Entretien avec Palatine

Tout juste récompensé par le festival Chorus, Palatine était totalement inconnu au bataillon il y a encore un mois. Oscillant entre chanson et rock, entre anglais et français, entre conte et dessin, ce groupe parisien existe sous cette forme depuis un an à peine mais a déjà trouvé son style. Après avoir été soufflé par leur intense performance au 22 pour les Inouïs du Printemps de Bourges, Le Transistor est allé rencontrer Adrien à la contrebasse, Jean-Baptiste à la guitare, Thomas à le (sic) batterie et Vincent au chant pour parler guerre, esthétique, et Minions.

Palatine

Au sein de Palatine, les échanges sont fluides, il n’y a que peu de débats…
Vincent : C’est une des chances de cette formation.
Jean-Baptiste : Il n’y pas d’accouchement dans la douleur, ça se fait assez naturellement.
Adrien : Non mais bon, on est pas vraiment une démocratie, la voix de Vincent compte double.
Vincent : Ah oui, c’est pour ça ! Voilà ! (rires) »

Sans tomber dans les clichés du rock, Palatine a clairement des influences du genre.
Vincent : Quelque part on fait de la folk mais avec des instrumentations rock sur certaines parties. Le tout mélangé avec la contrebasse, qui apporte un instrument un peu rockab’ quand c’est joué en pizz, ou classique avec l’archet, qui est là complètement inattendu.
Adrien : L’énergie aussi qu’on met dans certains morceaux peut amener cet esprit rock.
Jean-Baptiste : C’est sous-entendu et c’est ça qui est cool. Que ce soit pas non plus trop frontal et trop lisible finalement. »
Et pourtant, ils se sont présentés aux Inouïs du Printemps de Bourges dans la catégorie chanson.
Jean-Baptiste : La question s’est posée, à savoir quelle catégorie défendre.
Vincent : Le choix est parti sur la chanson parce que les parties chantées sont importantes dans notre musique, en particulier sur les morceaux en français. Mais c’est aussi ça qui est intéressant dans notre groupe : c’est ouvert, on se sent le droit d’aller là où on a envie. Que ce soit sur un titre très chanson – avec des paroles mises avant -, ou alors sur un titre comme ‘Bâton-Rouge’ qui sera plutôt americana avec un riff qui tourne sans cesse.
Adrien : Ça nous dérange pas de faire le grand écart. Le plus dur c’est de trouver une unité, d’être identifiable, d’avoir un vrai son de groupe. C’est ce qui nous donne la liberté de mettre le relief qu’on veut : en faisant des chansons plus lentes ou plus fortes, à des tempos variables, des rythmiques différentes. »

Le prix Chorus s’est avéré une belle surprise pour le jeune groupe.
Jean-Baptiste : Oui, ça s’est bien goupillé ! (rires)
Vincent : En fait, on ne voulait pas s’inscrire, on pensait que c’était trop tôt.
Adrien : On pensait pas que c’était l’année.
Jean-Baptiste : Cette année, on avait prévu de faire une tournée par nous-mêmes et dès le premier concert…
Thomas : On nous a encouragés à le faire !
Adrien : On nous a dit que ce genre de trucs étaient faits pour vous. Et quand on a eu le prix, David du festival Chorus nous a dit que c’était bien que ce soit des groupes comme nous, parce qu’on n’a pas d’entourage pro, du coup, quand ils savent qu’on en a besoin de ces sous. Donc c’est vrai que tout est allé vite là. Mais c’est un bon tempo, un tempo bien rock. »

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Avec leur aspect cinématographique, les chansons de Palatine ressemblent à des contes.
Vincent : C’est un pont vers ma profession. C’est ce que je fais, ce que je suis dans l’expression artistique. Je peux par exemple dessiner une chanson, et si j’ai envie de dire un truc sur scène, je vais parler avec le langage que j’ai acquis. Pour conter une scène, qu’est-ce qu’on fait au cinéma ? On parle d’extérieur jour, donc je me suis dit que c’était une bonne idée de commencer la chanson comme ça. »
En fait, Vincent, qui écrit les textes, est dessinateur à la base.
Vincent : Je fais de l’illustration et du dessin animé aussi. J’ai fait pas mal d’effets spéciaux et maintenant je travaille sur du long métrage d’animation. Bon, c’est du gros truc, j’en suis pas spécialement fier, mais c’est du Moi, moche et méchant, Les Minions, des trucs comme ça. »

