Les 20 ans de Born Bad Records au Théatre du Chatelet

Pour ses 20 ans, Born Bad Records a investi le Théâtre du Châtelet. Comme d’habitude, le label a décidé de bousculer un peu tout le monde… Pour le théâtre, c’est la première proposition rock en plus de 150 ans d’existence. Pour certains fans du label, c’est la première fois qu’ils vont franchir les portes de cet impressionnant édifice. La soirée a très vite affiché complet, aussi seuls les fans de la première heure étaient ici réunis.

Born Bad 2026 Theatre Chatelet

Une célébration sans nostalgie, portée par des groupes dont l’énergie, la tension et le goût du risque ont rappelé pourquoi Born Bad continue de compter dans le paysage indépendant français.

Arthur Satàn

Le leader de J.C. Satàn déploie un son plus rugueux et plus massif que sur disque, porté par une guitare omniprésente et une énergie de groupe très directe. Les morceaux de son répertoire, de ‘Staring At’ à ‘How Does It Feel’, prennent sur scène une couleur plus brute, quelque part entre garage rock et héritage sixties. Dans les premiers rangs, le public est déjà debout. Le concert installe cette sensation que la soirée ne fera qu’accélérer.

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Île de Garde

Pendant le changement de plateau, on se retrouve sous les lustres du Grand foyer pour Île de Garde. Trois musiciennes sont sur scène, une machine, une batterie et un chant qui passe du murmure au cri : le groupe impose une présence étrange et pénétrante.

La musique est traversée par des positions assumées. Les prises de parole contre les violences policières, en soutien aux lycéens, à l’Ukraine et à la Palestine, ou encore contre l’extrême droite, ne viennent pas interrompre le concert : elles en constituent le prolongement naturel. Une pastèque dessinée à la main, posée sur un pupitre en bord de scène, résume discrètement mais clairement cette position.

À mesure que le set avance, les cris deviennent plus puissants, les morceaux gagnent en intensité et le public répond. Sur ‘Boy’, elles lancent « You Say I Speak Too Loud » pour répondre « I don’t give a fuck ». Une performance libre, frontale, une proposition qui donne envie d’en voir plus.

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Zombie Zombie

Deux batteries se répondent, dialoguent et transforment la scène en terrain de jeu rythmique. Quelque part entre machines, pulsations organiques et tension post industrielle, Zombie Zombie livre une forme de rock électronique hypnotique.

Le public est happé par cette mécanique précise, presque cérémonielle. L’arrivée du groupe Cobra sur scène pousse encore un peu plus loin la solennité du moment. Le rock prend ici une autre forme : toujours aussi politique, mais plus brûlant encore.

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Gwendoline

Gwendoline se cache devant un immense écran, des vidéos, quatre musiciens sur scène et une ambiance immédiatement plus grise. Le groupe fait résonner ses morceaux comme des constats désabusés sur une époque saturée d’angoisses, de tensions politiques et de vies ordinaires sous pression.

Qu’il dénonce l’Amazonie dévastée ou les politicards véreux, le groupe fait réagir la salle avec la même ferveur. ‘Chèques Vacances’, ‘Rock 2000’, ‘Merci la ville’ ou ‘Audi RTT’ prennent une force particulière dans ce décor monumental. Gwendoline ne cherche pas à rassurer. Le groupe décrit un monde absurde et anxiogène, avec cette distance sèche qui transforme l’inquiétude en uppercut.

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Jessica93

Retour au foyer pour Jessica93. Seul en scène, il occupe pourtant tout l’espace. Le son est immense, saturé, lourd, presque physique. Boucles, guitare, basse, distorsion : Geoffroy Laporte construit ses morceaux sans chercher à les rendre plus propres qu’ils ne doivent l’être.

Il y a dans cette performance quelque chose d’instinctif, de totalement assumé. Pas de détour pour séduire les radios, seulement une matière sonore brute qui avance par vagues. Par moments, des éclats plus pop émergent au milieu du bruit, avec des réminiscences qui peuvent évoquer Oasis ou les Pixies. Mais tout est immédiatement ramené vers la saturation et l’urgence.

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Frustration

Le final revient à Frustration, pour un bouquet explosif. La foule se rapproche dangereusement du plateau et le set devient rapidement une célébration collective. Le groupe joue avec la tension du public, le chanteur lui tourne parfois le dos, laisse monter l’attente, puis relance la salle. ‘No Trouble’ et ‘Too Many Questions’ ou une reprise de Genesis en français déclenchent des mouvements de foule au cœur même du Théâtre du Châtelet. Oui, il y a du slam dans l’orchestre.

La sécurité semble un peu débordée par l’ampleur de la fête, mais Frustration garde la maîtrise. Fred Campo gère les émotions de la salle avec une forme de calme presque stoïque, pendant que les musiciens poursuivent la montée en puissance. À la fin, les lumières se rallument, le public crie « Frustration » en rythme, et de plus en plus de monde envahit la scène pour mettre un gentil bordel.

YouTube Preview Image Pour son anniversaire, Born Bad n’a pas cherché à rejouer son histoire. Le label l’a mise en mouvement, avec ses groupes, son public et son goût intact pour les concerts qui débordent encore et toujours du cadre. Au Théâtre du Châtelet, le rock a trouvé sa place. Et surtout, il a prouvé qu’il n’avait rien perdu de sa capacité à faire du désordre une fête.




Catégorie : A la une, Concerts
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