Entretien avec Karkwa

Rencontrés au MaMA 2010, on a été fascinés par Karkwa qui mêle savamment le rock planant et la poésie de la langue française – oups ! québécoise, pardon. Et chaque fois qu’on les recroise, on est happé par leur intensité… Donc pour la sortie de leur quatrième album, Les Chemins de Verre, on a décidé de faire les choses bien et on s’est posés à une table pour parler musique avec eux.

Karkwa

Les Chemins de Verre, sorti il y a déjà un an au Québec, a remporté le prix Polaris. « On est le premier groupe francophone à le gagner, même ça fait que six ans que le prix existe. Le fait de l’avoir gagné, devant des artistes anglophones en majorité, c’est sûr que ça amène une touche, et puis ça fait discuter un peu plus. Ca nous a apporté des opportunités d’affaires aussi avec tourneurs américains et Canada anglais. » Ce prix leur a facilité l’export de leur musique. « Et puis on s’entend, je dis facile mais ça l’est pas tant que ça, hein ? Tout a découlé de ce prix, on a rencontré des personnes issues de la scène internationale. Et comme en plus ce prix a une certaine notoriété et popularité, plein de mélomanes anglophones curieux se sont mis à écouter notre musique. On a reçu des retours, des messages, des gens qui disent : ‘finalement je comprends rien, mais j’adore’. »

Karkwa par Raphaël Ouellet / stylisme Catherine Perron

Karkwa par Raphaël Ouellet / stylisme Catherine Perron

D’habitude c’est l’inverse, les gens ne veulent pas écouter leur rock parce que c’est en Français. « Mais c’est normal de penser comme ça, parce que le rock en français, c’est presque une contradiction. C’est un peu l’histoire de la chanson française, le bagage que nous on a reçu, la Chanson Française en tant que telle, c’est une voix très présente, très forte, le texte qui est mis en avant, et la musique plutôt moins… » Mais au Québec, c’est la Country qui est reine des ondes. « Nous on travaille dans une démarche de rock, de rock inspiré : autant le rock planant, des artistes britanniques comme Radiohead, ou plus vieux comme les Beatles… Mais on est aussi influencés par des gars comme Grizzly Bear, qui eux sont très influencés par les Beach Boys. C’est une espèce de mélange d’influences de partout. »

Toute la particularité de leur son repose sur un choix de mixage. « On pense pas à mettre la voix plus loin dans le mix, on le fait naturellement, instinctivement, par goût. En fait, on veut tout ! On veut l’impact des guitares, la batterie, la basse, tout ça, mais physiquement dans les haut-parleurs, y’a une place limitée. Et si une trop grande partie de la place est prise par la voix, il faut quand même faire circuler le reste. La voix, c’est comme un autre instrument… mais ça veut pas dire qu’on porte pas attention aux textes. » Justement, les sujets des textes sont longuement débattus. « On porte une grande attention aux textes et puis on a un désir de s’améliorer en tant que poètes… Je pense qu’on est des apprentis poètes, qui aspirent à mieux. C’est pas pris à la légère du tout, mais par contre, on veut que ça rock ! Donc faut placer les choses en conséquence. »

Le fait de chanter en Français est en fin de compte une contrainte au niveau musical. « On est pris par les restrictions de la langue française, par rapport à l’anglais, qui est peut-être plus facile à faire plus court pour dire un sentiment… C’est plus rond, c’est plus mélodique, c’est plus facile à chanter. Mais comme l’accent québécois tourne les coins un peu ronds, ça aide. On est un peu à mi-chemin, l’anglais ça se passe très rondement, le français de France c’est un peu plus carré, le français du Québec c’est ovale. »
Mais du coup, comme ils font du rock francophone, ils se voient décerner le titre d’ambassadeur musical du Québec. « Ca vient avec une certaine fierté. On représente bien la scène musicale montréalaise. C’est pas de notre faute, on le prend avec humilité. J’ose espérer que c’est pas juste parce qu’on est Canadien qu’on s’est retrouvés à partager la scène avec Arcade Fire, mais c’est gratifiant de jouer devant des gens qui ne s’y attendent pas. C’est la beauté de notre rôle d’ambassadeur. »

YouTube Preview Image Karkwa se retrouve donc à relever le défi de jouer devant des scènes anglophones. « Ce qui me fait rigoler, c’est qu’on a toujours cru que ce serait impossible à faire. Puis finalement on se rend compte que c’est réalisable, même si à petite échelle. Tu peux jouer partout dans le monde, mais de là à dire que tu as ‘marché’… » Ils ont joué à New-York, mais se sont retrouvés dans une catégorie Musique du Monde. « Pas dans le style, mais dans le genre de démarche. Les Américains ou les Anglophones n’ont jamais été à l’affut de la musique française, même Gainsbourg le dit dans une interview : ‘moi j’ai toujours été un artiste underground à New-York’. »

Ce n’est donc pas que l’Amérique se tourne pas vers la musique francophone, juste qu’il y a toujours eu des mélomanes et des curieux partout. « Aujourd’hui on a des outils qu’il n’y avait pas avant, y’a des sites internet spécialisés dans la musique que des gens suivent religieusement. Et puis à partir du moment où t’intègres, que ton nom est cité, y’a plein de gens qui vont voir, qui vont peut-être être intéressés à aller à ton concert. Y’a toujours eu des gens à l’esprit ouvert, c’est juste qu’on réussit maintenant à les rejoindre par des technologies ou des initiatives comme le Polaris, qui vraiment réunit toutes les nations du Canada… » Parce qu’il faut pas oublier que le Canada est un pays très large. « Y’a pas beaucoup de monde mais plusieurs nations différentes. Au milieu du pays, c’est pas du tout les mêmes choses qu’on entend, c’est des ambiances complètement différents. Y’a des gens qui sont curieux là-bas aussi, donc y’a moyen d’aller jouer là-bas. Mais je sais pas à quel point Karkwa, à Calgary, au fin fond du Canada, attirerait combien de personnes chez les pétrolifères … Je suis curieux, je pense qu’il y a un risque financier. » En fin de compte, toutes ces réflexions restent sur le ton de la plaisanterie. « On fait nos affaires, ça se passe bien pour nous au Québec, mais on est pas des conquérants. »

Réclame

Les Chemins de Verre, le quatrième album de Karkwa, sera disponible en France le 17 octobre, distribué en digital par Idol et en physique par L’Ambianceur.
Karkwa participera au festival Iceland Airwaves… si jamais d’aventure vous passiez par l’Islande à la mi-octobre.
Live Report et Photos de Karkwa au MaMA 2010
Live Report de Karkwa aux Eurockéennes de Belfort 2011


Remerciements : Lara (Ivox)

Catégorie : A la une, Entretiens
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Une réaction »

  • Printemps de Bourges – Découvertes | Le Transistor :

    […] Monogrenade c’est un jeune groupe qui nous vient du Québec. Trois filles, trois mecs, et des instruments à cordes qui sont massacrés pour la cause du rock. Une boucle inquiétante plonge la salle dans un Sergio Leone : au loin, on voit les truands arriver mais on ne les entend pas encore. On redoute à mesure qu’ils se rapprochent, la peur de l’inéluctable nous prend, jusqu’à ce qu’on sente leur souffle fétide sur notre joue… puis soudain le black out. En bref, les intros sont somptueuses, l’intensité se fait alarmante, on est pris de vertige, quand soudain, la voix rappelle immanquablement Karkwa ! […]

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