Entretien avec Baxter Dury

En 2011, Baxter Dury surprenait tout le monde avec Happy Soup, un album plus pop que ses prédécesseurs, plus acide qu’amer, dansant sans rien perdre de sa mélancolie. S’en est suivie une longue tournée qui permit au fils du leader des Blockheads de se faire (re)connaître. Dans la lignée de ce succès, le crooner britannique propose It’s A Pleasure, un quatrième essai toujours aussi minimaliste avec ce petit air désuet qui lui donne tout son charme.

Baxter Dury

Rencontre dans un hôtel après la Route du Rock, Baxter Dury a manifestement mal dormi ! « Le planning est un peu chargé en ce moment avec la promo, et quand j’ai vu qu’il y avait une équipe de ciné sous mes fenêtres, ça m’a énervé ! Ils faisaient un boucan pas possible ! J’aime pas être le client qui se plaint, mais j’ai fait mon connard qui joue dans un groupe de rock. »

Après le succès de Happy Soup, Baxter Dury a changé de label pour signer chez PIAS France. « Je sais pas si c’est un succès, ça dépend de ce qu’on entend par là. Mais Happy Soup a certainement rendu le processus pour cet album bien plus facile. En tout cas, ça n’a pas été un poids, parce que s’il y a beaucoup d’attentes de la part de mon entourage, c’est une pression positive. Le plus intimidant c’est quand il n’y a plus personne autour de toi. » Malgré tout, cette amélioration n’a pas affecté son quotidien précaire. « Ce que j’adore dans la musique, et qui est en même temps flippant, c’est que tu dois maîtriser tes attentes, et maintenir un équilibre dans un environnement émotionnellement et financièrement fragile. Il faut être courageux pour mettre ton costume et monter sur scène, tout en sachant qu’on ne rajeunit pas… Il faut garder la tête froide en somme. »

Baxter Dury semble s’être débattu pour composer cet album, qui lui a pris tout de même bien moins de temps que le précédent. « Mon manque de calcul peut être parfois difficile, je sais pas quoi faire et puis finalement ça se fait, mais c’est pas planifié, donc ça peut s’avérer brutal. Je ne m’assieds pas pour décider du son que va avoir l’album, de la pochette, de ma tenue : les choses arrivent petit à petit. » Pour l’aider à s’organiser, il a fait appel au producteur Dan Carey (Franz Ferdinand, The Kills, Lily Allen…). « Il faut attendre un certain temps pour que j’ai quelque chose de consistant. Et ensuite je sais qu’il faut que je le soumette à quelqu’un, sinon je vais passer les 27 prochaines années de ma vie à faire la même chose. Ce qui est totalement inutile. »

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A chaque album, Baxter Dury donne l’impression de se livrer au travers des paroles. « Je suis franc, mais certaines personnes sont un peu trop curieuses. Oui, les chansons sont inspirées par des émotions, des sentiments, des expériences, mais qui ont été changées… Pas pour déguiser la vérité, mais pour s’adapter au format d’une chanson : pas plus de 3 minutes et la mélodie est plus importante que l’histoire. » Le chanteur insiste sur le fait que ses textes sont ouvert à l’appropriation. « Moi je parle d’une irritation que j’ai dans le cou, et d’autres y voient une réflexion sur l’angoisse adolescente par exemple. C’est un style d’art abstrait, pour moi du moins. Ce qui fait que je peux expliquer les paroles, mais d’une manière totalement différente d’une fois sur l’autre si j’en ai envie. C’est lié au style de musique que je fais : donc y a beaucoup de conneries mais parfois c’est douloureusement vrai. »

Néanmoins, au fil des albums, le thème récurrent reste les femmes.« Les femmes sont présentes dans ma vie, et je parle de la vie. Je suis honnête, mais c’est parce que je suis uniquement inspiré par les choses qui me sont proches. On parle toujours du sexe opposé, et peu importe si la relation est romantique ou non : on est fasciné par le mystère de l’autre. Si on est gay, c’est la même : on parle du mystère qui entoure cet Autre qu’on ne peut pas contrôler. » Elles prennent même de plus en plus de place dans les compositions. « Avec un chœur de garçons, ce serait une toute autre expérience. Ce n’est pas censé être sexualisé, mais cette tension entre homme et femme… c’est une astuce assez basique ! Je voulais pas y avoir recours cette fois-ci, et puis avec Fabienne on s’est mis à écrire ensemble, donc ça a été facile d’y retourner… et maintenant je commence à être plutôt doué ! »

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Parce qu’au final, tout fils de punk qu’il est, Baxter Dury aime la pop ! « Une partie de moi voudrait de la musique un peu dangereuse et malicieuse. Je n’ai aucune envie d’écrire de la musique polie, mais j’aime quand elle est mélodique. Et même si la musique est censée être artistique, j’ai tout de même envie de la ramener à ce qu’elle a de plus accessible. Au final, j’essaie de répondre à toutes ces envies. Et à un moment, de réussir à me caler dans le mix. Parfois j’apparais à peine ! » C’est pour ça qu’il utilise les voix de femmes pour harmoniser son chant. « J’essaie de faire de la pop réellement simple. Je fais le choix de mots et de sujets bizarres, mais les prémices et la structure de la chanson sont censées être pop. Et je cherche des mélodies mais je sais pas vraiment chanter donc je dois parler. Du coup, je vais la rendre pas nécessaire plus froide, mais plus réelle. L’avantage c’est que c’est difficile de me foirer, je pourrais le faire dans n’importe quelle tonalité que ça ne changerait rien. »

Sur Happy Soup, le séduisant crooner avait travaillé avec l’Australienne Madelaine Hart. « Madelaine a eu un enfant après le dernier album et comme elle était encore en train de s’en occuper, elle a pas pu malheureusement reprendre la route. Donc j’ai cherché une autre fille, Fabienne, c’est une Parisienne du groupe We Were Evergreen. C’est elle qui a réalisé l’album et elle est putain de talentueuse. Elle a fait quelque chose de radicalement différent par rapport à son propre groupe, mais elle peut faire absolument ce qu’elle veut. » Baxter Dury ne tarit pas d’éloges au sujet de sa nouvelle collaboratrice Fabienne Débarre. « C’est une des meilleures musiciennes que j’aie jamais rencontré. C’est une machine ! Elle est très impressionnante. A cause de son groupe, elle peut pas tourner avec nous, mais on a trouvé Marie-Flore. C’est pas mal d’avoir une Française dans le groupe : elle a ce côté nonchalant tellement parisien, cet air un peu blasé que je trouve assez cool. »

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Le Britannique s’avère fan des Françaises, même si l’une d’entre elles lui a déjà brisé le cœur. « C’était il y a plusieurs années, j’étais encore jeune et naïf. Peut-être que j’ai voulu revenir à la source de la douleur. Si elle avait les moyens de me briser le cœur, elle avait aussi les moyens de le faire bondir. C’est un peu la même chose au final. Mais je pense pas que ce soit culturel… »

Réclame

It’s A Pleasure, le quatrième album de Baxter Dury, est paru le 20 octobre chez [PIAS] Le Label.
Baxter Dury sera en concert le 15 novembre à la Cigale pour le festival des inRocKS Philips. Comme cette date affiche déjà complet, il revient le 25 février à l’Olympia.
Lire le live report de Baxter Dury à la Route du Rock
Lire le live report de Baxter Dury au Printemps de Bourges


Remerciements : Hélène Gauthier et Jennifer Havet [PIAS]

Catégorie : A la une, Entretiens
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