Entretien avec Louis Aguilar

Il y a un an Le Transistor faisait la connaissance de Louis Aguilar au sein de Weekend Affair, où il chante pendant que Cyril Debarge de We are Enfant Terrible tape sur des fûts. Avec son projet solo, il s’est retrouvé en finale des inRocKs Labs, puis sélectionné par les Inouïs du Printemps de Bourges. C’est donc au bord de l’Auron qu’on s’est laissé captiver par les aventures de ce jeune barbu – aux bras plus tatoués qu’un vieux loup de mer – qui à 16 ans, montait sur scène avec Devandra Banhart (on exagère à peine).

Louis Aguilar

Louis Aguilar a l’air sûr de lui, mais c’est parce qu’il se remet souvent en question : « Mais ouais YOLO, toujours. C’est un peu mon moto dans la musique. On fait un truc et on voit ce que ça donne. Et puis la prochaine fois on fera autre chose. »

Louis Aguilar a déjà plusieurs albums au compteur, mais cette année il repart de zéro. « Avant j’étais plutôt indépendant, à faire les trucs tout seul chez mes parents. A 16 ans, je faisais des concerts dans les bars, mais je commence depuis peu à vraiment savoir où j’en suis. C’est peut-être une question d’âge, j’étais pas très mûr. Maintenant j’ai 25 ans, je vais être papa, alors du coup je suis un grand quoi. » A force de s’essayer à des projets pour rigoler, le jeune artiste a affirmé son style. « Avant je surfais sur mon petit confort de rigoler avec mes copains, maintenant je suis plus posé : j’ai mon studio chez moi, et j’écris pour les autres aussi, donc je me forge une discipline dans l’écriture. Ca fait pas longtemps que je veux vraiment faire quelque chose de plus… comment dire ? De plus sérieux quoi. »

Ce n’est pourtant pas donné à tout le monde d’avoir enregistré quatre albums à 25 ans. « Je choisissais pas vraiment : j’écrivais des morceaux, et quand j’en avais assez, j’allais dans le studio de ma pote Raphaëlle et j’invitais des copains musiciens : Amélie de Team Wild et Leo qui fait Fat Supper. Je les laissais jouer ce qu’ils voulaient, c’est eux qui écrivaient leur partie et en fin de compte c’était complètement improvisé. C’était plutôt comme des souvenirs de bons moments entre copains. Ce sentiment reste, mais avec un côté plus sérieux quand même. » Louis Aguilar relativise cette expérience par rapport à son projet actuel. « Ça va faire dix ans maintenant, mais le fait de prendre le projet au sérieux, ça permet de faire ce métier plus longtemps. Et de pas avoir besoin d’un boulot à côté ! On a pas souvent cette chance dans la vie de pourvoir recommencer au début mais avec 10 ans d’expérience. »

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Cette maturité d’esprit se retrouve aussi dans ses textes. « Ecrire des chansons, c’est raconter des histoires, qu’elles soient vécues ou pas. Il ne faut pas nécessairement l’avoir vécu pour être crédible, mais qu’elles soient bien racontées. Il y a une part de projection : je lis beaucoup de livres, je regarde beaucoup de films, et je m’approprie un peu les histoires que je découvre. Après il y en a pas mal que j’ai vécues aussi… Même si c’est vrai que j’ai pas vécu la guerre. » Quand on l’entend chanter, on a l’impression que Louis Aguilar a connu mille vies. « C’est cool que ce soit ressenti comme ça… Ça me rappelle Dylan : sur ses premiers albums il racontait des histoires complètement dingues. Il avait rien vécu de tout ce qu’il racontait, et pourtant tout le monde y croyait. C’était le mytho notoire de New-York ! »

