Entretien La Route du Rock

Cette année, La Route du Rock fête ses 25 ans en beauté, avec notamment Björk et Ride en haut de l’affiche. Avec le temps, le festival a réussi à s’imposer comme un incontournable de l’été, mais surtout un véritable lieu de pèlerinage pour les amateurs de musique indé. C’est pourquoi Le Transistor est parti rencontrer François Floret, directeur du festival, et Alban Coutoux co-programmateur, pour parler expérience, passion et concurrence.

Installé à la terrasse du Mauri7, François Floret a l’oreille fine. « Tiens, ils passent Tame Impala, c’est assez raccord avec le festival. Enfin si je me trompe pas !
Alban : Ah mais oui, c’est ça !
François : Non non, n’a pas rajouté Tame Impala en dernière minute ! Mais ils étaient là en 2013. »

Si Tame Impala fait partie des gros noms, La Route du Rock ne raisonne pas en terme de têtes d’affiche. « On considère vraiment la programmation comme un tout. L’idée c’est de se dire que le mec qui vient voir The Kills, peut-être qu’il va vraiment accrocher sur Dirty Beaches qui passe juste avant. C’est ces paris-là qui sont intéressants à faire sur une programmation. On est pas du tout dans une logique d’accumulation, on est plutôt dans une logique de correspondance d’univers. » Quand on vient à Saint-Malo, hiver comme été, c’est pour découvrir. « Sur un festival où tu connais 4 groupes sur 30, t’es là pour être bousculé. Ce dont on a envie, c’est pas forcément de programmer des choses hyper accessibles. Après c’est vrai que parfois, on a fait des choses un peu radicales. Je me souviens en 2010 d’un concert de Winter Family dans une chapelle, et pour un public non averti ça peut surprendre. »

A l’origine, le festival a été conçu pour répondre à des frustrations. « Avant de monter La Route du Rock, on proposait des concerts new-wave / cold-wave, parce qu’il n’y en avait pas à l’époque. Et une fois l’identité du festival trouvée, c’est devenu un évènement pour essayer de présenter des trucs qu’on voyait pas ailleurs. Il y a eu un déclic vers 1996, qui a fait qu’on a gagné une notoriété. On a commencé à devenir une espèce de marque de fabrique, ce qui facilite un peu les choses. » Depuis, la famille indé s’est agrandie, on retrouve certains groupes dans des festivals moins spécialisés. « Les choses vont plus vite aussi. Par rapport à une certaine époque, où on pouvait prendre le temps de découvrir un groupe et le programmer dans les six mois. Désormais, un groupe qui émerge, ça se fait très rapidement… Sans parler de buzz, il faut les prendre tout de suite. »

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Cela dit, il est important de garder un équilibre au niveau de la programmation. « On n’est pas totalement irresponsables, on calibre aussi les soirées : on fait pas que de la découverte ! Cette année il y a des groupes comme Rone (interview), Jungle, Björk, Ride. Même si ça s’adresse à une niche, c’est quand même des noms. Parce qu’il y a deux débats : l’artistique et l’économique. » A La Route du Rock, même en cas de difficulté, c’est l’artistique qui prévaut. « On peut pas faire n’importe quoi pour des raisons économiques. Il faut trouver, au sein de ce projet artistique, les noms qui vont nous permettre de perdurer. Donc le spectre est beaucoup plus limité que sur d’autres évènements, qui sont moins… étiquetés. »

