SxSW 2017 – mercredi avec les Pussy Riot, Cherry Glazerr et Kakkmaddafakka

Troisième jour du festival South By SouthWest, à Austin. Le soleil commence enfin à s’installer dans le sud du Texas. La soirée commence avec la folk de Magnolian, la rock’n’roll attitude de Hooka Hey, les furieux Chain of Flowers, les légendaires révolutionnaires Pussy Riot (!!), l’intenable Cherry Glazerr, le conteur Langhorne Slim et les toujours décalés Kakkmaddafakka (qui remportent la palme du meilleur nom de groupe !)

Magnolian

Dulguun Bayasgalan vient de Ulaanbaatar, et c’est le premier musicien mongole à avoir jamais été programmé au festival South By Southwest. Pour mettre toutes les chances de son côté, il a organisé des showcases non officiels, et notamment dans le petit salon d’un grand hotel. Le soleil commence à se coucher, c’est le moment parfait pour écouter son ‘Dream of a Ridiculous Man’. Pour parer sa voix douce, il est accompagné d’un guitariste fan de psyché, et d’une chanteuse.

La pop est légère mais pas sucrée – en anglais et sans accent -, parfois posée, et parfois plus enjouée. Petit à petit, les conversations du restaurant se calment, et semblent tendre l’oreille. Son chant prend de plus en plus d’assurance, et une bulle se crée au milieu de ce festival assez fou, où tout le monde se bouscule.

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Hooka Hey

Sur le toit d’un bar qui donne sur la 6e rue, blindée en cette période de festival, s’est installée une contre programmation. Le Transistor est venu voir un Français qui depuis quelques années a élu domicile à Austin, pour la musique, tout simplement. Fatigué de ce festival qui d’après eux prend et ne donne rien (« tout ça pour même pas un like Facebook parce que tu joues devant des mecs bourrés pendant Spring Break ») Hooka Hey continue son bonhomme de chemin, sans se soucier de la hype.

Le bassiste slap sa basse pour donner le groove, exactement ce que Hugo, en bon fan de Nick Waterhouse, est venu chercher à Austin. Au départ, les musiciens semblent s’écouter jouer, le batteur multipliant les rythmes pour étaler ses capacités, ce qui rend les compos un peu chaotiques. Puis le chanteur sort de son rôle propret pour raconter des bêtises au public : l’atmosphère se détend, Hooka Hey peut faire monter la pression – renchérissant à chaque break.

Le degré d’alcoolémie – avoué et assumé – leur fait bien louper quelques pêches, mais on n’est pas là pour la précision. Chacun prend un plaisir manifeste, et c’est décidément communicatif. Un de ces groupes qui donnent envie de se remettre à la musique.

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Chain of Flowers

Malgré leur look de prêtres irlandais, Chain of Flowers (qui en fait sont du Pays de Galles) sont bien enragés. Leur austérité affichée – aussi bien que leur admiration pour Ian Curtis, a pourtant des côtés rêveurs. Et le jeu de scène de Josh Smith, toujours vacillant, les yeux dans le vague, fait étonnamment penser à celui de The Drums (lire l’interview). Car même si la performance est très noire, et intense, le groupe dégage quelque chose de sympathique, plus que dangereux.

Comme le dit si bien Noisey, c’est comme une crise d’angoisse, mais agréable !

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Après quoi, Le Transistor a un peu tourné en rond et croisé Federico Albanese dans une église, Mundaka des Péruviens en maillot de bain, des Irlandais (pour le coup) un peu trop sages Silences, on en passe et des pas mûres.

Pussy Riot Theater

Résumé des épisodes précédents : en Russie, un collectif féministe s’est formé en 2011 pour contrer la campagne de Vladimir Poutine à l’élection présidentielle. Pour souligner le lien entre l’Eglise orthodoxe et le gouvernement, elles organisent un concert sauvage dans une église, et se retrouvent condamnée à l’été 2012 à deux ans de prison. Libérées depuis 2013, elles tournent pour raconter leur histoire.

