Entretien avec Frustration

C’est à Villette Sonique que le choc s’est produit. La rencontre scénique, un peu tardive, certes, avec Frustration pour un concert magistral en co-plateau avec les Sleaford Mods. A Rock en Seine, les Français se faisaient un plaisir de partager l’affiche une fois de plus avec leurs cousins de Grande-Bretagne. A cette occasion, Le Transistor a décidé de rencontrer le groupe, pour finalement se retrouver à leur QG, le record shop de leur label, Born Bad Records.

Frustration

Malgré leur quinze ans de bouteille, les membres de Frustration se considèrent encore amateurs. “On est pas très bons sur les morceaux qu’il faudrait garder secrets, par exemple. Mais ça n’empêche aucun de nous de dormir. On a pas de velléité d’artistes – la main sur le front ! On est juste là, on se chambre, et on va boire quelques bières de plus pour pour oublier le fait qu’on est moyen.”

Depuis 2002, Frustration n’a sorti que trois albums, avec Empires of Shame paru l’année dernière.
Mark : En fait on compte pas. Quand on a assez de morceaux, au moins une dizaine, on se dit tiens si on sortait un album. Mais effectivement, des fois il s’écoule 3 ou 4 ans.
Fabrice : C’est selon le temps qu’on a pour répéter en fait.
Mark : Mais on se dit pas que cette année il faut qu’on fasse un nouvel album.
Fred : Ce qu’il y a parfois, c’est que sur des périodes, on a pas le temps de répéter parce qu’on joue beaucoup en fait.
Fabrice : Donc ça intervient forcément sur un éventuel nouvel album.
Frustration compose surtout en répétition, ce qui peut ralentir le processus de sorties d’albums.
Fabrice : Des fois, c’est rare, y en a un qui arrive avec une idée, et on brode autour, mais on jette quand même pas mal de choses. Et comme on répète quatre petites heures par semaine
Mark : Deux et demie ? Le temps qu’on s’installe, on raconte nos life, on boit un coup…
Fred : Même si on est résidents dans notre studio – donc on a pas de matériel à installer -, comme on a une passion commune, on parle de ce qu’on a fait la semaine. Ce qu’on a acheté comme disques, ce qu’on veut aller voir, et puis certaines modalités de concert, des choses comme ça.
Fabrice : Donc par exemple, si on avait un impératif de contrat avec une boîte de disque, on serait un peu dans le caca parce qu’on a même pas… Attend que je réfléchisse ? non on a même pas un morceau sous le coude.
Mark : On a absolument aucune contrainte et on avance comme on peut, tout simplement. Peu importe si on met 10 ans à sortir un album, on se pose pas ce genre de question.
Fabrice : On bosse tous quasiment, et on a beaucoup d’activités à côté, donc effectivement on fait toujours de la musique par passion. Pour s’amuser. Il s’avère que ça plaît mais nous on change pas notre mode de vie pour autant. On fait tout pour essayer de jouer et que ça se passe bien.”

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Le secret de Frustration serait justement de ne pas se mettre de pression.
Fabrice : Un truc qui anime pas mal ma vie, notre vie, c’est quand même la liberté. Après si vraiment on avait un impératif de sortir un disque, c’est pas que notre musique est banale mais des morceaux dans le style de, vu qu’on achète beaucoup de disques et qu’on va à beaucoup de concerts…
Fred : on pourrait t’en faire !
Fabrice : C’est pas dire que ce qu’on sort sur disque est particulièrement original. Ou fantastique, ce serait très présomptueux, attention. Mais par contre faire des morceaux hypra classiques de cold wave hypra bateau, des fois on s’en fait rire nous-mêmes.
Fred : Oui parce qu’on pourrait sortir un disque comme ça tous les ans.”

