Entretien avec Yak

Gardant un bon souvenir (malgré les événements) de leur exaltant concert donné le soir du vendredi 13 novembre à la Boule Noire pour le festival des inRocKs, Le Transistor a rencontré Yak au Printemps de Bourges. Oli Burslem, le chanteur et leader du trio est un personnage. Mais lequel ? Insaisissable, il semble jauger son public pour s’adapter. Pour certains il suscite l’excitation en jouant le malfrat, pour d’autres il cherche à impressionner à coups de name-dropping type Thurston Moore et Jason Pierce… Et avec nous ?

Yak

A la fin de l’interview, Oli aura réussi à convaincre de sa sincérité en dépit des multiples contradictions. Soudain il balance une bouteille d’eau sur la vitre. « Peut-être que je suis fou… ou alors je joue un rôle ? »

Certains décrivent Yak comme un groupe agressif… voire dangereux.
Oli : C’est vrai que tu risques toujours de te prendre une guitare à un de nos concerts…
Elliot : On a aussi failli couper le doigt d’un mec avec une cymbale…
Oli : Ce qui s’est réellement passé, c’est qu’on a donné un concert mais c’était un vrai bordel. C’était la soirée d’un pote, il y avait plein de monde et Elliot a pris une de ses cymbales, et l’a lancée dans le public en criant fuck. Un mec a essayé de l’attraper, et c’est comme ça qu’il s’est tranché le doigt ! Le mec est ensuite monté sur scène, pour jouer du synthé, et c’est là qu’il s’est aperçu qu’il saignait, donc il a flippé et est parti à l’hosto.
Elliot : J’ai vu du sang sur le pied d’Oli, donc j’ai cru qu’il était blessé. C’est là qu’on a réalisé que c’était le sang de ce mec. On l’a retrouvé sur Internet, pour s’excuser. C’est un mec super, il vient à beaucoup de nos concerts, et pour lui, sa cicatrice fait office de souvenir. »

Clairement, leurs performances live sont brut de décoffrage.
Oli : Ce qu’on aime vraiment c’est de jouer. Comme on reste dans le van toute la journée, c’est normal qu’arrivé sur scène ce soit explosif. On s’installe à l’arrache, on n’a pas de setlist, notre équipement est un peu pourri, j’ai tellement de boutons sur mon synthé que je sais pas du tout ce qui va se passer…
Elliot : On sait pas dans quel état d’esprit on sera. Mais c’est juste notre manière de fonctionner.
Oli : Je pense que la musique ça marche à double sens. Je veux pas qu’on soit à l’aise, je veux une sorte de friction, qui va créer une lueur d’excitation dans ce genre insipide et ennuyeux, qu’est le rock’n’roll.
Elliot : On aime les groupes genre Suicide ou The Stooges, avec lesquels on savait pas ce qui pouvait arriver. Et on a pas l’impression de retrouver ça autour de nous de nos jours.
Oli : Mais on est pas un groupe de revival. C’est pas comme si on essayait de ressusciter quelque chose de notre passé. On essaie juste d’être nous-mêmes.
Elliot : Ça fait un bout de temps qu’on fait ça et pour je ne sais quelle raison, on a soudainement un public. On est pas habitués, avant on jouait pour nos potes.
Oli : Jouer devant un vrai public a complètement changé la dynamique. Avec un public, on peut jouer avec eux, parce qu’ils ne nous connaissent pas, et perso à la base je suis pas quelqu’un d’agressif, mais je peux jouer le rôle de quelqu’un d’autre. Personne ne sait qui je suis, et c’est agréable, parce qu’on peut le rendre dangereux si on en a envie. »

