Entretien avec Aidan Knight

Contrairement à ce que son nom conquérant pourrait laisser penser, Aidan Knight est un jeune homme discret. Depuis bientôt six ans, le compositeur peaufine avec son groupe une pop folk douce et vient tout juste de sortir son troisième album, Each Other, sur le label Full Time Hobby. Fin novembre, le Canadien était de passage sur la capitale encore toute chamboulée pour préparer sa première sortie officielle en Europe.

Aidan Knight

Avec Aidan Knight, la conversation est cousue d’agréables apartés et de digressions philosophes. Au final, on a pas eu le temps de parler de l’énigmatique pochette ! « C’est un mystère qu’il nous reste à découvrir une prochaine fois ! » s’exclame-t-il alors.

A l’image de l’artiste, la sortie de ses deux premiers albums s’est faite de manière assez discrète. « Le premier album était un peu comme une auto-production : c’est un ami qui a monté un label pour le sortir. On l’a enregistré dans une chambre minuscule. J’ai joué de beaucoup d’instruments sur cet album, mais ce sont les cinq mêmes personnes qui sont impliquées sur le projet depuis le début. Petit à petit, leur contribution a pris de l’ampleur, et pour Each Other, nous avons choisi de tout jouer en live : nous cinq autour d’un seul micro. » Depuis longtemps, Aidan Knight avait envie de faire un album entièrement enregistré en live. « C’était comme un rêve… Mais quand on se lance réellement dans le processus, c’est un réel cauchemar ! En enregistrant les instruments séparément, on peut plus facilement modifier le son. Sauf que pour Each Other, on avait envie d’accéder au dialogue qui s’ouvre avec ce type d’enregistrement. Cette énergie peut nous emmener où elle veut, nous rendre plus vulnérables ou plus dynamiques. Le fait d’être là, de pouvoir voir chacun, le sentiment de jouer ensemble… »

Pourtant, rien de tout ça n’avait été planifié, c’est une idée du producteur Marcus Paquin. « Certaines chansons n’étaient pas terminées, donc Marcus nous demandé de lui jouer les morceaux en direct. On a essayé celui qui était le plus abouti, puis on l’a écouté ensemble. Ca a été notre point de départ pour choisir la direction à prendre. On s’est d’abord concentrés sur la musique, et après, on a tenté de caser toutes les idées de paroles que j’avais. Notre intention a été de jouer de la meilleure manière possible, et de là construire le chant, les percussions, les claviers. » Par la suite, Aidan Knight a minutieusement orchestré en post-production. « J’ai une réelle passion du travail en studio, je suis toujours en train de penser à comment améliorer le son de chaque instrument. Ce qui fait que cette fois-ci, c’était un véritable défi, parce comme tout le monde joue en même temps, le son s’échappe d’un instrument à un autre. Pour riposter face à ce sentiment d’impuissance, j’ai construit autour : on garde les fondations et on ajoute la bonne combinaison de petits éléments comme des cuivres… »

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Aidan Knight a l’air perfectionniste, car deux autres fées se sont perchées sur le berceau. « John Anderson, c’est un très bon ami, on a travaillé ensemble sur les deux albums précédents. Mais j’en étais arrivé au point où je voulais faire un album avec une nouvelle vision, et plus de perspective. Et en même temps, je voulais l’inclure : une partie de moi se sentait coupable presque. Donc on a passé juste quelques jours chez lui pour avoir des sons que lui seul savait produire. Parfois dans la vie on récompense des gens pour leur travail. » Enfin, Mathieu Parisian est l’ingénieur qui a mixé l’album à Montréal. « Tout ce qu’on entend sur l’album est un résultat direct de son travail. J’adore tout son toucher, c’est quelqu’un qui a beaucoup travaillé avec Timber Timbre, Patrick Watson (lire l’interview). C’est Karkwa (lire l’interview) qui n’arrêtait pas de me dire du bien de Mathieu ! Et tout s’est très bien passé, mais vers la fin, il y a eu beaucoup d’éléments stressants. Rien à voir avec lui, mais ces circonstances ont ajouté à l’urgence pour boucler l’album. Et il a assuré autant sur le plan personnel que professionnel. »

