Entretien avec Las Aves

Las Aves sortent leur premier album, Die in Shanghai, mais les Toulousains n’en sont pas à leur coup d’essai. Après avoir fait leurs armes sous le nom de The Dodoz, le quatuor revient pour une revanche sous de faux-airs californiens. Le Transistor a donc rencontré Géraldine, Jules et Adrien au Printemps de Bourges. Très polis, ils ont accepté de retracer leurs premiers pas au synthé, séquenceur et autres machines, et leurs prises de têtes avec Dan Levy – qui s’est avéré être leur LSD (allez lire, on n’invente rien).

Las Aves

Pour ceux qui brûlent de savoir pourquoi :
Géraldine : Au final The Dodoz c’était pas un groupe fait pour faire dix albums d’affilée.
Jules : C’était un truc jeune et urgent.
Géraldine : Très très jeune, il y avait presque une colère adolescente… qui était à préserver je pense. C’est pour ça qu’on a préféré changer vraiment de nom…”

Mais reprenons : au retour de tournée du deuxième album, The Dodoz sont retournés en studio…
Géraldine : On s’est remis à faire de la musique mais d’une façon complètement différente. Déjà, on a appris à enregistrer nous mêmes : le studio était tout petit, donc on pouvait pas tout faire en live.
Jules : Avant, on composait tous ensemble dans une pièce, comme en concert. Et on enregistrait que sur bandes, en live pour garder une urgence. Mais vu la taille du studio, on l’a pris dans le sens inverse.
Géraldine : On a eu tendance à découper, à bricoler un peu avec ce qu’on avait sous la main. On samplait des trucs, on les mettait en boucle, on a appris à se servir de plein d’instruments qu’on avait jamais touchés avant.
Jules : C’était plus amateur et ça a apporté une toute nouvelle fraîcheur puisqu’on redevenait un peu des débutants. Alors qu’on avait fait que tourner pendant dix ans.
Géraldine : Et ça nous a donné envie d’explorer et de pousser ce nouveau son.
Jules : C’est pour ça qu’on a choisi de changer de groupe.”

Ainsi, les punk disco de The Dodoz ont donné naissance au hip hop electro de Las Aves.
Jules : Même avec les Dodoz, on écoutait tous énormément de hip hop, musique electronique, musique expérimentale, plein de choses qu’on pouvait pas retranscrire avec juste une guitare, une basse, une batterie.
Géraldine : Surtout qu’on aurait pas voulu faire un troisième album un peu tiède, ou une redite des deux précédents.
Jules : Pour nous, il y a une vraie évolution du son entre le premier et le deuxième, mais c’était quand même presque un diptyque. Donc on a suivi nos envies. On a préféré changer de nom aussi pour pas justement salir le groupe avec un truc pas cohérent.”
Les quatre Toulousains ont tout simplement voulu se faire plaisir.
Géraldine : C’était pas qu’on en avait marre, je crois qu’on était juste arrivés au bout d’un truc, et qu’on avait envie de découvrir autre chose.
Adrien : C’est pour avoir aussi l’impression d’évoluer, et pouvoir nous surprendre nous-mêmes. Or là, on avait fait tellement de concerts qu’au bout d’un moment… On a voulu tester des trucs, avec des nouveaux jouets pour s’amuser et retrouver un peu d’innocence.
Jules : et d’excitation.
Géraldine : On a voulu essayer de se concentrer plus sur l’essence des morceaux, d’où le côté un peu plus pop. Mais dans les arrangements on retrouve cette musicalité qu’on affectionne toujours. Et cette énergie qui reste quand même vraiment rock, avec toujours cette urgence… parce qu’on aime bien quand c’est assez violent au final.”

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Avec quelques démos, Las Aves sont partis voir Dan Levy de The Dø, avec qui les échanges ont été assez échauffés.
Géraldine et Jules : On va dire que les débats étaient passionnés et intenses (rires)
Géraldine : Ca a été un peu le fil rouge de la collaboration avec Dan. Il y avait beaucoup d’échanges théoriques presque, sur la façon de composer et quels instruments utiliser. C’est aussi ça qui nous a fait vachement grandir, ça nous a fait évoluer autant dans notre façon de composer que de jouer même. Plein d’évolutions qui sont passées par le dialogue…
Jules : Enfin, le dialogue et l’affrontement.
Géraldine : Justement ça nous a permis de faire le tri, par rapport à ce sur quoi on restait bloqués pour rien et les choses qui nous tenaient vraiment à coeur et qui définissaient notre musique.
Jules : C’était un peu notre LSD à nous… (tous pouffent) On est rentrés en nous-mêmes,
Géraldine : N’importe quoi !
Jules : Et on a vu qu’est-ce qui était vrai et qu’est-ce qui était faux ! (rires)”

