Entretien avec The Drums

Après trois ans de silence, et beaucoup de rumeurs de séparation, The Drums reviennent pour leur troisième album. Avec un Encyclopedia aux antipodes de l’insouciant ‘Let’s Go Surfing’ qui les a fait connaître, le désormais duo surprend tout le monde. Jonathan Pierce et Jacob Graham, les fondateurs et survivants du groupe, ont accepté de répondre à quelques questions avant leur concert au Trabendo. Jusqu’à ce que l’interview dérape sur le sujet de la religion…

The Drums

The Drums sont un peu fatigués de leur tournée européenne qui a débuté depuis deux mois. « C’est pas non plus que nos vies soient si glamour. Tous les jours, je me retrouve à jalouser des gens qui ne sont pas dans un groupe. C’est la vie je suppose. »

Encyclopedia arrive trois ans après Portamento, un silence qui a inquiété les fans.
Jacob : Il ne s’est rien passé de trop dramatique. Les deux premiers avaient été réalisés assez rapidement, donc pour celui-ci on voulait prendre le temps, faire des choses qu’on avait toujours eu envie de faire et passer au niveau supérieur. »
Pourtant, Jonathan Pierce a écrit un album solo, qui n’est jamais paru.
Jonathan : L’album était fini mais je l’ai jeté. Le cœur y était quand je l’ai écrit, mais j’ai rapidement dérivé très loin de ce que j’avais fait. Il faut pas laisser reposer… Une fois enregistré, il faut sortir l’album directement. Si on passe un peu trop de temps entre la création et la sortie, pour éviter de faire machine arrière.
Jacob : C’est vrai, si t’attends trop, autant faire un autre album en fait. »

Sur Encyclopedia, The Drums ont essayé de ne pas répondre aux attentes du public.
Jonathan : La chose plus importante qu’on a apprise sur cet album c’est qu’il est possible de respirer un peu. C’est même nécessaire pour trouver la magie. Parce qu’avant on était toujours en train de chercher le morceau qui allait faire danser.
Jacob : Cette fois on était pas du tout dans cette optique, on écrivait une chanson, et on la laissait vivre, exister telle quelle.
Jonathan : On s’est libérés de cette pression d’avoir que des chansons dansantes, ou que des bandes-son de road trip… On ne s’est pas imposé de devoir être à la hauteur de ces clichés dans lesquels on avait catégorisé notre musique. »
En effet, le succès de ‘Let’s Go Surfing’ planait sur leur deux premiers albums.
Jacob : C’est pas qu’avant on essayait de faire ce que les autres attendaient de nous mais je pense qu’à cette époque, on était nous-mêmes encore amoureux de nos premiers essais. Donc on n’était pas prêts à passer à autre chose. Mais bon, c’était il y a trois ans déjà, beaucoup de choses se sont passées. Des bonnes et des mauvaises, qui nous ont fait mûrir, nos vies personnelles ont évoluées, et on voulait que la musique reflète cette évolution.
Jonathan : On est devenus d’autres personnes, donc on pouvait pas refaire la même chose, ça colle pas. Et à quoi bon ? Quand on sort un album, c’est comme si tu t’écoutais tous les soirs sur scène, donc on voulait que ce soit supportable. Ce qui pour nous signifie quelque chose qui nous corresponde, mais qui nous parle aussi. Il y a beaucoup de chansons qu’on a écrites par le passé dans lesquelles on ne se retrouve plus.
Jacob : Même si on les joue sur scène pour le public… »

