus belle plume du rap français, malheureusement pas assez reconnu à mon goût. J’ai failli faire une collaboration avec sur le premier album : on s’est rencontrés, c’était prévu qu’on travaille ensemble. Mais le temps ira fait qu’on a pas pu trouver des sessions, donc on fera ça sur le deuxième. » En fin de compte, cette expérience sur Sillon n’était pas si mauvaise puisqu’il se projette déjà sur le deuxième album ! « Déjà dans l’enregistrement du premier, il y a déjà des choses, que j’aurais voulu mettre, des choses que j’ai gardées pour le deuxième. Parce que c’était pas la même histoire. Avec Sillon, j’avais l’impression d’avoir déjà figé un chapitre. Et là de commencer à en écrire un autre. Je pouvais pas mélanger les deux. »

Réclame

Sillon, le premier album d’AuDen, est paru chez Polydor
AuDen sera aux Francofolies de La Rochelle et au Festival Bobital.
Lire l’interview de Lilly Wood & the Prick
Lire l’interview de AaRON
Lire l’interview de Jonsi
Lire l’interview de Fragments
Lire le live report du concert d’AuDen au Café de la Danse


Remerciements : Nina (Polydor)

Catégorie : A la une, Entretiens
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