Primavera Sound festival 2014 – samedi

Arrivé sur le site, il commence à pleuvoir des cordes… Direction donc l’Auditorium pour écouter le Kronos Quartet. La suite du programme : les sexy Dum Dum Girls, les impressionnants Godspeed You! Black Emperor, puis Connan Mockasin pour planer dans un monde parallèle, suivi de l’afro-beat de Seun Kuti, l’indus de Nine Inch Nails, Buzzcocks alias les papy-rockers, pour terminer en beauté sur l’énergie de Ty Segall et Black Lips. Avec Angel Olsen en guise de cerise sur la gueule de bois.

Kronos Quartet

L’éclectisme du Primavera n’est plus à démontrer ; et il est parfois judicieux de faire des pauses parmi les concerts rock-indé ou électro. Le magnifique Auditorium est rempli de près de trois mille festivaliers pour accueillir le mythique quatuor à cordes américain. Le set oscille entre créations propres, reprises d’œuvres contemporaines du monde entier, et musiques de films. Quelques arrangements électro, un joli jeu de lumières et un petit speech présentant chaque titre agrémentent ce set très particulier.
Le final en apothéose sur la sublime musique de The Fountain d’Aronofsky donne des frissons à une salle conquise. Belle respiration ; en plus, le soleil est revenu.
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Dum Dum Girls

On a bien failli s’endormir devant la prestation pourtant alléchante de Television qui jouait son album mythique Marquee Moon. Donc au bout de quinze minutes, direction les Dum Dum Girls. Et bien nous en a pris ! D’emblée, les Californiennes en imposent : fringues noires sexy et air sévère, avec bouquets de fleurs attachés à leurs micros. Leur pop sixties à la fois sucrée et musclée fait immédiatement mouche et le public esquisse parfois de petits pas twistés surtout sur le single ‘Bedroom Eyes’ joué d’emblée. Certains titres sont très pêchus avec une grosse guitare fuzz, certains sont plus sombres, quand d’autres frôlent la ballade ; le tout avec une voix toujours très réverbérée pour un effet rétro et des gimmicks communicatifs.
Lire l’interview des Dum Dum Girls

Godspeed You! Black Emperor


Comme d’habitude, les Canadiens ne font pas dans le show burlesque. Ils s’installent lentement, chacun leur tour, sans un regard pour le public à qui ils tourneront parfois le dos durant leur set. Même s’ils acceptent étonnamment les photographes de presse devant la scène, il faut se rendre à l’évidence, les Godspeed ne sont pas là pour le visuel, surtout ce soir, à la tombée de la nuit et sous des lights d’un rouge bien sombre. Seul l’immense écran derrière eux diffusera des messages plus ou moins arty-barrés ou politiques. Godspeed joue sur une des grandes scènes, quasi comble ; et la foule ne déscotchera pas.
On aura surtout le droit d’entendre les morceaux les plus anciens, sans doute les plus prenants, comme le bouleversant ‘Moya’ et sa tortueuse montée finale avec mur du son déflagrateur. Leur apanage est bien de nous transporter dans un univers parallèle, ailleurs, en nous-même…
Lire le live report de Godspeed You! Black Emperor à la Route du Rock

Connan Mockasin

Le surprenant Néo-Zélandais a l’air un peu pété quand il entre en scène. Coutumier des styles vestimentaires surprenants et colorés, il affiche ce soir un look de mamie des pays de l’est, affublé d’une espèce de châle de ménagère à perruque intégrée et de lunettes aviator : sa tignasse blonde laisse à peine entrevoir son visage. Son univers parallèle est immédiatement palpable, surtout lorsque retentissent les premières notes de ‘Do I Make You Feel Shy’. Arpèges aériens de guitare claire emplis de flanger, voix enfantine, haut perchée, à part, ce live est psychédélique et lunaire.
L’ambiance festival avec son public parfois peu attentif perturbe un peu l’écoute, surtout sur les titres comportant des parties assez dépouillées en notes, comme un des plus aquatiques : ‘Forever Dolphin Love’. On repassera plutôt voir Connan dans une salle plus intimiste.
Lire le live report de Connan Mockasin à la Maroquinerie

Seun Kuti & Egypt 80

L’entrée en scène de Seun Kuti, à l’ancienne, n’est pas désuète, elle est imparable : sur fond de shaker et de basse groovante, les musiciens se lancent chacun leur tour dans quelques solos de cuivres. C’est ensuite au tour des danseuses-choristes d’arriver, de dos, en ondulant magistralement du bassin sous les hourras. Enfin, un des musiciens orné d’un magnifique boubou joue les maîtres de cérémonie et annonce dans un discours grandiloquent l’arrivée de Seun Kuti. La sauce a pris, la foule danse et Kuti se livre lui aussi à des solos de saxophone endiablés et se déhanche comme s’il était possédé… Entre groove, funk et jazz, l’afrobeat est ce soir à son paroxysme : il fallait voir le benjamin de Fela Kuti et le légendaire orchestre de son père.

