Entretien avec Emilie & Ogden

Emilie & Ogden s’est peut-être fait connaître par une reprise de Taylor Swift sur ‘Style’, ce n’est pas une musicienne comme les autres. Son premier album 10 000 nous a bercés pendant de nombreux mois et sur la scène des Trois Baudets, Emilie Kahn a confirmé nos espoirs. C’est donc lors du MaMA festival que Le Transistor a rencontré la Québécoise pour discuter de Ogden – le nom de sa harpe en fait -, de Jesse Mac Cormack, des rencontres sur CraigsList, de Patrick Süskind

Emilie & Ogden

Emilie & Ogden c’est une artiste, Emilie Kahn, avec sa harpe, Ogden. « C’est juste qu’il y a une petite plaque sur ma harpe, sur laquelle est écrit Ogden. C’est le modèle créé par la marque, rien de plus, mais je cherchais comme un nom d’artiste… »

Pourtant, Emilie Kahn a commencé la musique en autodidacte avec une flûte traversière. « Je devais avoir quelque chose comme huit ans, et une amie de ma mère m’a donné l’ancienne flûte de sa fille. Elle m’a juste montré comment souffler, puis j’ai commencé à apprendre toute seule. Plus tard j’ai pris des cours, puis j’ai voulu prendre un cours de musique au cégep – c’est entre le secondaire et l’université au Québec –, donc j’ai pris l’instrument que je connaissais. Et c’est là-bas que j’ai vraiment découvert la harpe. » La harpe n’est devenu que plus tard son instrument de prédilection. « La harpe c’est un peu le contraire de la flûte traversière, c’est pas aussi difficile que ça n’en a l’air : c’est très semblable au piano. Il faut avoir quand même un minimum de théorie, et puis ça devient facile rapidement. Du moins, j’en ai l’impression. J’ai essayé plein de fois d’apprendre la guitare, j’ai un peu joué du piano quand je composais, mais il y avait rien que je considérais comme mon instrument. Je savais juste que je voulais chanter. »

Grâce à son programme de musique au cégep, Emilie & Ogden a découvert la harpe. « A l’école, je chantais dans une chorale, et on était accompagnés par une harpiste. Ensuite j’ai commencé à écouter Joanna Newsom, et ça m’a permis de réaliser que ça se fait de chanter et de jouer de la harpe. Et puis j’ai vu une artiste, puis ça m’a fait capoter [signifie en québécois qu’on est excité]. Donc j’ai cherché sur internet pour des cours, et après quelques semaines, je me suis dit qu’il y avait moyen que ce soit mon instrument. » C’est sur le site de petites annonces Craigslist qu’elle a trouvé son professeur. « Je ne savais pas où trouver des cours donc j’ai cherché sur Craigslist Montréal, qui m’a donné un résultat. Effectivement il y a des gens qui peuvent te tuer sur ce site. Mais le souci c’est qu’il y a des profs classique qui prennent ça trop au sérieux… J’ai pas une harpe de concert, mais avec la prof que j’ai trouvée c’était pas un souci, comme quand j’ai demandé à apprendre des chansons populaires. Donc on peut dire que j’ai eu de la chance, puisque j’ai étudié avec elle pendant trois ans. »

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Sur le premier album 10 000, son ami Jesse Mac Cormack lui a filé un coup de main. « On se connait depuis longtemps, et aux débuts, il m’accompagnait sur ce projet, puis on a enregistré un mini EP ensemble, avant de se lancer dans l’album. J’avais un peu en tête l’idée du son que je voulais mais quand on a fait l’album, les chansons ont été beaucoup augmentées. J’avais déjà mes chansons de prêtes, mais ce que Jesse a apporté, c’est une touche electro je dirais. Je pense qu’au début je voulais vraiment faire plutôt du folk épuré, et ça s’est transformé avec son expérience. »