“J’espère bien que les gens continueront à se prendre des patates dans la gueule, à se rouler des gamelles pendant les concerts Frustration”

Pour les membres du groupes, la vie privée passe avant Frustration.
Fabrice: Des fois les gens nous regardent avec des yeux comme des soucoupes, quand on leur dit : enfant, boulot, vie privée. On a notre normalité de vie, ce que les autres, soient n’évoquent pas, soit ils ont tout sacrifié tout pour leur groupe. Mais c’est pour ça qu’on est quand même lents…
Fred : On gère nos vies avec le groupe.
Fabrice : Et puis des fois le prix a été payé cher, comme dépression, séparation. Moi j’ai pété les plombs y a pas très longtemps, pas forcément à cause de Frustration, mais trop trop trop ! Quand on a tourné Relax pendant un moment, on a trop joué. Il y a un moment, c’est pas qu’on se supportait plus, c’était juste que c’était trop. Et cette année on a été super limite en nombre de dates.
Mark : C’est vrai que ça fait 15 ans, y a pas beaucoup de groupes qui tiennent autant de temps.
Fabrice : Cette année on a couplé la tournée d’Empires of Shame et les 10 ans de Born Bad Records.
Mark : Plus une petite tournée au Canada, et une escapade à la Réunion, en Allemagne…
Fred : (en baillant) On jouait tous les weekends ! C’était chouette, c’était avec les copains, des gens avec qui on adore partager la scène…
Fabrice : On va dire que c’est fatigant.
Fred : On a réussi aussi à tenir le coup en gérant l’équilibre. Notre tourneur on lui a dit clairement que c’est tous les 15 jours – parce qu’il y a les gardes d’enfants -, et puis que le weekend parce qu’on a des jobs. Et en plus, si on était pas des têtes de cons ! Mais si y a un copain qui veut nous faire jouer à tel endroit, on lui dira pas non, même si tu nous proposes une salle. Et puis on va pas non plus faire les festivals fete à la saucisse, parce que ça nous amuse pas.
Mark : Et je pense que ça dure aussi pour ça. Parce qu’on a pas fait tout et n’importe quoi et qu’on s’est pas non plus dégoûté à se dire, putain qu’est-ce qu’on fout là. On s’amuse à chaque fois.”

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Et pourtant, Frustration ne va jamais cracher sur un concert.
Fred : On cherche pas, on nous propose des choses et nous on choisit. Mais ce qui nous excite toujours le plus, c’est de jouer dans des clubs de 300 personnes où les gens sont à donf.
Fabrice : De toute façon dès qu’on sort du circuit Smac français… En Allemagne par exemple, on a fait des Munich avec 60 personnes
Mark : et Verdun ?
Fabrice : Ca fait rire tout le monde mais chaque sortie d’album, on va à Belleville sur Meuse, c’est une grande salle, et il y a en général entre 60 et 70 personnes
Mark : Mais 60 personnes à Verdun ça veut dire 2000 à paris.
Fabrice : Et on y va tous les 3 ans avec plaisir, parce qu’ils sont à fond. Certains ont presque envie de nous présenter leurs condoléances quand on leur donne les villes où on a joué, Fred : Mais on joue à nevers au mois de novembre et on est super contents.
Fabrice : J’espère bien que les gens continueront à se prendre des patates dans la gueule, à se rouler des gamelles pendant les concerts Frustration, ça prouve qu’on a encore quelque chose. Puis j’ai été traumatisé par des concerts que j’ai vus assis, dans des salles…
Mark : Le pire concert qu’on ait fait : le mec était parti en tournée, la salle avait fermé, on a joué dans un skate park fermé, à Chaudefonds, il y avait 7 entrées payantes. C’est vieux !
Fred : C’est devenu culte comme concert !
Fabrice : Il devait faire moins 3, j’ai fait pipi des glaçons ce soir-là je me souviens.”

Réclame

Empires of Shame, le troisième album de Frustration est paru chez Born Bad Records.
Frustration sera en concert le 2 décembre à la Clef Saint Germain.
Lire le compte rendu du concert de Frustration à Rock en Seine


Remerciements : Clarisse Vallée

Catégorie : A la une, Entretiens
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