Entretien avec Whitney

Le Transistor, comme beaucoup de monde, était tombé amoureux de Whitney avec leur premier album Light Upon The Lake en 2016. Après avoir copieusement tourné, Max Kakacek and Julien Ehrlich reviennent avec leur deuxième album Forever Turned Around. Leur premier essai était sur la rupture, ce nouvel opus serait sur la relation longue, qui n’est pas sans embûches. Rencontre avec les deux protagonistes.

Au début, Whitney avait annoncé un album sur la peur et la confusion, et toxicomanie…
Max : Une seule chanson parle d’abus de substances… Sinon pour la peur et la confusion, il y a un élément de paranoïa qui revient souvent. Et c’est clairement influencé par le sentiment de vivre aux Etats-Unis en ce moment. Ce n’est pas l’endroit le plus agréable à vivre. (rires)
Julien : C’est drôle de chercher ce qui influence les paroles. Mais ça donne pas vraiment envie d’écouter l’album ! (rires)

Whitney

Au final, Forever Turned Around, Julian et Max parlent de leur vies amoureuses.
Max : Si on parlait de rupture sur le premier album, c’était parce que qu’on était en train de traverser cette épreuve ensemble. Maintenant on est tous les deux dans des relations sérieuses, donc on a gagné en stabilité, mais c’est sûr, c’est moins romantique. Et un peu plus parano, parce qu’on est jamais sûrs…
Julien : Quand tu es dans une relation sérieuse, et de toute évidence saine, il y a toujours des hauts et des bas. Des fois, on est dans la partie basse du moment difficile, on se voit repartir dans nos vieux schémas, et on voit la relation tourner vers le pire des scénarios.
Max : On parle de cette peur de perdre l’autre quand on est dans une phase de dépression.
Julien : Mais c’est aussi le fait de savoir que de toute manière, quoi que tu fasses, ta relation va changer…
Max : Plus on reste ensemble, et plus on s’éloigne encore et toujours de cette phase de la lune de miel, et de comment on s’est senti quand on est tombé amoureux. Il faut accepter cette vérité.
Julien : Au bout d’un moment c’est un peu plus routinier. C’était quelque chose qui nous intriguait, donc on avait envie d’écrire à ce sujet.
Max : Je pense que nos relations sont plus basées sur des amitiés maintenant. Dans le bon sens du terme, avec de l’amour et de la confiance. C’est comme ça que les relations évoluent.

Pour ce deuxième album, Whitney a tenté, en vain, d’écrire en tournée.
Max : C’est difficile de trouver l’espace pour écrire sur la route. Les chambres d’hôtels sont pas les plus lieux les exaltants au monde. Il nous faut des endroits calmes, pour pouvoir se concentrer. Et puis on aime écrire sobre, mais c’est difficile en tournée, parce qu’on passe notre temps à sortir !
Julien : Aussi, on est un peu perfectionnistes, et sur la route il n’y a pas assez de temps pour s’asseoir et creuser la chanson. On a au mieux une heure ici ou là.
Cependant le duo a beaucoup bougé pour écrire cet album
Max : La première chanson qu’on a écrite, qui a fini par ne pas atterrir sur l’album, on l’a écrite à Lisbonne, où on était posés pendant une semaine entière, sans programme. C’était techniquement pas en tournée, c’était une semaine de congés.
Julien : C’est vrai qu’on a beaucoup voyagé pour écrire, on est allés dans plein de villes, mais c’était pas exactement une tournée. On était sur la route cela dit…
Max : C’est juste qu’on voulait échapper à Chicago.
Julien : Quand on a commencé à écrire cet l’album, on arrivait pas à écrire des choses qui nous tenaient à coeur. C’était en partie parce qu’on habitait dans le pire des appartements ! C’était au rez-de-chaussée, il faisait tellement sombre, on a vite réalisé que c’était pourri. Sans lumière naturelle, c’est très difficile d’écrire.
Max : C’est le genre d’appartement dans lequel toutes les plantes meurent. Donc je pense que nous aussi on était en train de mourir !
Julien : C’était vraiment pas agréable. On avait qu’une idée c’était de se barrer !