Sur fond de métronome et de saxophone, avec un film en fond pour illustrer leurs propos, Ekaterina Samoutsevitch, Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina expliquent pourquoi elles ont décidé de se mobiliser contre Poutine – représentant de la “culture de l’hystérie masculine”. Les Pussy Riot détaillent toutes les questions qu’elles ont pu se poser avant de passer à l’action : se jugent-elles comme barbares pour avoir joué leurs compositions punk dans une église. A d’autres plus pratiques : comment faire rentrer une guitare dans un lieu aussi touristique que la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou.

Pour 40 secondes de concert, elles se sont retrouvées poursuivies, sont entrée dans la clandestinité, et Nadeja a été séparée pendant deux ans de sa fille Hera. « La première grève de la faim est comme un premier amour, très perturbante… ». Mais elles répètent que « Anybody can be a Pussy Riot » mode d’emploi à l’appui !

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Cherry Glazerr

Féminisme toujours, Le Transistor est allé voir Cherry Glazerr, dans une véritable salle de concert pour une fois. On rappelle au passage que le nom de ce groupe signifie, d’après Urban Dictionnary : The act of ejaculating onto the hymen of a virgin girl, thus glazing the cherry. Sur scène, la guitariste et la claviériste portent des petites robes pastel, mais n’ont pas l’air de s’en laisser conter.

Après une intro trompeuse, douce à la Mylène Farmer, Clementine Creevy s’éclate sur sa guitare. Chaque riff fait l’effet d’un coup qu’elle se prend, mais les autres la suivent dans son jeu de scène intense. Difficile de chanter en sautillant, mais qu’à cela ne tienne, elle la tente. Dans la salle, ceux venus pour Sohn se protègent les oreilles, n’ayant pas prévu autant de noise, de cris soudains, et de breaks de batterie.

L’ingé son lui fait comprendre que son set touche à sa fin, elle affirme qu’elle continuera jusqu’à ce qu’on l’oblige d’arrêter. Elle enchaîne sur une dernière, promet-elle, puis disparaît en coulisse, pendant qu’Hannah Uribe, pliée en deux de rire, se retrouve dans l’incapacité de chanter. Le groupe répète inlassablement le même riff, du coup la salle éteint les lumières pour les faire partir… Un véritable esprit punk, même à SxSW.

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Nouvel album : Apocalypstic – rien que pour ce nom, faut l’acheter !

Langhorne Slim

La salle est un peu vide, aussi le guitariste décide de s’installer au milieu de la fosse, sur une simple chaise. En quelques instants, l’ambiance vire à la veillée de feu de camp, Langhorne Slim peut commencer à nous raconter sa vie. Ainsi le 9 novembre est le jour de l’anniversaire de son frère, et aussi le jour où les Etats-Unis ont basculé, avec l’élection surprise de Trump. Ces événements lui ont inspiré “You will never break me”.

Langhorne Slim sort quelques blagues pour détendre l’atmosphère, mais elles tombent un peu à plat. Ce que le public recherche c’est des chansons qui l’inspirent, quand il fredonne de sa voix chevrotante « If il had someone to love me then I’d had somebody to love ». Qu’il se confie, qu’il raconte son enfance à Philadelphie. Et finalement, toutes ses digressions, sur les difficultés que représentent une âme d’artiste dans un lycée publique, sont presque mieux que ses chansons !

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Kakkmaddafakka

On a beau le savoir, ça fait toujours un choc de tomber sur un petit groupe de pop tout gentillet avec un nom pareil. Mais les Norvégiens ont tout compris : l’idée – surtout dans un festival comme SxSW – c’est d’avoir un nom qui marque les esprits. Heureusement, leur performance laisse tout autant un souvenir, un bon moment d’éclate, de bonne humeur.

Kakkmaddafakka ont beau avoir l’air de sortir de l’adolescence, les musiciens jouent bien, et leurs mélodies pop – mêlées de funk, disco et autres ingrédients tout aussi cools et bien dosés – sont bien accrocheuses. Malgré les rythmes plus que variés, le batteur reste très détendu, et les riffs sont ensoleillés – alors que chez eux, c’est une denrée rare (c’est eux-mêmes qui le soulignent) !

Rapidement on reprend les petits « hey hey », et ça commence à danser dans la foule. Un des chanteurs, tout de blanc vêtu, nous explique que la dernière est une chanson d’amour, donc tout le monde se met à faire des cœurs avec les mains. Bref, ce doit être un des groupes les plus cools du monde.

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Catégorie : A la une, Reportages
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