Le fait de jouer sur un instrument aussi encombrant fait penser à la nouvelle de Patrick Süskind, La Contrebasse. « Je comprends complètement ce sentiment de se laisser envahir par son instrument. Mais par chance ma harpe est pas très grande, certaines sont vraiment énormes, t’as vraiment besoin d’un van pour te promener avec. Cela dit, c’est tout de même fatiguant à trainer, parce que c’est imposant… Je pense que t’es obligé de partager beaucoup… Elle est comme toujours avec moi. » Emilie & Ogden se rappelle de déboires lors d’une tournée en Europe. « On était partis un peu à l’arrache, il fallait prendre le train avec tout notre stock, et le personnel du train nous a dit de mettre la harpe dans les toilettes, pour pas être dans le passage. Sauf que je bloquais l’accès aux toilettes et les gens venaient me parler en allemand pour me dire de sortir mon truc. J’ai galéré pour m’expliquer… Mais ces temps-ci, ça va, on a un van pour cette tournée. »

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Malgré les désagréments, Emilie Kahn est amoureuse de sa harpe. « C’est un instrument qui m’inspire beaucoup, il y a tellement de choses que tu peux faire sur une harpe. Souvent les gens disent que c’est un instrument délicat, mais souvent je joue quand même agressivement. Je trouve que tout sonne incroyablement beau à la harpe. C’est un instrument très connecté : quand tu joues une note, elle résonne, tu te retrouves dans une bulle d’harmonie. Et quand tu l’as sur toi tu ressens toutes les vibrations autour de toi qui du coup la rendent plus vivante. » C’est à regretter de ne pas en croiser plus souvent dans la musique pop. « C’est simplement pas très accessible je crois. A Paris, il y a trois magasins de harpe, mais à Montréal il y a aucun endroit pour acheter ne serait-ce que des cordes. A chaque fois, il faut que je commande. Même pour Ogden, il a fallu que j’aille jusqu’à Ottawa. C’est tellement facile pour n’importe qui de trouver une guitare pas chère, et de la trainer partout. Justement la harpe c’est un peu plus compliqué. J’ai juste vraiment décidé qu’il fallait que je joue de la harpe (rires) ! »

Emilie & Ogden est donc une artiste très enthousiaste, pourtant ses paroles sont défaitistes. « Comme beaucoup d’artistes j’écris quand je suis vraiment triste. Souvent c’est des chansons qui naissent d’un sentiment de frustration, face à des choses qui ne peuvent pas se résoudre. T’es encombrée d’une énorme tristesse ou d’un désespoir… Ou alors je suis fachée et c’est un peu par vengeance que j’écris. C’est comme si, il n’y a rien que tu puisses faire, alors t’écris une chanson : c’est là que tu places les sentiments pour passer à autre chose. »

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Juste avant de sortir son premier album 10 000, Emilie & Ogden a fait parler de son projet via une reprise. « Ca permet de toucher des personnes qui auraient peut-être pas osé aller voir ma musique : ils connaissent la chanson de Taylor Swift mais s’attendent pas à voir quelqu’un qui joue de la harpe. La déception, c’est que je veux pas être reconnue comme une personne qui fait des covers, parce que j’adore en faire, mais je ne fais pas que ça. » Si elle apprécie le travail de la pop-star américaine, Emilie Kahn préfère Feist. « Je trouve ça un peu plat de reprendre quelque chose qui ressemble trop à ton style. Justement ce que je trouve intéressant, c’est de refaire ta version. Il y a tellement de bonnes chansons seulement peut-être t’aimes pas un style ou une production. Et du coup, reprendre des chansons pop que tout le monde connaît, pour en faire une version complètement alternative, ça permet de surprendre les gens. De cette manière, on fait naître un autre sentiment. »

Réclame

10 000, le premier album de Emilie & Ogden, est paru chez Secret City Records
Lire le live report de Jesse Mac Cormack en première partie de Sophie Hunger
Lire le live report de Jesse Mac Cormack à la Mécanique Ondulatoire


Remerciements : Jérémy Spellanzon et Victoria [Cecile Legros]

Catégorie : A la une, Entretiens
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