Une aventure qui lui a forgé le caractère a été de partir étudier dans le Missouri. «
A l’époque, j’avais 18 ans, et j’étais parti pour faire du dessin à la fac car j’ai toujours dessiné. Mais c’est beaucoup d’histoires de filles en fait, les voyages comme ça. Parce que quand j’étais à Lille, je sortais avec une américaine, qui était là pour un an. » Pour suivre une fille, Louis Aguilar a rempli des dossiers pour être accepté en fac de dessin. « Elle était californienne, et en faisant les papiers je me suis rendu compte que la Californie c’est très cher niveau dossier. Entretemps j’étais plus avec elle, du coup je suis parti quand même mais dans le Missouri. J’ai choisi un peu au hasard, à pile ou face avec le Dakota du Nord. Sachant que je m’étais trouvé une copine en France sinon c’est pas drôle. »

Finalement, le jeune artiste s’est retrouvé à faire plus de musique que de dessin. « Je jouais tout le temps de la guitare sur le campus parce que je connaissais personne et un jour des gens sont venus me voir pour me proposer une date. C’était de la country, les morceaux se ressemblaient vachement du coup j’ai réussi à me dépatouiller. On est partis faire un concert à dix heures de route après deux répétitions. » Louis Aguilar est parti avec un groupe country faire la tournée des rodéos. « Le chanteur était champion de rodéo donc à chaque concert, pendant les balances, il allait faire les compétitions, et nous on croisait les doigts pour pas qu’il se fasse marcher dessus. Mais ça va, il faisait du lasso, pas de taureau. En même temps je continuais le dessin, et j’ai réussi à me faire engager à l’accueil d’une boutique de tatouage. Du coup ça donne de la matière pour écrire pas mal de chansons. Mine de rien en un an on en fait des choses. »

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Au passage de ses nombreuses vies, Louis Aguilar joue aussi dans Weekend Affair. « Ça avance bien ! On a de nouveaux single en français produits par Yuksek qui vont sortir chez Partyfine. On a encore remodelé le projet parce que faut jamais s’arrêter sur une idée. J’aime bien qu’on tourne un truc pour au bout d’un moment changer toute la formule. Au début, c’était juste synthé et voix, puis on a rajouté la basse et la batterie avec les synthés sur bandes. Là on va peut-être même rajouter des congas. Ça nous plaît bien en ce moment. » Pourtant quelques années plus tôt, il refusait d’écrire en français. « J’ai changé d’avis parce que j’ai rencontré mes éditeurs, Strictly Confidential, et ils m’ont proposé d’écrire des chansons pour Pomme, qui est chez Polydor. Du coup j’ai écrit pas mal de morceaux, et j’ai pris gout à l’exercice, d’écrire en français, surtout pour les autres. Et puis là j’y viens un peu pour moi. Donc En Cavale’ de Pomme c’est moi qui l’ai faite. »

Ce qui est étonnant, c’est qu’à la base, Louis Aguilar était plus anti-folk qu’electro ou autre. « Au tout début, j’étais ultra fan de Devandra Barnhart, et puis j’ai vite rencontré des gars des Moldy Peaches. Et quand j’étais aux Etats-Unis pour les fêtes de fin d’année, j’étais allé à New-York retrouver ma copine française : on avait fait des concerts dans des bars, au Sidewalk Café avec tous les gens de l’anti-folk. On dînait chez Schwervon d’Olive Juice Music et Jeffrey Lewis s’est pointé en retard avec le dessert. C’était assez magique. »

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Pour en venir enfin à son anecdote avec Devandra Barnhart. « A l’époque sur tous ses concerts, il faisait monter quelqu’un sur scène pour jouer un morceau. J’avais 16 ou 17 ans, j’étais au premier rang et j’ai levé la main. C’était la première fois que je jouais devant plein de monde, avec un de mes petits morceaux, tout seul, avec sa guitare à lui. C’était carrément cool. »

Réclame

It’s All Gonna Be Fine, le dernier EP de Louis Aguilar, est disponible
Lire le live report de Louis Aguilar au Printemps de Bourges
Lire le live report de Louis Aguilar à la Gaîté Lyrique
Lire le live report de Weekend Affair à l’International
Lire l’interview de We are Enfant Terrible
Lire l’interview de Jeffrey Lewis


Remerciements : Jeremy Spellanzon

Catégorie : A la une, Entretiens
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