Entretien avec Bachar Mar-Khalifé

Dans la famille InFiné, Le Transistor a encore craqué. Cette fois-ci, c’était pour Who’s gonna get the ball from behind the wall of the garden today? de Bachar Mar-Khalifé. Dans ce deuxième album, l’artiste d’origine libanaise mêle ses cultures à l’électro : ainsi des poèmes kurdes ou syriens se retrouvent mis en musique, et rencontrent sa reprise de Machins Choses de Gainsbourg en duo avec l’Américaine Kid A. Un mélange des genres plus prenant que surprenant au final.

Bachar Mar-Khalifé

Juste avant son concert au Café de la Danse, Le Transistor rencontre Bachar Mar-Khalifé qui se plie difficilement à l’exercice de l’interview. « Si je pouvais ne rien dire, je m’en passerai avec joie. La musique c’est pas quelque chose de verbal : les chansons, c’est des choses qui ne s’expliquent pas. »

Interview de Bachar Mar-Khalifé

Le choix des textes qui composent l’album semble être réfléchi pour passer un message empreint d’engagement au sujet du Printemps Arabe. « Je ne délivre pas un message religieux ou politique ou philosophique. J’exprime, je sors un message que j’ai travaillé, que j’ai façonné seul dans mon coin. C’est quelque chose de forcément très intime et acquis un peu dans la douleur. Après, la question de comment ce travail est perçu à l’extérieur, c’est autre chose… » Pour Bachar, chaque explication avancée est valable. « On écoute jamais une chanson de la même manière : l’interprétation est différente par rapport à l’époque, à la société, ou à l’état dans lequel on se trouve au moment d’écouter cette chanson. Il n’y a pas de réponse, il y a des questions qui sont posées, et c’est ce qui est important. Je préfère laisser ouvert à l’imagination : si tu y vois quelque chose, il y sera… »

Pourtant on retrouve un poème du Syrien Ibrahim Qashoush, qui a été retrouvé la gorge tranchée et les cordes vocales arrachées pour avoir écrit des chansons satyriques contre le président Bashar al-Assad. « Si j’ai voulu enregistrer cette chanson, c’est parce que c’est une violence qui m’a bouleversé en tant qu’être humain. Cette mélodie m’a hanté, et j’ai eu besoin de le sortir de moi-même, j’ai eu besoin de l’enregistrer à ma façon, en modifiant d’ailleurs un peu les paroles. J’ai eu besoin de la relier à ma vie, à cause de la violence de son histoire. Mais pas de son histoire personnelle au final, mais de la violence qu’inflige l’homme à l’homme. Depuis la nuit des temps. » Mais, pour Bachar, la décision de reprendre ce texte pour son ‘Marea Negra‘ n’est pas plus engagée que sa reprise de Gainsbourg. « On met toujours la lumière sur ce qui paraît engagé, c’est-à-dire qui est relié à une activité politique. Mais pour moi la musique est un engagement. Celui qui enregistre une chanson ou qui va sur scène s’engage à dire et à faire quelque chose. De même que certaines chansons de Gainsbourg étaient censurées à une époque. Et ne le sont plus aujourd’hui, mais le seront peut-être dans 50 ans. On vit perpétuellement au gré des lois de nos sociétés, de nos époques. »

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Contrairement à Oil Slick, Bachar Mar-Khalifé a enregistré cet album tout seul. « C’était un choix et en même temps c’est un concours de circonstance. De toute façon, que ce soit le premier ou le deuxième album, j’ai composé tout seul. Ca part d’une solitude exclusive et radicale. Même si après on peut être accompagné par des musiciens, l’acte premier il est solitaire. Et ça peut pas se faire autrement. Ce que je fais c’est quelque chose que je sors de moi, C’est quelque chose de personnel. Car j’ai eu besoin de le faire, d’exprimer ces choses-là, seul et à ma manière. »

Ainsi, toutes les chansons qui se retrouvent sur ce disque l’ont accompagné pendant un certain temps. « Ces chansons, c’est de la matière vivante, pour moi la chanson, c’est pas quelque chose de mort, c’est quelque chose qui vit avec l’époque et qui peut continuer à vivre avec d’autres instruments, d’autres sonorités, d’autres… un autre sens aussi. Une chanson peut avoir un autre sens. Par exemple, Le Chant des Partisans chanté par Leo Ferré n’a pas le même sens que Le chant des partisans chanté par Johnny Hallyday. Pourtant c’est la même chanson et les mêmes paroles. » De la même manière, ‘Marée Noire‘, déjà présent sur Oil Slick, revient sous une autre forme : ‘Marea Negra‘. « Le thème de marée noire c’est des notes qui m’accompagnent depuis le début en fait. Et finalement il accompagne le côté sombre de mon travail. C’est pour ça qu’il a pris une autre forme dans ce deuxième disque, et je pense qu’il pourra encore prendre d’autres formes par la suite. C’est un motif au piano qui revient en boucle et qui représente quelque chose d’oppressant. Et de minimaliste. Il est très simple finalement, et qui est assez violent. C’est une image. C’est quelque chose de sombre. Voilà c’est tout. »

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Bachar Mar-Khalifé ne veut en aucun cas se poser en porte-parole, si ce n’est de ce qui le touche. « Je me porte parole. Si ça arrive à certaines personnes, tant mieux. Mais sinon je ferai pas ça, je ferais de la musique commerciale. Mon message serait : achetez ma musique. Ce qui n’est pas le cas, mais je suis très heureux quand même quand ça arrive. Quand la musique fait son chemin et finalement ne m’appartient plus vraiment. Et accompagne des gens dans leur solitude, dans leur vie. Par rapport à leur souffrance, à leur mélancolie, à leur joie. C’est du bonheur. »

Réclame

Who’s gonna get the ball from behind the wall of the garden today?, le deuxième album de Bachar Mar-Khalifé est paru chez InFiné.
Bachar Mar-Khalifé sera en concert le 13 août aux Heures d’Eté de Nantes.
Lire le live report de Bachar Mar-Khalifé au Café de la Danse


Remerciements : Virginie Freslon

Catégorie : A la une, Entretiens
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