Nine Inch Nails

Qu’on soit fan ou non, NIN en concert, ça a de la gueule. Trent Reznor pénètre sur scène à travers un brouillard à couper au couteau. Dans une lumière minimaliste, il affiche un air énervé. Il ne cessera d’agripper son micro en se contorsionnant, de bander ses gros muscles, de hurler toutes ses chansons en dégageant un sentiment de surpuissance tout en gardant ce pouvoir magnétique. La scénographie fonctionne à la perfection, les boucles électro dark sont dantesques, les fans surexcités hurlent les refrains, comme sur l’étourdissant morceau ‘Copy of A’. Ce live est assez fascinant et confirme que NIN est bien un des groupes les plus impressionnants de la scène actuelle, et pas seulement de la scène indus.

Lire le live report de Nine Inch Nails à Rock en Seine

Buzzcocks

Il fallait être rapide pour aller chercher ce soir des pass spéciaux et limités pour la salle cachée du Primavera. Sans ces précieux sésames, impossible d’aller voir les Buzzcocks qui jouent effectivement dans une étrange petite salle enfouie sous le site du festival. Les punks anglais ont la soixantaine mais envoient toujours du bois et leurs enchaînements sont parfaits. Ne pas se fier à la bonhomie de Pete Shelley, -désormais devenu une espèce de papy barbu-, il hurle comme dans les seventies. Et l’énergie du guitariste Steve Diggle est impressionnante : il virevolte partout sur la scène. Dommage que le son soit si fort et si mauvais dans une salle non adaptée à ce type de concerts. Dommage aussi qu’avec ce foutu pass d’entrée réservé aux plus prompts, certains vieux fans de punk soient restés sur le carreau ; ça bastonne vraiment peu dans la foule composée à majorité de hipster-poseurs.

Ty Segall

Un des rares concerts maintenant l’énergie tout au long du set. Ty Segall fait du garage punk très direct, qui retourne une salle dès la deuxième note. Et c’est à nouveau le cas ce soir, même sur les titres plus lents. Enormes pogos, slams à tout va, mélodies entêtantes, son dégueu, petites bagarres… bref, la routine pour son public ! Le cClifornien est surexcité : il headbang tellement durant tout le concert que sa chevelure n’aura jamais le temps de retomber sur sa tête. Le public est devenu fou et se défoule comme rarement, mais à priori un peu moins que lors du concert du lendemain soir dans une des salles de la ville. Ce sera à peu près le même schéma, mais en plus dantesque, car dans les petites salles, la foule en délire grimpe plus facilement sur la scène…

Black Lips

On connaît bien les coquins d’Atlanta, ce sont des habitués du Primavera et ils nous permettent de conclure en beauté cette édition 2014 au Parc del Forum. D’ailleurs la petite scène Pitchfork est archi-comble. Après une balance/check de quelques minutes à peine, ils débutent par le surpuissant ‘Family Tree’, et les premiers rangs se jettent déjà les uns sur les autres. Suivront pas mal de titres retournant forcément le public, comme ‘Modern Art’, ‘Justice After All’ issu du dernier album Underneath the Rainbow ou ‘O Katrina’…

Mais les Black Lips, ce n’est pas que du bon garage à haute valeur ajoutée scénique, c’est aussi simplement de jolies chansons. Par contre, ce qu’il manque encore une fois ce soir, c’est le jeu avec la foule : dans un gros festival, les barrières et le personnel de sécurité empêchent malheureusement toutes montées sur scène du public pour slamer ou juste foutre le bordel. Au Nouveau Casino quelques jours plus tôt, l’interaction était totale, avec justement quelques envahissements de scène. Le guitariste Cole en avait même vomi devant son ampli…

Angel Olsen

Dimanche soir, on trouve le courage pour un dernier concert, celui de Angel Olsen, donné dans la salle BARTS. L’album du début de l’année a été comme une révélation, mais sa prestation scénique est assez différente ; les voix et guitares distos du disque étant remplacées par des sonorités plus lisses, donnant davantage un aspect crooneuse fifties. Son chant et sa folk sont délicats et poignants mais on reste un peu sur notre faim. Bon, on rentre, on reprend l’avion demain matin… et on revient l’an prochain.
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Remerciements : Aymeric (City Slang)

Catégorie : A la une, Concerts
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