Pitchfork Music Festival 2015 – vendredi

Deuxième jour du Pitchfork Music Festival Paris 2015. Retour à la Grande halle de la Villette pour faire des découvertes et surtout s’en prendre plein les oreilles. A commencer par le clubbeur Rome Fortune, suivi des dévastateurs Health, de l’amoureux d’Americana Kurt Vile & The Violators et du maître de cérémonie : Thom Yorke en personne ! Mais pour nous, le morceau de choix de cette soirée c’était les jouissifs Battles !

Rome Fortune

Même si Dornik a préparé le terrain, la foule n’est pas encore très motivée face au rap mâtiné d’electro de Rome Fortune. Quelque part, on sent que ni lui ni son pote aux platines ne sont encore rôdés pour les grands plateaux. A sa manière de danser pour ambiancer la fosse, il est clair que Jerome Fortune a jusqu’à présent surtout écumé les sous-sols de clubs. Néanmoins il trouve sa place dans la programmation parce que beaucoup de ses titres ont été produits par Four Tet, qui jouera plus tard dans la soirée.
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Health

A peine le temps de traverser la salle que Health plonge la Grande halle dans une toute autre ambiance. Pour bien marquer la différence, l’intro se fait martiale : des batteries, des batteries, encore des batteries, sans oublier des batteries ! Derrière une voix sur-réverbée, le son passe d’explosions en déflagrations toutes plus rejouissantes les unes que les autres. En fait, c’est comme si la voix cherchait à nous envoûter pour qu’on se rapproche – comme sur ‘Life’ – et lorsque la foule est à sa merci, Health balance un coup d’électrocution.

A mesure que le set part en mode electro, Health nous maltraite de plus en plus. Puis d’un coup de cheveux langoureux, le guitariste dévie complètement avec un riff pop ! Le groupe nous avait bien annoncé leur capacité à faire de la disco avec leurs albums de remix, et l’avait prouvé lors de bandes-son de jeux vidéo comme Max Payne 3 ou Grand Theft Auto V… Mais au sein d’un même set, on ne les pensait pas prêts à autant d’aliénation ! Bluffant.
YouTube Preview Image Nouvel album Death Magic
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Kurt Vile & The Violators

Après autant de vacarme, Rhye s’avère très très calme. Aussi, il incombe à Kurt Vile et ses Violators de préparer la foule. Mais son rock est quelque part trop propre et sa voix trop désabusée pour réellement enflammer le parterre. Quelque part, le songwriter est trop tourné vers ce qu’il connaît : son Amérique, ses références, pour essayer de toucher le public, de l’inclure. Pris dans sa contemplation, il crie alors que son groupe ne le porte pas. Et parfois, on a bien l’impression qu’il se regarde un peu jouer…
YouTube Preview Image Nouvel album b’lieve i’m goin down

Battles

A la ride placée si haut, on sait que l’invasion de tout l’espace sonore par Battles est imminente. Et dès l’introduction sur ‘Ice Cream’, l’assaut s’avère à la haute des attentes La foule commence alors à danser sur des onomatopées aux sonorités suggestives. Sur scène, ils ne sont que trois, mais invitent dans leur electro les influences des quatre coins du monde, surtout sur ‘FF Bada’ ou ‘Futura’. Mais ce qui est le plus marquant chez Battles, c’est le batteur John Stanier qui joue comme si sa vie en dépendait.

Malgré le timing serré, Dave Konopka attrape un micro qui traîne pour remercier le public avant de retourner bidouiller ses pédales. Pendant ce temps-là, John Stanier affiche un air heureux, totalement en nage mais heureux. Il s’accorde une mini pause au début de ‘Atlas’, pour descendre une bière cul sec, puis tranquillement remonte sur son tabouret. De l’autre côté de la scène, Ian Williams est coincé entre ses deux claviers et sa guitare, aussi ce sont ses genoux qui se mettent à danser pour lui, comme jouant des castagnettes.

Le public se met à applaudir en rythme sur la montée, quand arrive une vrille pour annoncer ‘The Yabba’. La batterie, très sèche et violente, se contredit en devenant tribale, et les baguettes volent en éclat sans que John Stanier n’en paraisse le moins du monde déstabilisé. Après une léger flottement, juste le temps qu’un frisson traverse la foule, le final emporte tout et laisse la foule K.O.
YouTube Preview Image Nouvel album La Di Da Di

Thom Yorke

Cette fois-ci, Thom Yorke est venu sans Radiohead, sans Atoms for Peace, mais avec son fidèle Nigel Godrich. La scène bardée d’écrans, le concert s’avèrera froid, légèrement prétentieux selon certains… En même temps, comment se sent-on quand on sait qu’on est le seul capable de sauver l’affiche après l’annulation de Björk ? Aussi, Tomorrow’s Modern Boxes étant sa dernière sortie en date, Thom Yorke a proposé un concert en solo. A part quelques hallucinations auditives, aucune chanson de Radiohead ne pointera son nez sur la setlist, mais quelques échappées de The Eraser viendront compléter le tableau.

Le problème pourtant, c’est que son Tomorrow’s Modern Boxes n’avait pas l’air d’un album en soi, mais plutôt d’une opportunité médiatique pour faire passer un message. Car en septembre 2014, Thom Yorke mettait en vente son deuxième album solo sur BitTorrent (plateforme de téléchargement illégal) en disant : « If it works anyone can do this exactly as we have done ». Une démarche qui n’étonne pas, puisque In Rainbows était paru en pay-as-you-want déjà en 2007 pour faire un pied de nez à leur ancien label feu-EMI.

Tomorrow’s Modern Boxes était donc une expérimentation, tout juste une collection de brouillons récupérés dans des tiroirs pour étayer ses propos. Des morceaux qui lui paraissent faciles, et pourtant restent de meilleure qualité que la plupart de ce qu’on entend. Sauf que si son opération sans autre communication que Twitter a bien marché (1.7 millions de téléchargements la première semaine), il faut garder les pieds sur terre : sans les presque 30 ans de carrière en tête d’affiche, ça n’est pas aussi évident pour tout le monde. Thom Yorke a de belles idéologies mais pas très au fait de la réalité de l’industrie actuelle.

Crédit photo : Rolling Stone


Remerciements : Pauline [La Cadence]

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