En fin de compte, Palatine rappelle beaucoup Karkwa dans la sensibilité.
Vincent : Les Québécois chantent en français comme ils chanteraient en anglais, c’est assez naturel pour eux. Il y a très peu de gens qui le font en France, parce qu’on est plus sur du Gainsbourg…
Jean-Baptiste : C’est vrai que Vincent a une manière plutôt anglo-saxonne d’aborder la chanson.
Vincent : C’est la base de ce que je fais au chant, dans le phrasé du moins. La musique qui m’inspire est anglo-saxonne. Je suis pas québécois mais j’ai vécu 6 ans en Angleterre et c’est vrai que je me suis mis à mieux écrire en français après avoir vécu à Londres. Justement parce que c’est ce genre de phrasés que j’avais dans l’oreille.
Jean-Baptiste : Je sais pas si c’est flippant pour la suite mais les groupes comme Karkwa ont du mal à se faire programmer en France. C’est quand même un espèce de poids lourd au Québec et c’est pas pour autant que ça décolle. Mais le public français a besoin aussi de ces nouvelles propositions pour sortir…
Adrien : Oui, les Français en ont marre ! (rires) »

Chez Palatine, rien n’est laissé au hasard, et encore moins le nom.
Adrien : Avant on avait un autre nom que je ne dirais pas, et quand Vincent a amené Palatine, j’ai trouvé ça génial de prendre un nom lumineux dans les sonorités pour une musique sombre jouée par des volumes.
Jean-Baptiste : Oui, ça crée un espèce de contraste entre quelque chose qui peut être pesant, parce que notre musique peut avoir un côté un peu sacré…
Vincent : Palatine, ça peut être la guerre de succession, au XVIIe siècle. Et le thème de la guerre se retrouve dans nos chansons même si c’est pas au premier degré, ça peut être la guerre dans un couple. Cette confrontation on la sent dans ‘Bâton-Rouge’, mais dans ‘Orange Silvestre’ aussi.
Jean-Baptiste : Palatine c’est la banque bien entendu ou la ville dans l’Illinois, mais aussi la galerie Palatine à Florence dans les monuments historiques. En fait, ce nom fait appel à différents imaginaires.

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Ce choix semble condenser l’intention du groupe avec beaucoup de justesse.
Adrien : Par exemple, la Princesse Palatine, ça veut dire la princesse du palais. Et cette référence, je trouve qu’elle a du sens par rapport aux textes de Vincent. Parce que ses textes souvent livrent des évocations qui gardent quelque chose d’hermétique. On pourrait dire que les textes de Vincent sont d’ordre palatinesque… Ce qui ne veut rien dire d’ailleurs !
Vincent : Même si t’enlèves le sens du mot, il y a quelque chose dans la sonorité… Mon écriture se base surtout sur des sonorités, avec des mots qui des fois n’ont pas un sens fameux ou grandiose – comme amour ou gloire-, mais la forme est tout aussi importante.
Jean-Baptiste : Ca fait référence à quelque chose de précieux, d’élégant. Sans partir dans un truc pompeux, c’est juste que ça donne des codes esthétiques. Ca résume aussi le soin qu’on met à trouver ces petits arrangements très fins. De cette finesse va naitre une émotion franche et forte. C’est une manière de mettre en avant tout le travail qu’on y investit, tous les moments où on se prend la tête pour trouver ces subtilités. »

Réclame

Palatine sera en concert le 23 mai à la Flèche d’or
Le groupe vous invite à télécharger ‘Bâton-Rouge’ gratuitement sur leur site
Lire l’interview de Karkwa


Remerciements : Nina Irrmann

Catégorie : A la une, Entretiens
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