Entretien avec Tindersticks

Au festival Beauregard, au milieu des grosses machines comme Gossip ou The Kills, on trouvait dans la prog des perles d’indé… et notamment les mythiques Tindersticks. Le Transistor a eu la chance de rencontrer David Boulter, clavier original de cette formation qui a fortement été chamboulée au cours des vingt ans de carrière.

Tindersticks

David commence par nous livrer le secret de longévité du groupe : « Aujourd’hui, il y a plus de liberté : avec les medias sur internet ou YouTube, on peut créer son projet et le mettre sur la toile. Mais c’est plus difficile d’avoir du succès et surtout de le maintenir par ces outils. Beaucoup de groupes explosent puis disparaissent. Si tu veux perdurer, il te faut un truc en plus. »

Entretien avec Tindersticks (c) Christophe Agou

Entretien avec Tindersticks (c) Christophe Agou

Le neuvième album, The Something Rain, sonne plus électrique. « Il a été enregistré en live, mais effectivement on a pas mal manipulé le son. Stuart [Staples] et moi, on s’est posés tous les deux, on a trouvé d’abord le son qui nous intéressait, puis on l’a développé. Sur le dernier album, on était complètement obsédés par les boîtes à rythmes, donc on a essayé de se calmer. » Tindersticks a cherché une nouvelle direction. « On voulait pas faire d’album avec des cordes, parce qu’on l’avait déjà fait auparavant d’une certaine manière… On voulait faire quelque chose de plus tendu dans le son, on voulait un ressenti différent. »

Le thème prédominant de cet album est le deuil. « C’est pas tant une question d’inspiration… mais plutôt par rapport à ce qui se passait à ce moment. Un ami particulièrement proche de nous, un chanteur québécois, a disparu. Et la même année, mon père est décédé. On n’a pas écrit nos chansons à ce sujet, mais clairement ça a chargé l’atmosphère de l’album. » C’était surtout une manière pour eux d’échapper aux idées noires pendant cette période difficile. « On n’a pas répondu à ces décès en mettant notre chagrin dans notre musique mais elle a été marquée par ces évènements, c’était palpable. C’était plus une question de nous pousser à faire quelque chose au lieu de rester sans rien faire et ressentir la peine. »

Ce sujet très personnel peut représenter une épreuve à revivre en tournée. « Ce qui a toujours été difficile, quelque part, avec Tindersticks, c’est que c’est une musique pleines d’émotions, et parfois des émotions extrêmes. Et quand on joue en live, il faut se répéter chaque soir sans avoir l’impression de jouer un rôle. On peut pas se ressentir toujours la même chose par rapport à un évènement ou une personne : les sentiments évoluent. » Pour David Boulter, les concerts relèvent parfois de la schizophrénie artistique. « Quand on joue un morceau qui porte sur un évènement particulier, ça peut être compliqué de maintenir cette émotion, et aussi de le faire avec des sentiments sans se sentir lassé. C’est pourquoi il y a certaines de nos anciennes chansons qu’on n’aime pas jouer, même si ce sont parfois les plus populaires de notre répertoire. C’est juste qu’on a changé par rapport à cette chanson. On cherche juste à trouver un équilibre. »

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Cependant les tournées sont des moments de joie partagée. « On est heureux d’être ensemble parce qu’on habite tous dans des pays différents : les moments où on joue, sont aussi des moments de retrouvailles. C’est un moment de sociabilité qui nous sert d’environnement pour composer. Ca devient quelque chose épanouissant et enrichissant : il ne s’agit pas juste d’écrire, c’est aussi passer du temps avec des amis. »
Pour économiser du temps, Tindersticks profite des tournées pour composer. « C’est pas forcément pour des raisons financières, mais pourquoi pas composer puisqu’on est tous réunis. Au lieu de dormir, on essaie d’optimiser le temps passé ensemble pour créer quelque chose en plus de la musique jouée. » Ce procédé rassurera les fans qu’un hiatus n’est pas prêt de se reproduire. « Ca garde la tournée plus vivante, et ça permet d’avancer vers un futur, au lieu de se contenter de faire la tournée et de revenir à nos préoccupations. On avance forcément puisqu’on a commencé à échafauder l’album suivant. C’est une base pour continuer. »

Maintenant que le groupe est reparti sur de nouvelles bases, David Boulter reparle de cette pause qui a tétanisé le groupe pendant cinq ans. « Ce qui s’est réellement passé, c’est que le groupe est devenu un espace non confortable pour faire la musique. Alors qu’avant c’était un espace agréable. Donc on a dû s’arrêter, parce qu’on s’est retrouvés coincés. C’était une décision très difficile à prendre que de faire une pause pour savoir ce qu’on voulait faire. » Mais cette rupture dans leur rythme leur a permis de repartir sur de nouvelles bases. « Quand on fait de la musique, ça devient très personnel, on partage des bouts de notre vie, la relation doit être très forte… Et quand elle se brise, c’est douloureux. Mais c’était important de changer et décider de faire de la musique à nouveau, d’avoir une approche différente. Et on réalise qu’on a toujours un lien musical, et on continue, même si c’est pas dans la même direction que celle qu’on a prise il y a dix ans. »

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Sans trop chercher à analyser les raisons de cette pause, Tindersticks a repris un rythme soutenu de composition. « A la base, le groupe c’était six personnes qui avaient commencé avec rien. Puis on a connu le succès et on est devenus ce groupe dans lequel il y en avait toujours un qui n’avait pas envie d’être là… Mais qui continuait parce que c’était comme une équipe. Et ça a pris du temps pour dire non, ça ne marche plus, donc on va arrêter. » Pourtant, aucune méthode n’est imposée au groupe, ce qui leur permet de respirer. « On ne suit aucun chemin alors qu’il y a dix ans, il y avait une routine claire et prédéfinie et il ne fallait pas y déroger.  C’était très frustrant et ca a été difficile de la briser. Maintenant, personne ne pousse personne, on bouge de manière spontanée. C’est ce qu’on avait perdu : à nos débuts, on était très spontanés. On l’a perdue mais on l’a retrouvée et c’est le plus important. »

Réclame

The Something Rain, le neuvième album de Tindersticks, est disponible chez Constellation Records/City Slang.
Tindersticks est en tournée en France, pour finir le 7 novembre à la Cigale pour le festival des inRocKs Volkswagen avec Lambchop et Daughter.
Lire le live report de Tindersticks au festival Beauregard


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Catégorie : A la une, Entretiens
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