Primavera Sound festival – Jour 3

Dernier jour de marathon entre les six scènes. On tient encore debout, on sait pas par quel miracle. Et on a réussi à voir de superbes pépites encore une fois : les féériques Moont Eerie, le fantasque Adam Green avec sa jolie Binki Shapiro, l’époustouflant Apparat qui nous a ruiné pour Mac Demarco et Deerhunter 2 le retour, pour enfin revenir aux valeurs sûres avec Nick Cave & the Bad Seeds, les transcendants Liars et les revenants My Bloody Valentine.

Mount Eerie

On commence en douceur sous les timides rayons de soleil catalans. Dans une abondance de déflagrations, une voix fragile perce. Phil Elverum n’est pas seul, un duo s’installe et les petites vocalises de sa partenaire se font pareilles à des broderies sur une nappe de bure. A l’opposé, ‘Clear Moon’ vient comme une caresse, pour exploser dans un fracas de batterie surprenant. On se retrouve en attente de la détonation, de la tempête qui viendra apaiser la lourdeur ambiante. Mais bientôt, Adam Green vient perturber le fragile équilibre…

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Adam Green & Binki Shapiro

Il y eu The Moldy Peaches, révélés par Juno un peu sur le tard. Depuis quelques temps déjà Adam Green s’était lancé en solo. Et le voilà qui réapparait de nouveau en duo avec la ravissante Binki Shapiro du groupe Little Joy. En fin de compte, ça change pas grand-chose. La personnalité d’Adam Green prend le pas sur le set. Certes, il paraît moins torturé qu’avant, mais il danse toujours autant, hilare et enthousiaste pour un rien, débitant des bêtises dans un espagnol bancal. A ses côtés, Binki attend sagement, le laissant faire son show, que ce soit son tour de chanter. Car les compositions précédant leur union restent intactes, la jolie demoiselle vient tout juste les agrémenter de son sourire, riant à toutes les blagues du roi de la scène, un peu comme dans une émission de télé-achat. Dommage.

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Apparat

Rendez-vous cette fois-ci à l’auditorium, salle vertigineuse dans un magnifique bâtiment contemporain, pour plonger dans Kreig und Frieden (Music for Theater). Pour ce nouvel album, Sascha Ring a voulu composer la bande son du livre de Tolstoi. Comme on a pas lu Guerre et Paix, on s’est presque dit que bien calé dans nos sièges, on allait pouvoir faire une petite sieste au son d’une musique ambiante de qualité.
Mais bientôt les légères clochettes sur l’insidieuse montée de ’44’ attirent notre oreille, chaque note est méticuleusement amplifiée, et petit à petit, on se retrouve happé. Les images projetées restent abstraites, aussi on imagine les champs de bataille. Ou la tragique histoire de l’inquiétante complainte de ‘LightOn’, rythmée par des coups de fouets.
Le public profite d’une accalmie dans la tempête de sable crépitante de ‘Tod’ pour un tonnerre d’applaudissement. Le thème de l’album s’impose alors, avec des cordes se baladant en arpèges, bientôt écrasées par un violon soliste. Enfin, c’est une ovation qui salue ‘A Violent Sky’. On en ressort sonné, mais surtout subjugué.

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Nick Cave & the Bad Seeds

C’est là où le bât blesse. Ravagés par Apparat, les concerts suivant paraissent fades. Aussi, on ne peut juger des sets de Mac Demarco, Deerhunter (de retour pour remplacer Band of Horses coincés par la tornade en Oklahoma), Camera Obscura ou Meat Puppet. Il faudra le langoureux ‘Red Right Hand’ du grand maître pour sauver la journée. Nick Cave, éclairé par un sourire brillant d’humanité, en profite pour se frotter à la foule.
L’enchaînement a de quoi réveiller les envies : Warren Ellis se déchaîne sur ‘The Weeping Song’, Nick Cave finit ‘Jack the Ripper’ à genoux, pour ensuite commémorer le regretté Elvis Presley sur un ‘Topelo’ tout en tension.
Après une petite pause sur ‘We Real Cool’ du nouveau Push The Sky Away, on revient à un exaltant ‘The Mercy Seat. Enfin, juste avant de repousser le ciel une dernière fois, Nick Cave descendra câliner une fan, escalader la foule, et déconner avec son groupe sur ‘Stagger Lee’. Un set fort en émotions !

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Liars

Dans un autre genre de prédicateur se présente Angus Andrew de Liars. Une autre église, prête à taper sur les doigts en cas de détour, autant qu’à aimer comme sur ‘The Other Side of Mt. Heart Attack’. Mais la scène est trop petite pour contenir tous les disciples, aussi il faut se glisser au milieu de la foule compacte pour ressentir la violence de leur son en frontal. Pour s’exposer à leur chant psychotique sur ‘No.1 Against The Rush’, à leur freak show sur du 8-bit de ‘Brats’, à leurs étourdissant aboiements sur ‘The Overachiever’. Pour mourir comme ils l’exigent sur ‘The Broken Witch’ et finir sur un tout nouveau morceau.

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My Bloody Valentine

On peut dire que les fans l’avaient attendu ce nouvel album. Aussi My Bloody Valentine ne perdent pas de temps à dire bonjour avant de se mettre à la tâche. Et dès que les guitares parlent, l’effet est instantanément galvanisant. Mais bientôt un souci vient gâcher l’expérience. Peut-être est-ce à cause du vent, mais on n’entend absolument pas la voix de Bilinda Butcher, déjà bien noyée dans la réverbération. C’est à peine si on aurait reconnu ‘New You’ si ce n’était pou les tupdup lâchés. Dans la foule, on lit beaucoup de visages déconcertés.
La batterie roule, la basse vient la haranguer autant qu’elle le peut, les larsens se succèdent. Mais la performance reste frustrante, car le lied est étouffé par la disto et le jeu de scène assez statique. On aurait même peur qu’ils décident de quitter le plateau en raison des conditions techniques
On se laisse porter par la montée de ‘Only Tomorrow’, assiste impassible à l’hémorragie de guitare de ‘Thorn’, ne comprenant jamais très bien ce qui se passe. ‘Soon’ arrive comme un soulagement, pour déboucher sur un ‘Feed Me With Your Kiss’ annonciateur d’un final explosif. Mais c’est ‘Made Me Realise’ qui s’en chargera, dans un tonnerre de guitares, permettant un pogo tant attendu. Le groupe quittera la scène dans un crépitement d’amplis, ne laissant que peu de preuves que ce concert ait réellement eu lieu.

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Remerciements : Laura Alvaro

Catégorie : A la une, Concerts
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