C’est dans cette optique que les programmateurs travaillent en bonne intelligence avec les festivals européens. « C’est vrai que sur la mi-août, depuis quelques années, il y a trois gros festivals en Scandinavie. Le Way Out West en Suède, le Flow festival à Helsinki, et le Øya en Norvège, donc on profite un petit peu de cette attraction – notamment des groupes américains sur l’Europe – pour pouvoir les récupérer. Sachant qu’au niveau offre, on est quand même bien en dessous de leurs budgets.
François : C’est sûr que ça peut aider si l’artiste a quelques dates en Europe, on va vite le savoir et se positionner. Mais il n’y a pas d’arrangement entre les festivals.
Alban : On échange forcément des plans, surtout avec leur Øya en Norvège. Après je travaille aussi avec le Green Man en Angleterre et Haldern Pop aussi en Allemagne. Mais comme que les territoires sont différents, les cachets sont pas les mêmes : il y a des trucs qui marchent très bien en Europe mais pas en Angleterre et inversement. Donc c’est plus du partage d’information qu’une collaboration économique. »

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En France, la concurrence est moins rude, si ce n’est Rock en Seine avec sa nouvelle scène axée indé. « Même si le festival est à vocation plus grand public, quand il est arrivé en 2003, on a vu trois artistes pressentis chez nous partir à Rock en Seine. Beck, Morcheeba et PJ Harvey. Ca faisait trois gros noms, on s’est retrouvés tout nu. Donc on les a appelés pour comprendre, et leur tourneur nous a rassurés. Au fur et à mesure on s’est rendu compte que finalement, on pouvait cohabiter.
Alban : Et puis c’était logique qu’une ville comme Paris ait un festival d’été. Mais de toute façon, je pense que les Parisiens qui se déplacent à La Route du Rock ne viennent pas non plus que pour les têtes d’affiche. C’est un autre concept… et on est un peu devenu la Mecque indé.
François : C’est plutôt des rapports assez intelligents. Paradoxalement, on peut presque trouver des arrangements, parce que s’il y a eu Portishead chez nous, c’est peut-être parce que ça permettait au tourneur de leur proposer plusieurs dates sur un même territoire.
Alban : Donc au contraire, ils peuvent peut-être nous aider à déclencher des choses. »

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Néanmoins, La Route du Rock se porte bien et fête cette année ses 25 ans ! « Restons, – c’est le cas de le dire – terre-à-terre, on a une pelle de nouveautés en dehors de l’artistique ! Parlons des travaux dans le Fort de Saint-Père : il y a eu un drainage au mois d’avril. Donc s’il pleut, il y a un système d’évacuation, ce qui signifie plus de boue dans l’enceinte concerts ! » Bonne nouvelle pour les bottes des festivaliers donc, mais aussi niveau pratique. « On passe aussi en cash test, c’est-à-dire que maintenant pour aller boire un coup au bar, il faut alimenter une carte. On a vu ça au Hellfest on a été convaincus ! Ça marche pour 150 000 personnes donc il n’y a pas de raison que ça marche pas chez nous. On marque aussi le coup avec une exposition du photographe Richard Bellia. Et on sort un livre au mois d’octobre sur les 25 ans du festival aux éditions de juillet. »

Dernière question aux programmateurs : quel est le concert que vous attendez le plus ?
François : C’est vachement dur, parce que moi perso, je les aime tous.
Alban : Tout, moi j’ai envie de tout voir.
François : J’aime bien ce qui est sale donc Girl Band et Spectre. Et Bjork évidemment, parce que c’est le show ! »

Réclame

La Route du Rock Collection Eté 2015 c’est du 13 au 16 août à Saint-Malo.
Le Pass 3 jours est à 88€.
Les tickets jour sont à 25€ le jeudi, 38€ le vendredi ou dimanche, 48€ le samedi.


Remerciements : Maxime Lecerf

Catégorie : A la une, Entretiens
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  • La Route du Rock 2015 - samedi - Le Transistor | Le Transistor :

    […] Quand Alban Coutoux monte sur scène pour faire une annonce, la peur saisit la foule. Mais non, Foals, remplaçant au pied levé la chanteuse Björk, n’annulera pas ce soir. Leur bassiste est à l’hôpital, mais heureusement Ruben, leur backliner assurera les parties de basse. Ainsi, Foals fera sa troisième apparition à la Route du Rock, et ce pour assurer le lancement de leur quatrième album What Went Down. […]

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