Entretien avec Patrick Watson

Pour leur quatrième album, Adventures In Your Own Backyard, Patrick Watson a gardé la magie qui caractérise leur musique mais surprend par la simplicité. Cherchant l’inspiration dans le quotidien, le groupe redonne la capacité de s’émerveiller de petits bonheurs. Le Transistor a rencontré le chanteur Patrick Watson, qui nous a rappelé à quel point la vie est imprévisible.

Patrick Watson

Patrick Watson commence par nous raconter sa pire interview de son plus bel accent québecois. « La fille c’est sûr qu’elle aimait pas ça. C’est son cheum qui voulait faire l’interview, et il pouvait pas donc elle l’a remplacé. Les questions étaient moches, genre Pourquoi tu fais de la musique triste comme ça, c’est plate là ! C’était très drôle ! »

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Plate ça veut dire naze en québecois. Mais la musique de Patrick Watson n’est ni plate ni triste. « La musique raconte avant tout une histoire. Les trompettes, ça fait partie des paroles : c’est de l’humour. Tout le monde trouve ça mélancolique, et ils voient pas le côté… pas joyeux, mais enjoué. C’est pas fait pour être sérieux ou dramatique. C’est un esprit rêveur, mais c’est censé être amusant. »

Sur Adventures In Your Own Backyard, le groupe a cherché à capturer des moments intimes plus que des chansons. « On cherchait des chansons qui donnent la chair de poule, belles et touchantes avec la petite touche de folie. J’étais très inspiré par The Interview Project, ils allaient dans les petites villes, ils trouvaient des mecs assez flyé et ils posaient des questions très simples… » Flyé en français ça veut dire des mecs un peu fous. « Quand tu vas aux Etats-Unis à un moment donné tu vois qu’il y a vraiment des personnages très colorés. Comme tu peux en voir dans les films mais pas dans la vie. Et j’aimais beaucoup le ton des questions, c’était touchant et en même temps, il en ressort des histoires fantastiques. »

La dimension cinématographique de Patrick Watson, c’est juste une retranscription d’anecdotes de voyages. « On était aux Etats-Unis du côté du Grand Canyon. On s’est arrêtés, et un mec est arrivé, il a baissé sa fenêtre et nous a demandé si on était extra-terrestres. Quand il comprend qu’on est des musiciens, il part dans un discours de 20 minutes, tout droit sorti d’un film des frères Cohen ! Sauf que c’était complètement improvisé : Vous êtes l’incarnation de l’humanité ! Il faut parler à votre piano, pour lui demander une chanson ! » Cette aventure a donné naissance à la chanson ‘Lighthouse‘. « C’était très touchant en fait ! Bien sûr c’était fou et bizarre mais touchant. Une fois dans la voiture, Mishka a mis du Ennio Morricone, et c’était vraiment joli, même si un peu bizarre. Et entre Ennio Morricone et le paysage, ce moment-là s’est gravé dans nos esprits, c’était très fort. »

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En rentrant, Patrick Watson s’est assis à son piano et a tenté le coup. « Faire des gros hits, c’est pas notre truc. On peut faire un album touchant, et tout le monde n’est pas capable de le faire, certes, mais c’est pas notre don. Or une chanson ça peut changer toute une carrière ! Du coup, je lui ai demandé cette chanson, qui me faciliterait la vie. J’ai supplié, mais rien ! » Il y a pourtant eu ‘To Build A Home‘, sur le premier album du collectif The Cinematic Orchestra, Ma Fleur. « Quand je l’ai composée, j’avais aucune idée de l’impact qu’elle aurait. Pour moi, c’était un peu trop lent, j’étais pas fan de ce que j’avais écrit. J’ai donné la démo que j’avais faite au piano aux autres, et je proposais qu’ils fassent un remix ou quelque chose avec, mais non, ils l’ont juste mise comme ça sur le disque ! C’est moi qui chante seul… J’ai trouvé ça étrange. »

C’est là que Patrick Watson se pose pour réfléchir, ne s’interrompant que pour rire de l’ironie ! « Il faut avancer avec ce que la vie te donne. Parfois, tu penses que t’es pas sur le bon chemin mais… Tu sais jamais ce que la vie te réserve ! On construit sa vie en fonction de ce pour quoi on est doués. La vie est surprenante dans ce sens. » Le chanteur puise dans ses souvenirs pour illustrer son propos. « J’avais vingt ans, il me restait encore un an à tirer à l’école de musique. Et mon rêve, c’était d’aller à New-York pour faire une grosse carrière musicale. Et donc je monte dans l’autobus, et j’avais genre 90 piastres sur moi, et je connaissais personne à New-York, c’était vraiment con mon affaire. Arrivé à la frontière, je me dis, qu’est-ce que ce je fais ici. »

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Alors qu’il était sur le point de réaliser son rêve, Patrick Watson a fait demi-tour. « J’ai fait le pouce pour rentrer à Montréal. Et là une fille me prend en auto-stop, et vraiment elle parlait trop ! Un cauchemar. Et dans ma tête je pensais que j’avais raté toute mon affaire, que j’avais été une véritable poule mouillée. J’arrive chez moi, et là je rencontre une photographe qui voulait faire la musique d’un livre. » Cette expérience donnera son premier album Waterproof9, la photographe c’était Brigitte Henry. « Et c’est comme ça que j’ai trouvé ma façon de faire pour écrire la musique. A New-York, j’aurais juste été un serveur, au mieux j’aurais été pianiste dans un cabaret ! C’est drôle, j’y pense souvent ! Pile quand je me dis que j’avais raté ma vie, en fait c’est la meilleure chose qui me soit arrivée que de descendre de cet autobus ! »

Réclame

Adventures In Your Own Backyard, le quatrième album de Patrick Watson, est paru chez Secret City Records / Domino Records.
Patrick Watson seront en Europe en mars 2013, en espérant qu’une autre date française s’ajoutera sur la tournée.


Remerciements : Jennifer (Domino)

Catégorie : A la une, Entretiens
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4 réactions »

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