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Ce troisième album est un peu plus expérimental, et radicalement moins entraînant.
Jacob : Cet album est un peu plus sombre parce que… je pense que quand tu travailles beaucoup sur quelque chose, ça l’alourdit quelque part.
Jonathan : Mais quand on y passe du temps, on se retrouve aussi avec un album plus coloré, avec une plus grande variété de sons. Qui couvre un spectre plus large….
Jacob : On a regardé un peu ce qu’on avait fait, les endroits où on s’était risqué. En fait, on est revenu sur les vingt dernières années, depuis qu’on se connaît en fait, pour voir ce qu’on n’avait pas encore eu l’occasion d’explorer.
Jonathan : Et comme les deux autres ont quitté le groupe, l’occasion était toute trouvée : il n’y avait personne autour de nous pour nous observer, personne à qui demander la permission. Quand on joue que tous les deux, on ne devient qu’une seule tête, et on part vers des sentiers beaucoup plus aventureux. Et on passe par tous les états émotionnels ensemble. On est soudé dans notre colère face au monde, c’est très drôle.
Jacob : Sauf que je suis peu souvent en colère activement…
Jonathan (en riant) : Non, c’est plus une sorte de haine latente ! »

Pour Encyclopedia, le duo a décidé de s’isoler dans un chalet.
Jonathan : Je pense que quand on a fait cet album, on se sentait réellement seuls. Sans aide de qui que ce soit. Même si c’est ce qu’on voulait, ça n’a pas rendu la tâche plus facile. On a essayé d’attiser cette colère, cette solitude, cette amertume, mais ça veut pas dire qu’on s’est pas amusés là-haut dans le chalet !
Jacob : Après trois ans sans faire de musique ensemble, on se retrouve et on croise les doigts, mais on n’est pas sûrs d’être capable de faire quoi que ce soit de bon.
Jonathan : L’enregistrement pour nous n’est jamais amusant, c’est un peu flippant parce qu’on ne sait pas bien… jouer de nos instruments ! (rire) C’était un soulagement quand on a réussi ‘I Can’t Pretend’… Parce que j’étais très nerveux ! »

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Les deux amis d’enfance semble avoir enfin trouvé l’identité qui leur convenait.
Jonathan : Jusqu’à présent, on savait pas vraiment qui on était. Il nous semble en apprendre tous les jours, sur nous, sur ce groupe, si ça a un sens ou si c’est stupide ! (rire) C’est une lutte intérieure pour être sûr que ce qu’on fait vaut la peine. On veut pas se retrouver à faire de la musique juste parce que ça fait trop longtemps qu’on a rien sorti. »
Ils arrivent à parler plus ouvertement de leur passé en colonie de vacances chrétienne.
Jonathan : Avant, on était pas prêts à dire des choses pareilles. C’est définitivement un pas en avant, on ouvre une porte, et on prend la liberté d’aller sur ce terrain-là. Je pense pas que les autres étaient particulièrement intéressés par des sujets comme celui de ‘Face of God’…
Jacob : je pense que c’est moins nous que toi… »

Un silence plombe l’atmosphère suite à cet aveu. Car ‘Face of God’ rejette le jugement divin sur leur comportement…
Jacob : Je pense que c’est une bonne chanson, mais ce n’est pas ma position sur le sujet.
Jonathan : Quel est ton point de vue ?
Jacob (réticent) : Personnellement, ce n’est pas ce à quoi je crois, et je n’ai pas pris part à la création de cette chanson en particulier. Mais je pense que qu’elle complète l’album.
Jonathan : Oui, c’est vrai que j’ai fait cette chanson seul. Il n’est pas fan de cette chanson, mais il l’a approuvée pour l’album.
Jacob : Pour être honnête, je ne suis pas complètement à l’aise quand il s’agit de la jouer en live. Mais c’est une bonne chanson, et elle est sur l’album donc… Je pense que c’est un bon message pour certaines personnes, je pense que certaines personnes ont besoin de l’entendre.
Jonathan : Il y a trop de pressions… les gens ont besoin de se sentir libres.
Jacob : Les athées ont autant besoin de se faire entendre que n’importe qui… voire même plus que d’autres ! »
Jonathan explose d’un rire nerveux qui clôt cette interview.

Réclame

Encyclopedia, le troisième album de The Drums, est paru chez Minor Records.


Remerciements : Elodie (Him Media)

Catégorie : A la une, Entretiens
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4 réactions »

  • The Drums au Trabendo - Le Transistor | Le Transistor :

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