Cela dit, le producteur les a aidés à casser des barrières psychologiques…
Adrien : Oui, dans le rock, les synthés c’est assez vade retro… !
Jules : C’était vraiment ça. Quand Dan est venu nous voir en studio, on lui a fait écouter des morceaux qui sonnaient comme si y avait plein de synthés sauf que nous on l’avait fait avec des guitares et des pédales. Il nous a dit qu’on était cons, que ça servait à rien de se faire chier puisque c’était le son qu’on recherchait, alors autant prendre un synthé !
Géraldine : Au début on était un peu réticents. Mais c’est aussi un truc qui est dans toutes les musiques qu’on écoute, qu’on adore.
Jules : On est gros gros fans de Soulwax depuis hyper longtemps. Donc sans le savoir on était proches de ces sons, sauf qu’on voulait pas en utiliser.
Géraldine : On connaissait pas bien en fait. Il nous a fait découvrir plein de synthés analogiques, des trucs qui au final sonnent presque plus gras et plus vénère qu’une guitare. Donc ça nous a passionnés.”

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Complètement convertis, Las Aves utilisent aussi maintenant des séquenceurs !
Géraldine : On a déchanté rapidement. (rires) Non parce que c’est vrai que dans nos têtes, c’est on se branche et on joue d’un instrument, sinon t’es un tocard quoi ! On avait un peu le cliché du DJ qui se contente d’appuyer sur un bouton. Et là c’est vrai que pour le live, on utilise beaucoup de machines, et on s’est rendu compte que c’était une grosse prise de tête.
Jules : On a passé des heures à bosser chaque son, et c’était justement ça qui était intéressant, tout ce travail en amont. Ensuite effectivement, en live on appuie sur le bouton, mais c’est tout ce qu’on a fait avant qui est important.
Géraldine : En fait ça s’apprend. Ca a pris du temps pour pouvoir jouer avec…
Jules : Pour savoir comment utiliser les machines, que ce soit pas elles qui t’utilisent.
Géraldine : Notre but, c’était d’arriver à faire comme Soulwax qui joue avec que des machines sur scène mais sonne comme un groupe de rock.
Jules : Et là on vient d’arriver à le faire, ça fait quelques mois, depuis le MaMA, où on est vraiment contents de notre live.
Géraldine : Mais ça nous a pris vachement de temps à mettre ça en place.
Adrien : Quasiment deux ans.
Géraldine : Pour réussir à avoir une interaction entre les machines et les instruments réels, parce qu’il y en a quand même beaucoup…
Jules : C’est vraiment un apprentissage, comme un nouvel instrument : au début c’est frustrant parce que pas spontané.”

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Dans ce tumulte créatif, Las Aves en a profité pour changer aussi de label, et rejoindre la petite famille Cinq7.
Géraldine : Avec les Dodoz, on avait déjà l’habitude d’être force de proposition, et de toujours vouloir nous-mêmes faire les choses. Donc dans le fonctionnement ça nous a pas tant changés, c’est juste que comme on est partis sur un nouveau projet, on a eu envie d’avoir un nouvel environnement global. Et avec Cinq7 ça se passe vraiment mieux…
Jules : Et c’est juste à côté de chez nous !
Géraldine : N’importe quoi l’argument (rires)
Jules : Non mais il y a une facilité de communication qui est assez agréable. On y passe quand on veut, alors que chez Columbia, tu penserais pas à passer dire bonjour.”

Réclame

Die in Shanghai, le prmeier album de Las Aves, est paru chez Cinq7/Wagram.
Las Aves sera en concert le 7 juin à la Maroquinerie puis aux Solidays, Garorock, Eurockéennes, Les Ardentes, les Vieilles Charrues, et Terra Incognita
Lire le compte rendu du concert de Las Aves au Printemps de Bourges
Lire le compte rendu du concert de Las Aves au MaMA
Lire l’interview de The Dø


Remerciements : Delphine Caurette

Catégorie : A la une, Entretiens
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3 réactions »

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