Two Door Cinema Club

Aux Eurockéennes de Belfort, il s’agit de guetter les stars montantes. Le Transistor a réussi à mettre la main sur Two Door Cinema Club. Au cours des dix derniers mois, les Irlandais ont remplacé La Roux au pied levé au festivals des Inrocks, assuré la première partie de Phoenix, joué au Printemps de Bourges, été invités sur le plateau de Taratata et été à l’affiche de la Cigale. Rencontre avec Kevin Baird, le bassiste.

Two Door Cinema Club

Two Door Cinema Club

Two Door Cinema Club

Le groupe est formé de trois amis, Alex au chant, Sam à la guitare et Kevin à la basse. Ils ont pourtant commencé par une formation classique. “On jouait dans le groupe de l’école, j’ai appris le trombone et Alex jouait de la clarinette. On était pas très populaires, on était plus des geeks. Puis Sam est devenu un peu jaloux, donc il s’est mis lui aussi à la clarinette, mais il était pas très doué. Son truc c’est plus le sport. Moi aussi j’en ai fait, j’étais dans l’équipe de rugby, mais je suis pas très grand et pas très rapide non plus, c’est pour ça que j’ai préféré la musique.”
Et donc quand ont-ils commencé à jouer tous les trois ? “On était dans un groupe de rock avant, mais encore une fois, on était pas très bons. Donc on a commencé à jouer ensemble on avait 15 ans – là on va bientôt avoir 21 ans.” Pour le coup, ils sont trop jeunes pour une tournée aux Etats-Unis. “Bah les Américains arrivaient pas à lire nos permis de conduire, donc on arrivait quand même à boire – quand on veut, on peut. Mais pour la prochaine tournée, on aura légalement le droit de boire de l’alcool, on n’aura pas besoin d’enfreindre les lois, même si ça nous plaît de le faire. Pourtant on est pas très rock’nroll…”

Ils refusent l’étiquette rock, comment définissent-ils leur son ? « Cool, j’ai l’avantage de choisir notre appellation. On est un groupe d’indie-electro-pop alternative ! Je comprends pas pourquoi les gens ont besoin de nous mettre dans une case. Quand ton meilleur ami deviens fan d’un nouveau groupe, il faut absolument décrire, alors que tu pourrais très bien l’écouter et décider par toi-même si tu l’aimes ou pas. On ne peut pas écarter un genre entier. Ecoute, et peu importe le style qu’ils jouent, regarde juste si tu aimes leur son.”

Leur valeur ajouté, c’est la dimension donnée aux mélodies enjouées renforcée par des paroles tristes. “Je pense que c’est une bonne chose. On a toujours pensé que même si on a un thème triste à aborder, la musique n’a pas besoin d’être empreinte de la même mélancolie. On est des personnes très positives. On peut quand même faire passer le message même s’il est en filigrane par rapport à la mélodie, et on veut quand même apprécier cette musique et ne pas se sentir déprimé à chaque fois qu’on la joue. Oui, les paroles sont tristes, mais demain arrive bientôt, il faut regarder le bon côté des choses. C’est pour ça qu’on aime ce contraste.
Nos chansons sont très dansantes. Certaines personnes dansent, d’autres slamment, mais c’est pas mal non plus de voir des gens se poser et prendre le temps d’écouter notre musique.”
YouTube Preview Image Le choix d’Eliot James [Bloc Party, Kaiser Chiefs] en tant que producteur, était-ce une suggestion de Kitsuné ? “C’est pas judicieux de garder le label autant impliqué dans l’élaboration de l’album. Kitsuné n’a rien recommandé, on voulait le faire nous-mêmes. On a juste regardé nos albums favoris, et le son de Silent Alarm était réellement phénoménal pour un premier album ! Mais on a rencontré quelques producteurs, on s’est assis avec eux pour discuter, boire un verre et voir comment ils travaillent. Avec Eliot, c’était tellement simple, on avait la même vision, on s’entend bien et je pense que c’est essentiel quand on sait qu’on va passer deux mois coincé dans une pièce avec le mec.
Avec les personnes un peu plus âgées, d’autant plus des producteurs connus, c’est difficile d’imposer son point de vue, ils te contredisent, parce qu’ils ont l’impression qu’à cause de leur expérience, ils savent mieux que nous. Mais là, tout le monde s’écoutait, et si on était pas d’accord, on traitait la question. Au final on était très contents du résultat. On a bien travaillé tous ensemble, il a compris ce qu’on avait en tête, ça s’est très bien passé, on a même gardé contact.
Pourquoi avoir choisi Phil Zdar, qui a récemment travaillé sur le Wolfgang Amadeus Phoenix ? « Ca s’est passé pendant l’enregistrement de l’album, et c’est notre management qui nous a soumis l’idée. On savait qu’il avait bossé sur l’album de Phoenix, et on pensait que c’était trop ambitieux que de lui demander – et on était pas sûr de pouvoir le financer. Mais il a adoré notre musique, il croit en nous et voulait faire partie de l’aventure. Du coup, il a carrément cassé ses prix pour mixer notre album, d’ailleurs, je pense qu’on lui doit encore de l’argent.
En tous cas, c’était une expérience géniale. Avec Alex on est partis ensemble à Paris pour discuter avec eux. Pour moi, le mix de l’album, c’est la partie la moins stimulante du processus : on laisse le producteur faire son taf, et on arrive en disait j’aime ou j’aime pas tel ou tel truc. Mais avec Philippe, on s’est posé dans son studio pendant une semaine et on a bossé dix-huit heures par jour, à écouter chaque partie, voir les changements, et ça s’est très bien passé.”

Leur premier album, Tourist History, est sorti en mars dernier. Tout s’est déroulé très rapidement en somme. « Pas tant que ça. Pour tout le monde, ça peut paraître rapide, mais on a pas passé trois ans dans nos chambres à se tourner les pouces. Pendant deux ans, on était sur les routes en tournée. Ces chansons ne se sont pas écrites en une journée. Ca a pris mal de temps d’attirer l’attention de la presse. Une fois qu’on l’a, tout s’enchaîne plus rapidement. Pendant les tournées, on a dormi sur le sol chez des potes, on est passés par la case galère. Donc quand Kitsuné est arrivé, on a eu l’impression de l’avoir mérité. C’est arrivé directement, sans qu’on le planifie. Il y a tellement de groupes qui ont à peine fait deux concerts dans leur vie, surtout les groupes londoniens, ils bénéficient du soutien des médias, alors qu’ils ont jamais joué un live de leur vie. Ils ont quelques chansons sur leur MySpace, mais ils ont pas fait le tour de la Grande Bretagne. Nous ça faisait plus de deux ans qu’on tournait déjà, c’est pour ça que la presse s’est penchée sur notre cas. On avait le style de vie, on avait les fans, il nous manquait plus que les médias.

C’était pas facile non plus. On apprécie énormément les opportunités qui nous ont été offertes. Mais ce serait pas juste de dire que c’était facile.”


Remerciements : Michael et Ai Linh (Cooperative Music)

Catégorie : Entretiens
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