Entretien avec Puts Marie

Repérés par notre reporter aux Vieilles Charrues pour leur énergie, les Puts Marie ont fait l’été dernier la tournée de tous les festivals français. Le Transistor a voulu poursuivre l’investigation et rencontrer ce groupe suisse qui revient sur le devant de la scène après plusieurs années de silence radio. C’est donc avant leur concert au Point Ephémère que Max Usata a pris un peu de temps en coulisses pour discuter – en français, puisqu’il vient de Bienne, ville bilingue du canton de Berne – de ses projets, au son de Ropoporose qui faisait ses balances sur scène.

Puts Marie

Parce qu’en fin de compte, Puts Marie existe depuis 15 ans déjà. « A l’époque on faisait des concerts de 3 heures, n’importe quoi ! Il faut jamais jouer tout ton répertoire uniquement pour remplir toute une nuit (éclate de rire). Mais on était motivés, c’était intéressant de tout faire à l’arrache ! »

Après dix ans de carrière, Puts Marie a décidé de faire une pause. « On a arrêté les concerts pendant trois ans, mais on a quand même composé et enregistré le premier EP Masoch. Même si tout le monde n’était pas forcément d’accord avec cette décision, c’était sûrement la meilleure chose à faire. Ca nous a fait du bien de faire des choses pour nous-mêmes, chacun est revenu avec plein de bagages. » Pendant ces années de césure, les membres sont partis aux quatre coins du monde. « Le problème c’est qu’on risquait de plus revenir. Imagine, tu pars habiter 3 ans à New-York, au Mexique, ou en Afrique, tu te construis une autre vie, complètement différente. Souvent, revenir ressemble à un pas en arrière. Et c’est le souvenir de ce qu’on avait réalisé qui est resté le plus fort. Même si on était loin, on savait que c’était quelque chose de spécial, qu’il fallait continuer. Revenir et puis reprendre, relancer, retravailler. Redécouvrir. »

Ces destinations éclatées expliquent leur musique, mélange de beaucoup d’influences diverses. « On écoute tous beaucoup de musiques différentes. J’écoute beaucoup de classique, j’aime aussi beaucoup les musiques du monde, des trucs porto-ricains ou musique arabe, égyptienne, les trucs salsa, du Bronx ou New-York des années 60-70. Après je me dis qu’il faudrait que je sois ouvert, mais j’arrive pas à suivre ce qui se passe aujourd’hui parce qu’il y a tellement de choses. » Quand le groupe compose, ils veillent à n’apporter que des embryons d’idées à développer ensemble. « Chacun écrit un peu pour lui-même, chez lui, avec ses influences, avec ses hauts et ses bas. Ensuite, le groupe les transforme. C’est comme une machine : quelqu’un jette une idée et c’est l’ensemble qui fait la chanson. Ca permet au groupe d’amener l’idée ailleurs et ouvre à tellement plus de possibilités. On écrit l’histoire avec une note, mais en groupe. »

En 2012, Puts Marie a donc repris le projet, mais dans une toute autre dynamique. « C’est encore mieux qu’avant je crois. C’était plus punk, on était tout le temps ensemble, on dormait dans la camionnette, on jouait dans la rue. On a tourné pendant un an non-stop, sans jamais revenir chez nous. Et maintenant on travaille avec des gens, pas seulement le public mais aussi avec des tourneurs, des labels sur la France, la Suisse et l’Allemagne. C'est peut-être un peu plus concret et plus professionnel. » En dix ans de tournées à l’arrache, le groupe a accumulé un répertoire foisonnant. « On a envie d’aller voir si y a des chansons qu’on pourrait ré-interpreter pour faire complètement autre chose. Parce qu’il y avait des idées quand même intéressantes, tu peux prendre quelque chose de punk, et en faire de la pop ou du rock, pour d’un coup rendre la chanson encore meilleure. Il faut ouvrir cette boite et aller fouiller. Après ça peut être nostalgique, ou déjà-entendu… Mais en même temps on va aussi faire de nouvelles choses. »

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Puts Marie a commencé par revisiter les morceaux de l’EP Masoch. « Il y a une chanson qui date de 2007, une chanson vraiment cool, qu’on voulait la jouer même si elle était vieille. Donc on s’est dit que ça valait la peine de la ré-enregistrer. Mais aussi, sur les morceaux enregistrés il y a quatre ans, quand on les a ré-écoutées on s’est rendu compte que c’était pas assez bien pour un disque ou même en live, donc on les a retravaillées… Souvent ça aide de jouer la chanson un moment, pour la développer avant de l’enregistrer. C’est quelque chose qu’on n’avait pas fait avant. »

Avec un album intitulé Masoch et un clip ‘Pornstar‘, on se demande si Puts Marie ne donnerait pas dans la provocation. « C’est pas de la provoc, je crois que c’est simplement la vie. Tout le monde vit ce sentiment, d’une manière différente. Quand on entend le mot masochiste, on a tout de suite l’image de se taper dessus, mais ça peut être vu différemment. On vit dans un temps où on aime aller au bout des choses : à Paris, tout se fait très rapidement, il y a beaucoup de pressions, plein de choses qui se passent, les gens souffrent, car en permanence dans un extrême, c’est comme du masochisme. » Néanmoins, le groupe est conscient que ces références leur donnent une image érotique. « C’est clair aussi que quand tu fais un clip comme Pornstar, il faut être prêt face aux réactions des gens. Ca ne nous pose aucun problème, sinon on n’aurait pas fait un truc pareil. C’est aussi une manière de montrer qu’on est ouverts. C’est une manière d’envisager le monde actuel : l’hétéro, l’homo, tout se mélange finalement. »

Au final, les deux EP Masoch sont très intenses, et touchent des points névralgiques.« Peut-être que demain ce sera fini, mais pour l’instant il y a encore quelque chose qui se passe. Il faut savoir rester honnête et admettre quand on ne ressent plus cet effet-là. Parfois, les gens n’arrêtent pas au bon moment. Ils l’ont fait toute leur vie, et seulement parce qu’ils se font chier il faudrait faire autre chose ? La réponse est oui, même si c’est dur. Peut-être que demain on aura plus d’idées, ou moins bonnes. Il faut savoir être critique mais on travaille beaucoup, c’est sûr. Sans forcer, sinon ça sert à rien. » Puts Marie semble sur sa lancée, avec énormément d’idées et d’envies pour la suite. « Je suis curieux de voir si on va arriver encore à faire de nouvelles choses. Comment on va s’y prendre pour faire un album entier, entièrement nouveau, qui continue un peu dans la veine de Masoch ou qui parte ailleurs. On a vachement envie de faire un truc de rap, parce que ça fait longtemps : on a déjà fait des morceaux de rap, sans les mener jusqu’au bout… »

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Perdu dans ses pensées, Max Usata rajoute, comme pour lui-même. « Je crois que ça irait bien à Puts Marie de faire un truc pareil. Parce qu’on l’a tous en nous, on adore ça. Ca pourrait être tout aussi pur et peut-être encore plus intense. Parce que le rap peut mener à la transe, avec la respiration qui change, c’est du vaudou finalement. Ca pourrait être un truc magnifique ! (éclate de rire) »

Réclame

Masoch I et II de Puts Marie sont parus chez Two Gentlemen.
Puts Marie seront en concert le 8 avril au festival Chorus, au festival Papillons de Nuit et au festival Les 3 Elephants
Lire le live report de Puts Marie au Point Ephémère
Voir les photos de Puts Marie aux Vieilles Charrues
Lire l’interview de Ropoporose


Remerciements : Jean-Philippe [Martingale Music]

Catégorie : A la une, Entretiens
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