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Whitney devait aussi faire face à la pressions liées à tout second album.
Max : Il n’y a pas de solution à ce problème. Ça fait partie des choses avec lesquelles il faut composer. Il n’y a aucun moyen d’échapper à la pression. On l’avait toujours plus ou moins à l’esprit. Et souvent, c’est nous qui nous mettons la pression tout seuls, pour faire quelque chose que l’on aime.
Julien : C’est une chose qu’il faut sans cesse réapprendre. Il faut se souvenir des éléments qui font qu’on connecte avec une chanson.
Le duo est conscient qu’il est impossible de recréer le premier album.
Julien : On connaît le sentiment, celui qui a immédiatement suivi l’écriture de Light Upon the Lake. Et à quel point on se sentait bien, à quel point il nous correspondait. Donc même si on ne fait pas exactement le même album, on part à la recherche de cet accomplissement créatif. Et c’est ce qu’on a trouvé.
Max : Au moins, on peut se reposer l’un sur l’autre… Quand on commence à stresser, on va aller se faire une petite partie de basket. Pour être ensemble et ne pas avoir à y penser, se laver la tête.

Pour produire ce Forever Turned Around, Whitney a travaillé avec Brad Cook (Bon Iver, War on Drugs, Kevin Morby lire l’interview).
Max : C’est un mec très sympa, très détendu, le courant est bien passé, et il a travaillé sur pas mal de jolis projets, mais pas juste Bon Iver : on aime le nouveau Hand Habits
Julien : On voulait pas se répéter et refaire comme le premier album, donc on voulait bosser avec notre producteur Jonathan Rado (Foxygen) à nouveau, mais il nous fallait ajouter un élément. Et je pense qu’ils se sont bien entendus.
Max : Mais un des moments les plus drôles que j’aie jamais vécus, c’est que Brad n’avait entendu qu’une version brouillon de Forever Turned Around. Et quand on lui a fait écouter la version retravaillée, on était en face-time, et il essayait de nous décrire le son qu’il recherchait !
Julien : En fait, il essayait de nous produire depuis chez lui mais c’était difficile à expliquer pour lui ! (rires)
Max : Il tentait des choses comme “peut-être qu’on pourrait faire plus de dong-diggy-dong”. Il mimait les batteries, pendant qu’il roulait une clope… (rires)
Et pour mixer, le duo a travaillé avec Tucker Martine, le producteur de Laura Veirs, R.E.M (sur Collapse Into Now) et Sufjan Stevens !
Julien : C’était le grand final ! Brad travaille beaucoup avec lui, donc on est allés dans l’Oregon pour deux semaines pour le mixage. Et il a fait un travail extraordinaire. On l’aime beaucoup aussi.
Max : C’était un travail d’équipe !”

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Whitney, pour résumer, c’est de la musique qui assume d’être triste
Max : Je pense qu’on aime être triste. C’est sûr qu’on fait une fixation sur ce sentiment, parce qu’on aime pas trop la musique joyeuse.
Julien : Tout le monde est malheureux, la tristesse fait partie de la vie. Il faut respecter la tristesse !
Max : Mais ouais ! Il y a clairement des moments sur cet album, qui ont le pouvoir de faire pleurer. Même une chanson qui n’essaie pas nécessairement d’être triste, parfois quelque chose est tellement beau, que tu commences à pleurer sans savoir pourquoi. C’est exactement ce qu’on recherche, on vise toujours le coeur, et on cherche à avoir un impact sur la vie des gens avec notre musique. C’est pour ça qu’on fait ce métier.
Heureusement, ils ont aussi beaucoup d’humour !
Max : N’hésitez pas à mettre notre album sur repeat sur Spotify avant d’aller vous coucher ! Non je déconne, c’est illégal ! Il y a un groupe qui avait fait ça, avec un EP de 4 chansons, mais 30 minutes de silence.
Julien : Mais c’était pas pour détourner de l’argent, hein ? Il l’ont utilisé pour partir en tournée !
Max : Après ça, Spotify a décidé de changer les règles ! C’est protégé maintenant ! Ca me rappelle dans les années 90, avec la chanson blague à la fin des albums de Blink-182 !

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Réclame

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Remerciements : Agnieszka Gérard

Catégorie : A la une, Entretiens
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