Entre Marcus Paquin et Mathieu Parisian, Aidan Knight a travaillé avec la crème en matière de son canadien. « On n’aurait pas pu rêver meilleure équipe… Même si ça a été compliqué. Parce qu’en matière de création artistique, parfois on a l’impression que les enjeux sont élevés. Beaucoup de gens s’impliquent dans le projet, et ils souhaitent que tu réussisses. Parfois c’est génial et encourageant. Et à d’autres moments on perçoit leurs attentes… » Au passage, l’artiste tient à souligner aussi la patience de Marcus. « Travailler avec moi peut être un peu difficile. Je suis comme un bébé, je peux être très impulsif… En fait, j’ai énormément d’idées contradictoires que j’ai toutes envie de suivre. J’ai différentes visions esthétiques, plein de choses que j’ai envie de faire en même temps. Une fois que je me concentre sur la musique, je prends toutes ces données, et je les transforme en une seule et même chanson. Mais j’y arrive uniquement parce que ça fait longtemps que je me pratique. »

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Quelque part, la pression a pu aussi venir du label, avec qui Aidan Knight collabore pour la première fois. « J’ai eu une conversation intéressante avec un producteur, avec lequel je n’ai jamais bossé. Lors d’un dîner entre amis, il racontait qu’il devait écrire un long mail à un artiste country, pour lui dire qu’il avait entendu ses démos, et qu’il y avait trois bonnes chansons tout au plus. Il a été obligé de lui expliquer (rires) qu’il avait fait trop d’albums avec juste quelques bonnes chansons, et que s’il avait attendu, il aurait eu un seul mais excellent album. » Après avoir détourné la question, l’artiste explique sa manière de concevoir les albums. « Pour le pire et le meilleur, ce sont des photos qui représentent une période. Bien entendu, on veut enregistrer les meilleures chansons. Mais même celles dans lesquelles on ne se reconnaît plus sont importantes. C’est comme de retomber sur une vieille photo de soi : on comprend tellement de choses. »

Finalement, cette sortie sur un label plus important lui permet de venir tourner en Europe. « J’aime beaucoup venir jouer ici. Ce qui est très appréciable à Paris, en France en général ou en Allemagne – moins en Grande-Bretagne -, c’est qu’on a l’impression qu’il y a un véritable désir, et ce peu importe l’âge ou le milieu, d’expérimenter de nouvelles formes d’art et de créativité. C’est génial ! Parce que chez nous, les gens n’ont pas forcément envie de dépenser de l’argent dans quelque chose qu’ils ne connaissent pas. » Selon lui, c’est la raison pour laquelle il y a tant d’artistes nord-américains qui viennent jouer sur le vieux continent. « Chez nous, on fait beaucoup d’efforts pour se connecter aux gens, alors qu’ils sont déconnectés. C’est une manière un peu simple d’exposer le problème, mais ils préfèrent aller un groupe dont ils connaissent tous les albums. Quand on vient ici, sans avoir non plus des audiences énormes, des gens se déplacent alors qu’on est jamais venus jouer dans leur coin. C’est juste qu’il y a une différence d’appréciation pour ce qui n’a pas encore eu l’occasion de faire ses preuves. »

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Difficile de ne pas voir de lien avec les événements qui se sont déroulés à peine une semaine plus tôt. « De mon point de vue, totalement extérieur, ça va sonner réellement bizarre, et il ne faut pas le prendre mal, mais ça devait arriver ici, parce que Paris est le… centre de la culture. »

Réclame

Each Other, le troisième album de Aidan Knight, est paru chez Full Time Hobby/PIAS.
Aidan Knight sera en concert le 11 mars en première partie de Half Moon Run à la Cigale


Remerciements : Jennifer [PIAS]

Catégorie : A la une, Entretiens
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  • Entretien avec Aidan Knight - Le Transistor | K... :

    […] Enfin, Mathieu Parisian est l’ingénieur qui a mixé l’album à Montréal. « Tout ce qu’on entend sur l’album est un résultat direct de son travail. J’adore tout son toucher, c’est quelqu’un qui a beaucoup travaillé avec Timber Timbre, Patrick Watson (lire l’interview). C’est Karkwa (lire l’interview) qui n’arrêtait pas de me dire du bien de Mathieu ! Et tout s’est très bien passé, mais vers la fin, il y a eu beaucoup d’éléments stressants. Rien à voir avec lui, mais ces circonstances ont ajouté à l’urgence pour boucler l’album. Et il a assuré autant sur le plan personnel que professionnel. »  […]

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