La Route du Rock 2015 – vendredi

Première journée de La Route du Rock 2015 au Fort de Saint-Père. Il a plu tout la journée, mais du coup, c’est l’occasion de tester le drainage réalisé devant la grande scène. Qui rend l’expérience festivalière beaucoup plus agréable ! Côté concerts, on découvre les confus Wand, on se délecte de Thurston Moore, on s’en prend plein les mirettes avec Fuzz (alias un des projets de Ty Segall), on s’interroge devant le live des étranges Algiers, on élit un nouveau coup de cœur : Girl Band, pour finir sur Ratatat.

Wand


Le set de Wand est un peu en dents de scie : au début, on ne remarque même pas que le DJ a passé la main à de réelles guitares, puis les musiciens poussent le son pour s’imposer, pour replonger dans un morceau inaperçu et repartir de plus belle sur des envies lourdes de metal. Pourtant, avec la sortie Golem, Wand en est déjà à son deuxième album, donc ce ne sont pas vraiment des débutants. Ils paraissent surtout tiraillés entre les envies du batteur et celles du chanteur. Apparemment bloqués au stade de la démonstration de force, ils s’engagent dans beaucoup de styles, mais n’en tiennent aucun jusqu’au bout. Au final, cette ambiance de répétition qui finit en queue de poisson, c’est plus fatiguant qu’autre chose.

Thurston Moore


De son côté, Thurston Moore affiche quelques heures de vol au compteur au sein de Sonic Youth, et sa bassiste (pour remplacer son ex Kim Gordon) n’est autre que Debbie Googe de My Bloody Valentine et Primal Scream. Aussi, quand ‘Forevermore’ commence en douceur pour rapidement exploser, on sait que la pression sera maintenue par la ligne de guitare, aussi minimale soit-elle.

Les gentils pogos commencent à poindre alors que les festivaliers commencent à peine à sécher. Ce qui est fascinant c’est de voir à quel point Thurston Moore est en train de prendre son pied à jouer sur scène. A quel point il s’illumine sur ‘Cease Fire’, comment il l’éteint pour mieux pouvoir le rallumer. Ses montées en pression, comme sur sa « chanson d’amour psychédélique » ‘Turn On’, sont saisissantes, et ses fins même après des envolées d’improvisation – à frotter frénétiquement sa vieille guitare contre les enceintes – toujours maîtrisées. Un maître en la matière.

Lire le live report de Thurston Moore au Primavera festival
Lire le live report de Thurston Moore à Rock en Seine

Fuzz


Comme Ty Segall s’ennuyait après son interminable tournée pour Manipulator, il a travaillé avec Fuzz – dans lequel il laisse la guitare à Charlie Moothart et prend les baguettes – pour travailler sur II, leur deuxième album. Avec Roland Cosio pour compléter le trio, Fuzz débarque tout de blanc maquillé – et cernes noires pour Ty Segall, lui donnant un air de Beetlejuice… peut-être pour masquer son visage de poupon ?

Le fait est que, délaissant un peu le garage pour se plonger dans le heavy metal, Fuzz dépote directement. Le petit prodige de la guitare (qui a sorti sept albums en 6 ans sans compter ses innombrables projets parallèles) est tout autant un fou furieux à la batterie : qu’il assure le chant ou non, il rebondit sur ses fûts ! Bien entendu, les slams ne se font pas attendre… Et le public aurait même envie de reprendre ‘What’s In My Head?’ à la manière d’un hymne !

Alors que Ty Segall se lance dans une danse macabre de baguettes, Algiers, sur la scène des Remparts (désormais disposée juste en face), commence à s’impatienter. Mais Fuzz rassure l’audience : il leur reste un morceau. La violence s’accélère sévèrement, mais quand le crescendo culmine, Ty Segall refuse de s’arrêter de taper ! Dès que les redoux le permettent, la foule les encourage, ce qui mène à un final phénoménal, dont les peaux des fûts en réchappent de peu ! C’est tellement la folie sur le festival, qu’ils offrent un rappel pour un bon dernier gros headband sur un solo de guitare tout bonnement flippant. Et quand la foule reprend enfin son souffle, Fuzz repart de plus belle ! Une tuerie.

A revoir à Rock en Seine !
Lire le live report de Ty Segall à la Cigale

Algiers


Changement radical d’ambiance avec Algiers, au look très (très) étudié. Originaire de Géorgie aux Etats-Unis, Algiers fait plus référence au quartier de la Nouvelle-Orléans – où débarquaient les esclaves arrivés d’Afrique de l’Ouest-, qu’à la capitale de l’Algérie. Aussi, quand le groupe commence par une longue montée de chœurs religieux, prenant bientôt la forme d’un gospel, on se laisse tout bonnement happer par l’authenticité de la démarche.

Le chanteur Franklin James Fisher prend des accents de prédicateur, et se retrouve en transe, à genoux sur ses pédales. « We were forced to walk away » raconte-t-il, pendant que le bassiste, qui harangue la foule, mime ardemment les paroles. Mais après cette mise en situation, les voilà partis en mode electro, brisant les chœurs porteurs sans un regret : seul le batteur reste dans une mouvance tribale. Rapidement, le set n’aura plus rien à voir avec cette grandiloquente intro.

Au-delà de cette envie de briser les chaînes des styles, la recherche permanente de l’image par le chanteur commence à taper sur le système. Lui si charismatique, à la voix si puissante et qui manipule si bien les émotions, quel besoin a-t-il de se perdre à trop en faire ?

Girl Band


Après les théâtraux Timber Timbre, le nouveau groupe qui titille les oreilles, c’est les Irlandais de Girl Band. Parti sur les chapeaux de roues en mode punk, le set prend lui aussi un virage electro, mais l’équilibre est maintenu sur un fil, ce qui crée une tension fascinante. Le chanteur déverse les paroles, s’agrippant à son t-shirt pour ne pas tomber dans la spirale jubilatoire des morceaux.

Dara Kiely tire sur ses cordes vocales, son corps comme tordu par une douleur que la musique ne saurait apaiser. Son batteur Adam Faulkner lui assure des introductions toutes plus fracassantes les unes que les autres, pour ensuite partir dans un groove incompréhensible. Tout d’un coup, on se retrouve à danser alors que Alan Duggan est en train de lacérer sa guitare et que l’impassible Daniel Fox fait plonger le groupe dans l’indus.

Plus légers que Liars, moins metal que Health, aussi brutaux que Metz, les morceaux filent sous un format sommaire mais efficace – notamment la facétieuse ‘Cha Cha Cha’ qui dure 25 secondes. On se régale de la montée stridente de ‘Lawman’, rééquilibrée par le chant si humain. Et on n’arrivera pas, de toute la nuit, à oublier leur obsédante reprise du groupe Blawan sur ‘Why They Hide Their Bodies Under My Garage?’. Le chanteur lui-même en sortira fébrile, chancelant. Car quand on a l’impression que ses poumons ont tout donné, il pousse encore !

A revoir au festival des inRocKs !

Ratatat


Remerciements : Maxime [La Route du Rock]

Catégorie : A la une, Reportages
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