Entretien avec Mina Tindle

Mina Tindle, ça fait un petit bout de temps que son nom parcourt la toile. Entre buzz de blog et des premières parties de Daniel Darc à la première édition du festival GéNéRiQ, la demoiselle a fait son chemin, bravant les offres pour faire son premier album comme elle l’entendait, en indé, tranquillement, au studio Garage avec JP Nataf. Après plus de deux ans de bouture, Le Transistor rencontrait Pauline pour discuter de Taranta à la veille de sa sortie.

Mina Tindle

Au début, Mina Tindle était très impressionnée de bosser avec JP Nataf. « Rien que d’être pote avec lui et de lui faire écouter mes trucs ! Je me rappelle, avant qu’on décide de bosser ensemble avec JP, pour moi c’est une des seules personnes dont j’adorais vraiment le boulot, sur les textes aussi – que je chantais depuis que j’étais gamine. » Maintenant ils chantent ensemble sur ‘Pan.

Mina Tindle par Claude Gassian

Mina Tindle par Claude Gassian

Deux ans et demi pour faire un album, on peut dire que Mina Tindle a pris son temps. « Je suis rentrée de New York avec un début de EP, donc l’envie d’en finir un. A cause d’une mauvaise expérience, j’avais pas trop envie de me lancer n’importe comment : j’avais envie que ce soit bien, bien fait. » A l’époque déjà, les labels lui faisaient du gringue mais ça la faisait flipper. « Je savais pas du tout si j’avais les reins pour écrire un disque entier. Donc je suis vraiment rentrée dans cet espace avec JP qui était beaucoup plus un truc de confiance, de laboratoire… J’avais à disposition, quand c’était libre, un studio, avec JP en tant que réal, et un ingé son super, et on a fait ça sans trop se presser. »

D’ailleurs, Mina était prête à sortir Taranta en autoprod. « A la base, la première personne en qui j’avais confiance c’était Marie-Anne Dudouit, une éditrice de chez Blonde Music (qui a maintenant été racheté par Warner). C’est vraiment la nana qui m’a fait me décider à passer le cap. Mais l’année dernière elle a arrêté complètement la musique… Et ça a remis beaucoup de choses en question. » Et puis Taranta est finalement paru chez Believe.

Taranta est une chanson qui parle de cette danse traditionnelle du sud de l’Italie. « J’ai une de mes meilleures amies qui habite dans le sud de l’Italie et qui s’est improvisée à 30 ans danseuse de tarentelle. C’est toute une tradition orale, ça commence à peine à être chorégraphié. C’est vraiment beaucoup une danse de femmes. C’est marrant parce que moi je viens de l’Espagne, ça me rappelle un peu le flamenco dans le sens où c’est quand même la femme qui domine la danse. » Si elle donne son nom à l’album, cette mystérieuse chanson n’y figure pas. « En quelques sortes un pied de nez à JP, soi-disant il l’aimait pas trop, du coup c’est comme ça que j’ai appelé l’album : c’est pour la petit revanche personnelle mais ça l’a plus fait rire qu’autre chose. »

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Avec ‘Taranta‘, Mina rend hommage aux danseuses de tarentelles. « Tout tourne autour de l’histoire de ces nanas qui travaillaient dans les champs de tabac, qui étaient ultra maltraitées et qui étaient toute la journée en plein soleil à bosser comme des tarés. Et une fois par an elles avaient l’opportunité de devenir les reines des villages, un peu comme la tradition des carnavals. » Ces femmes qu’on appelait les piquées : les tarantata. « On justifiait le fait qu’elles aient besoin de danser pendant une semaine et de rentrer en transe par le fait qu’elles s’étaient fait piquer par une araignée et donc qu’elles avaient besoin d’expier. Alors qu’en fait elles étaient pas du tout folles, elles étaient juste les dépressives de l’époque. »

Si Mina Tindle est passionnée par l’Italie, elle saute de l’anglais au français avec aisance. « Le français c’est venu beaucoup plus tard. JP était très vite tombé amoureux des démos, des premiers trucs qui étaient en anglais vraiment. Et quand je lui ai fait écouter des choses que j’avais écrites en français, il m’avait dit très honnêtement qu’il y avait encore du boulot. » Mais elle chante aussi en espagnol et fait des reprises en portugais. « En espagnol c’est minus, en une phrase je leur fais pas honneur. Après je trouve que dans l’absolu, j’aimerais bien, sans faire Manu Chao, pouvoir choisir. J’adore reprendre ‘Les Argonautes‘ de Caetano Veloso : même si je parle pas portugais mais je comprends et c’est une de mes chansons préférées. J’écoute aussi beaucoup de musique brésilienne, je vois pas pourquoi je devrais me priver, au contraire. »

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L’enregistrement de Taranta a été enregistré de manière peu conventionnelle. « Y’a des chansons où y’a 100 pistes… C’était un peu un laboratoire d’expérimentations. Y’a une chanson, c’est plus ou moins un piano préparé : mon ingé son m’a laissé jouer pendant une heure, il était parti faire autre chose parce qu’il en avait ras le bol. Et en ré-écoutant, j’ai isolé une partie et ça a fait le couplet et le refrain.
Mina admet que leurs méthodes étaient un petit peu brouillon. « La veille du mastering, on était encore avec un pote américain à enregistrer les batteries avec le logiciel qui plante, c’était du n’importe quoi. Par contre après on avait un magicien du mix, il a fait des merveilles, mais en même temps, ça fait 30 ans qu’il bosse avec JP ! Il a réussi à prendre le truc et à faire le tri, à enlever des pistes ici et là parce que pour que ça sonne, il faut retirer des instruments et pas en rajouter. »

La version avant mix était apparemment tout sauf fluide mais ludique. « La chanson très pop maintenant était imbitable avant le tri. C’était génial en fait, limite y’a des trucs qui pouvaient plus me parler, ça faisait vraiment plus indé même si c’était beaucoup moins lisible. Et comme c’est un truc assez collectif, j’ai pas du tout de mal à dire que je le trouve super ce disque. C’est chouette : à chaque chanson, je vois, j’entends l’histoire derrière. »

Réclame

Taranta, le premier album de Mina Tindle, est sorti le 19 mars chez Believe.

Mina Tindle est actuellement en tournée en France et en Allemagne. Lire le live report de son concert à la Maroquinerie.


Remerciements : Aurélien (Astérios), Ludivine (Warner) et Mélissa

Catégorie : A la une, Entretiens
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6 réactions »

  • Romain :

    C’est LA bonne découverte du moment. Vue en première partie d’Alela Diane à Poitiers en octobre, prêt à la revoir très vite pour un de ces concert!

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