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Cet esprit libre de toutes conventions, Yak l’applique dès la composition.
Oli : Ce qu’on recherche, c’est prendre l’idée de départ, et la briser jusqu’à la réduire à néant. On a une chanson, ‘Doo Wah’, qui sonnait trop pop conventionnelle. Elle est très simple, classique dans sa structure. Et on a foutu du hurly-gurdy, on s’est débarrassé du métronome, et on l’a complètement foutue en l’air, jusqu’à plus la reconnaître. On cherche quelque chose de beau dans quelque chose de non fini. C’est là que la composition m’excite.
Elliot : On a grandi en écoutant The Fall. C’est un de nos groupes préférés.
Oli : ‘Live at The Witch Trial‘, c’est la première que j’ai entendue. J’adore ce groupe pour ce qu’ils étaient et je les aime toujours parce qu’il a maintenant 55 ans, mais il est toujours aussi énervé sur scène. J’aime cette idée de non fini, sans construire une carrière, il faut pas trop réfléchir non plus à ce qu’on fait. Je veux vivre au lieu d’essayer de créer l’illusion, parce que les gens le remarquent.
Elliot : Les gens lisent les journaux d’une manière différente, parce qu’ils savent qu’on leur sert de la merde. Mais les gens sont plus intelligents que ceux qui créent les nouvelles.
Oli : C’est Murdoch qui détient tout et on est censé croire ce qu’il nous raconte ? Non faut pas se leurrer, les gens sentent la merde. Donc maintenant il faut mettre ses couilles sur la table, et être soi-même. Et là, ils pourront critiquer, mais au moins on sait qu’on a fait notre truc, qu’on a été honnêtes.
Elliot : On a déjà accompli plus que ce qu’on n’aurait jamais imaginé.
Oli : Je suis un tocard de Wolverhampton, donc j’ai déjà gagné sur tellement de plans, et de loin ! On n’a jamais pensé que ce groupe n’irait nulle part. On voulait même pas lui donner un nom. On voulait pas enregistrer, on voulait rien faire. Mais c’est juste qu’on nous l’a proposé et c’est comme ça que sans trop savoir comment, on s’est retrouvé ici… »

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Yak insiste sur le fait qu’ils n’ont jamais eu l’ambition de faire carrière dans la musique.
Oli : Le peu d’argent qu’on avait, on le dépensait dans les soirées, au lieu de faire des trucs sérieux. On a jamais été des carriéristes dans l’âme, on a jamais eu aucun plan. On est ici en tant qu’outsiders, et on s’est toujours sentis comme étrangers à tout ça. Si on veut pas jouer, on va pas le faire, parce que ça ne gaspillera pas notre argent – puisque c’est pas notre argent. Tous est possible, et en ça c’est plus fun pour nous… et peut-être plus dangereux (rires).
Elliot : On est pas venus ici en voyage d’affaires. L’idée de devoir faire la bonne interview, les bonnes photos…
Oli : On vient d’apprendre qu’on nous filme ce soir, ça veut dire qu’il faut jouer parfaitement, sourire, et donner un coup de pied face à la caméra ? On va juste faire ce qu’on sait faire, donc ça va sonner bordélique, mais parce que ça nous plaît. Si tu veux du rock propre, il y a plein de groupes absolument affreux… comme ce duo, là !
Elliot : Royal Blood.
Oli : C’est ça, si tu veux voir ce genre de groupes, tu peux y aller, mais je veux pas de toi à mon concert.
Elliot : Sur 10 de nos concerts, 7 risquent d’être mauvais, mais ça sera magique niveau tension.
Oli : Par contre un groupe que j’aime beaucoup c’est Girl Band.
Elliot : Ca c’est un vrai groupe. Quand il est sur scène, Dara donne tout.
Oli : Ils repoussent les limites, ils rendent la musique à guitare intéressante ! »

Réclame

Alas Salvation, le premier album de Yak, paraît le 13 mai 2016 chez Kobalt / [PIAS].
Yak sera en concert le 26 mai au Point Ephémère, au Big Next festival, au This Is Not A Love Song, à Garorock…


Remerciements : Valérie [PIAS]

Catégorie : A la une, Entretiens
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2 réactions »

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  • Eurocks 2017 - Iggy Pop, Soulwax, Kevin Morby... | Le Transistor :

    […] avec une basse hyper entraînante mais bien plus disto. Finalement, on n’est pas si loin de nos jeunes chouchous de Yak, mais avec certains titres plus doux, comme pour préparer les déflagrations futures. Ca part […]

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