Entretien avec Kevin Morby

C’est au Primavera Sound festival que nous avons rencontré Kevin Morby pour la première fois. Seul sur une petite scène, il semblait confier ses chansons au creux de l’oreille de sa guitare. Emu par ces mélodies étrangement familières, Le Transistor a suivi ses aventures. Aussi, quand l’artiste est programmé à la Route du Rock pour présenter son troisième album, Singing Saw, nous avons décidé de rencontrer le guitariste folk aux origines psychédéliques avec Woods aussi bien que punk avec The Babies.

Kevin Morby

Juste après son concert, Kevin Morby semble un peu fatigué : « Oh rien de grave, j’ai juste oublié quel jour était mon vol, on revenait à peine de voyage donc je me suis un peu emmêlé les pinceaux. Et hier, je me suis fait réveiller par mon tour manager qui m’appelle de l’aéroport. Oh oh ! »

Pourtant, Kevin Morby a l’habitude des tournées, il a même dédié une chanson à ces voyages. « Effectivement, l’année prochaine ça va faire 10 ans que je tourne. Cette chanson, je l’ai appelée comme ma grand-mère : ‘Dorothy’, nom que j’ai donné ma guitare après son décès. Elle parle de voyages, des gens que j’ai rencontrés. Je suis un musicien itinérant, j’ai toujours ma guitare avec moi, c’est comme mon compagnon. Dorothy représente toutes ces personnes rencontrées sur les routes. »

Le titre de ce nouvel album Singing Saw, est également une métaphore pour le lieu dans lequel il vient d’emménager. « Je vis dans ce quartier de Los Angeles, qui est un peu flippant, mais comme je viens de New-York, ça ne me dérange pas. J’écris toute la journée, et la nuit venue, je vais faire le tour du pâté de maison – tout simplement parce que j’ai besoin de sortir. Et lors de mes balades je réalise que s’il est flippant, il est quand même beau ce quartier, un peu comme une scie musicale. C’est quelque chose qui crée un beau son, mais aussi très étrange. J’ai essayé d’en jouer mais c’est difficile ! » Son quartier un peu excentré, loin du trafic de la ville. « Cette ville a plein de facettes différentes, elle peut être rurale ou très urbaine, comme à Hollywood par exemple. Et ce que je préfère, c’est que je vis à la campagne mais si je veux la ville, elle est à portée de main. J’aime ce mix, à mi-chemin entre les deux environnements. Je préfère être tranquille à la campagne, mais je peux facilement aller au restaurant, ou aller voir des concerts. »

Peu importe le lieu, ville ou campagne, Kevin Morby adore faire de longues balades. « A New-York, je marchais tout le temps. Probablement plus qu’à Los Angeles d’ailleurs. Une des choses que je préférais à New-York, quand j’avais un jour de libre, c’était de prendre le métro, et de m’arrêter au hasard, pour explorer le quartier à pied. C’est une bonne manière de connaître la ville, et puis c’est agréable de se perdre, ça aide à la méditation. Parce que tu te concentres pas vraiment sur où tu vas, tu te concentres plus sur ton pas, et il trouve son propre rythme. » Sûrement parce que, depuis toujours, le voyage fait partie de sa vie. « Quand j’étais plus jeune, ma famille déménageait beaucoup. Ce que j’aimais le plus, c’était le moment où on se retrouvait sur l’autoroute. Ce sentiment, quand quelque chose vient de se finir, la page est tournée, mais un autre chapitre commence : cet espace-temps entre ces deux épisodes me plaisait. Vivre dans un espace qui existe entre d’où tu viens et où tu vas. »

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Quand Kevin Morby a emménagé à Los Angeles, les anciens propriétaires avaient laissé un piano. « J’en avais jamais joué avant, mais c’est assez facile. Certes, je suis pas un grand pianiste, mais ça a rendu la composition de cet album beaucoup plus intéressante. Ca fait tellement d’années que j’écris de la musique à la guitare, que soudainement avoir ce nouvel instrument apporte une bouffée de fraicheur. En plus j’étais même pas sûr des accords que je jouais. » Cette approche de la composition plus primitive lui manquait beaucoup. « Je cherche les accords à tâtons, et d’un coup une chanson nait mais je ne sais même pas quelle est la tonalité. C’est intéressant car ça me sort de ma zone de confort. Je commençais à me sentir jaloux des gens qui débutent tout juste la guitare, parce que je trouve qu’ils écrivent de super chansons : tout simplement parce qu’ils peuvent se permettre d’être créatifs. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti au piano. »

Cette méthode le ramène à ses débuts, beaucoup plus punk. « C’est le punk qui m’a amené à New-York. J’ai quitté le lycée pour voyager et jouer de la musique. Je voulais pas forcément devenir musicien… ou du moins j’allais pas à New-York pour ça. Je savais que j’avais envie de faire de la musique à un moment donné, mais c’était pas ma motivation première : je suis parti pour découvrir de nouveaux horizons. Donc j’ai pris le train Amtrak pour New-York, c’était mon premier vrai voyage. C’était très long, mais très agréable. » Bien des années plus tard, Kevin Morby enregistre son album Singing Saw avec Sam Cohen. « Je le connaissais peu, mais je l’avais beaucoup apprécié lors de notre rencontre. Je lui fais confiance parce que pour le projet The Complete Last Waltz [tribute à l’album de The Band paru en 1978il était le chef d’orchestre d’une trentaine de personnes. Il était tellement bon, tellement calme et détendu. Et quand j’ai entendu dire qu’il avait produit son propre album, je suis allé l’écouter, la production m’a plu donc c’était parfait. »

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Pour écrire ses paroles, Kevin Morby mélange sa vie avec des histoires rapportées. « Je suis un peu psychédélique avec les paroles, parce que si c’est uniquement autobiographique, ça devient vite ennuyeux. Donc c’est bien de mélanger un peu. J’aime beaucoup la fiction, donc quelque part j’endosse un personnage. Je m’inspire du travail de l’écrivain James Baldwin… Enfin je sais pas trop. » Etonnamment sa chanson ‘I have been to the mountain‘ parle de l’affaire d’Eric Gardner, décédé suite à son arrestation par la police. « C’est en quelque sorte une chanson politique. J’ai pas mal lu à ce sujet, et j’ai trouvé ce qui s’est passé très perturbant, donc j’ai écrit une chanson. Je cherche pas les sujets sur lesquels je vais écrire, ils me viennent tout seul. Pour moi c’est pas vraiment une chanson politique, mais juste une chanson sur quelque chose qui s’est passé. Un peu comme une rupture, ou un cœur brisé. »

Réclame

Singing Saw, le troisième album de Kevin Morby, est paru chez Dead Oceans / PIAS.
Kevin Morby sera en concert le 11 novembre au Trabendo
Lire le live report de Kevin Morby à la Route du Rock
Lire le live report de Kevin Morby au Primavera Sound


Remerciements : Maxime Lecerf

Catégorie : A la une, Entretiens
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