Entretien avec Luke Jenner

Ce fut un choc à la lecture de la programmation des Trans Musicales de Rennes 2013 ! Au milieu de tous ces noms inconnus apparaît celui de Luke Jenner… le chanteur de The Rapture. On connaît le parcours chaotique du groupe, qui avait fait poireauter tout son petit monde pendant cinq ans après le deuxième album mais c’était pour débarque avec le fameux In The Grace of Your Love, produit par Zdar. Luke Jenner nous avait alors paru apaisé ; il n’en était apparemment rien, puisqu’il se lance désormais en solo.

Luke Jenner

Luke Jenner résume ce projet solo de manière très simple : « J’ai envisagé de faire un nouvel album de The Rapture mais j’ai eu envie de tenter quelque chose de nouveau. Je voulais voir si je pouvais tout faire moi-même : tout jouer, tout réaliser. Et c’était excitant ! » C’est pas si simple que ça…

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Si la réalisation est différente, les compositions sont les mêmes « J’écris continuellement des chansons pour The Rapture. En fait, le problème c’est plutôt que j’en ai trop. D’ailleurs, le moment le plus dur pour moi, c’était lors du deuxième album : pour Pieces of the People We Love, Matty voulait écrire, donc j’avais plus assez d’espace. Ca m’a rendu triste : pas parce qu’il prenait trop de place, mais parce que je n’en avais plus assez. » Pour Luke Jenner, ça ne fait de toute manière aucune différence. « The Rapture a toujours été mon groupe, c’est moi qui l’ai fondé. Il y a eu des moments de friction, quand Matty était dans le groupe : il me disait qu’il n’aimait pas mes paroles ou mes lignes de guitare. Ca m’a profondément perturbé, parce que Matty était nouveau et surtout très jeune, il était comme mon petit frère, et d’un coup… »
En somme, In The Grace of Your Love est un album rempli de souffrances. « L’ambiance a été bizarre pendant longtemps. Je pense que tout le monde en avait marre de moi, c’est pour ça qu’ils ont pris son parti : c’était comme une mutinerie. En plus, en 2006 ma maman est décédée, mon thérapeute aussi, et mon fils est né. Donc quand je suis revenu après deux ans, j’étais exténué, je ne ressentais plus rien… J’avais réalisé tous mes rêves. J’étais à la recherche d’un sens à ma vie, et ça se ressent sur le dernier album. »

Manifestement, la formation en groupe le pèse. « L’album est prêt, et ça m’a pas pris tant de temps que ça… Parce que le plus long avec un album de The Rapture, c’est qu’il faut répéter les morceaux avant de partir l’enregistrer en studio. J’apporte les morceaux et chacun doit composer sa partie, même si bien entendu, il me faut pas plus de cinq minutes pour trouver les lignes de basse ou de batterie ! Mais les autres, ça leur prend un peu plus de temps. Cette fois-ci, j’avais plus besoin de passer par cette étape. » Luke Jenner ne veut plus se compliquer la vie avec des compromis. « Quand on est dans un groupe, même en position de compositeur, il faut s’accorder sur tout. Les autres veulent toujours mettre leur grain de sel, que ce soit un producteur ou un musicien. Donc pour ce projet, je me sens libéré de ces contraintes… et je veux garder cette liberté, sans avoir besoin de me battre. C’est pour ça que je vais monter mon propre label pour sortir mes albums : je veux que mon album soit comme je l’entends. »

Le compositeur garde un goût amer des conflits au sujet du dernier album de The Rapture. « Pour In The Grace of Your Love, on s’est pris la tête pendant un an sur la pochette. J’aimais pas celle proposée, et je voulais vraiment cette photo de mon père, parce que pour moi ça correspondait à l’album, à son atmosphère. Les gens te coupent dans ton élan : pas pour te faire chier, mais parce qu’ils pensent sincèrement que c’est pour le mieux. C’est une collaboration, à chaque fois. Que ce soit avec un producteur, un label ou un musicien. Je voulais voir ce que ça faisait de collaborer avec moi-même pour une fois. »

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Ce nouveau projet paraît danser sur les cendres de In The Grace of Your Love, mais en moins disco. « Je crois que The Rapture a toujours été basé sur l’expérience cathartique. Mais personnellement, je crois que je n’ai pas besoin d’un nouvel Echoes… Je pense qu’il s’agit plus d’acceptation de soi, de ressentir l’énergie d’une manière différente, à un autre niveau. » Avec ce projet, le compositeur est parti en quête d’autre chose… « Les premières influences de The Rapture, c’était ces chanteurs comme Bryan Ferry, Johnny Lydon… Ils portaient un costume dans la vie : c’était une réelle performance. C’est cool, mais je pense que de mon côté ça fait longtemps que j’essaie d’enlever mon armure, parce qu’elle est lourde. Au final la musique n’est pas la chose la plus importante de ma vie. J’essaie de comprendre qui je suis, et la musique n’est qu’un résultat annexe de cette réflexion. »

Ce projet solo semble l’avoir aidé à trouver des réponses. « Je pense y être arrivé : je pense me connaître. Echoes était difficile, aiguisé comme un rasoir ! Réellement défensif ! A l’époque, je canalisais mon énergie : j’étais jeune, intelligent, énervé, avec une tignasse… j’étais ce gamin qui savait tout mais n’en était pas satisfait (rire). Ce n’était pas que je pensais tout savoir, au contraire, je ne me faisais pas assez confiance. Je savais plus que je ne pensais savoir ! Et donc maintenant, j’ai plus confiance en ce que je sais. » Désormais âgé de 38 ans, le chanteur sourit en repensant à la période du premier album de The Rapture. « C’est aussi qu’à l’age de 25 ans, j’avais déjà réussi à accomplir tout ce que je voulais. Littéralement ! A tel point que ça en était perturbant. Je n’essaie pas vraiment de conquérir le monde puisque je l’ai déjà fait en quelque sorte (rire). J’ai fait tout ce que je voulais, donc maintenant c’est juste pour moi-même. Mais je voulais atteindre ce point de sagesse. »

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Le compositeur n’a plus rien à se prouver. « J’ai déjà parcouru le monde dix fois et rencontré beaucoup de mes héros… A vrai dire, ils n’ont pas réussi à devenir des personnes réelles, pas complètement du moins. Ils sont restés coincés dans ces personnages, ils n’ont jamais réussi à s’échapper. Et c’est le cas de tous ! C’est hallucinant ! (rire) Ils sont tous passé à côté de leur vie ! » D’après lui, il a réussi à se poser les bonnes questions à temps. « C’est très très difficile de devenir célèbre et c’est encore plus difficile de s’en sortir, de ne plus croire en ce mythe qu’on a créé. Mais moi, je suis plus important que mon art. Et j’ai réussi à m’en détacher. Je veux vraiment être un bon père, et je veux être un bon partenaire pour ma femme. Quand je meurs, je veux que les gens disent : ‘Il a fait de la bonne musique, mais c’était aussi une vraie personne’. »

Pour finir, la question qui brûle les lèvres de tous : ce projet solo enterre-t-il le groupe ? « Je veux pas que The Rapture devienne quelque chose qu’il faut que je fasse. Ça peut pas être pour la promesse d’une pile de billets, il faut que ça ait un sens pour moi. Mais The Rapture n’est pas mort. Là c’est juste qu’on venait de boucler une tournée de 140 concerts, on était tous fatigués. Et puis, je n’ai aucune idée de ce qui va se passer avec mon album solo. »

Réclame

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Remerciements : Trans Musicales de Rennes

Catégorie : A la une, Entretiens
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