Entretien avec Bill Ryder-Jones

Pour son premier album solo If on a winter’s night a traveler, Bill Ryder-Jones avait imaginé la bande son du livre d’Italo Calvino Si par une nuit d’hiver un voyageur. Cette fois-ci, l’ancien membre de The Coral se décide enfin à se dévoiler, à se raconter sur A Bad Wind Blows in My Heart. Le Transistor a été touché par tant de vulnérabilité dans cette pop en apparence si simple. Par chance, pour ce projet, ce nouveau songwriter a décidé de se faire violence et d’accepter les interviews.

Bill Ryder-Jones

Le jeune homme est très souriant, mais tapote la table nerveusement, et détourne le regard assez souvent. Il repousse les compliments d’un revers de la main mais s’empresse de rajouter : « Faut pas s’inquiéter, je suis très heureux dans ma vie. J’essaie de rester humble mais je suis très amoureux de moi-même. »

Depuis qu’il a quitté The Coral, Bill Ryder-Jones a découvert, au fur et à mesure des projets, sa véritable identité musicale. « J’avais ma place dans le groupe, même si elle était pas très importante. Du coup, j’avais pas de question à me poser quant à la direction à prendre. Maintenant, je suis en train de me construire une vie musicale. D’un côté je me laisse porter, mais parfois c’est délicat de définir quelles sont nos propres qualités au lieu de se comparer aux autres. Il y surement quelque chose, en chacun de nous, qui mérite d’être mis en avant. C’est ce que j’ai essayé de trouver avec cet album. » Le songwriter a la fâcheuse tendance à se dévaloriser… notamment quand il a commente ses retrouvailles avec Nick Power de The Coral. « En fait Liam, mon meilleur ami qui joue dans By The Sea, est le petit frère de Nick. Donc j’ai appris un peu à le connaître de nouveau, parce que j’avais perdu le contact deopuis. Et c’est un très bon parolier : il a la patience d’écrire sans se raconter sans arrêt. Il peut écrire sur n’importe quoi, et il le fait bien, il prend son travail à cœur. Alors que moi… je me dis qu’il y aura toujours quelqu’un pour le faire mieux que moi. »

Sur A Bad Wind Blows in My Heart, Bill Ryder-Jones parle justement de lui, chose qu’il n’aime pas forcément faire. « Mais c’est justement le but de cet album… C’est pour sortir de cette taupinière dans laquelle je me terre depuis tout ce temps. Toute l’histoire de pas faire de concert et de ne répondre à aucune interview… Là, on a réussi à faire l’album avec lequel je peux pas me cacher. » C’est apparemment le cap de la trentaine qui l’a bousculé. « J’ai 30 ans cette année et je veux pas me cacher dans ma chambre pendant une autre décennie. A continuer de jouer la carte du putain de malheureux, foutu mystérieux ancien guitariste de The Coral. J’écris de la musique constamment, et j’ai des fournées de morceaux devant moi, et je me dis, qu’il faut les réaliser maintenant, parce qu’elles seront plus bonnes dans cinq ans. »

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Etonnament, la peur de perdre son boulot a aussi pesé dans l’équation. « Je savais que Laurence Bell [fondateur du label Domino Records] aimait ce que je faisais donc je lui ai envoyé quelques chansons. Et il a été très enthousiaste ! Alors que j’ai rien écrit qui n’ait pas déjà été traité auparavant… Tout le monde vit les mêmes merdes, c’est ce que tu es qui fait une différence. C’est la même pour mon taf, je m’inquiète tout autant qu’un autre, de perdre mon emploi ! » Il ajoute avec un air taquin : « Mais maintenant il peut pas me rendre mon contrat : je lui ai fait un album pour son anniversaire. En plus ça lui a rien coûté, j’ai tout réalisé chez ma mère ! C’est vrai ça : tout le monde dit que c’est mon premier vrai album, alors que le dernier avec l’orchestre de dix musicien a coûté £20 000 et que celui-ci en a coûté à peine 8 en comparaison… »

Le fait de composer cet album chez sa mère a probablement contribué à ce que Bill Ryder-Jones livre des souvenirs très personnels. « C’est circonstanciel. Quand j’ai quitté le groupe, j’ai remisé tout mon équipement chez ma mère et j’ai transformé mon ancienne chambre en petit studio. J’y allais tous les jours pour écrire et puis je me suis dit ‘je vais me bourrer la gueule et tout raconter’. C’est une maison assez imposante, c’est un endroit assez fort, émotionnellement… En fin de compte, on est jamais loin de notre subconscient en vrai, donc c’est pas par hasard si c’est dans cette maison que j’ai enfin réussi à m’ouvrir. »

Une fois l’album prêt, il a été assailli de doutes, mais Laurence Bell a su trouver les mots. « Quand j’hésitais, il m’a dit : ‘tu m’avais raconté que quand tu avais 16 ans, tu faisais souvent des virées seul à la plage, pour aller écouter ta cassette des Gorky’s Zygotic Mynci, parce que leur musique te remontait le moral. Si tu fais cet album, ça pourrait être toi de l’autre côté : quelqu’un prendra ton album avec lui pour aller l’écouter tout seul.’ Et ce discours m’a plus parlé que n’importe quel autre argument. » Le compositeur a beaucoup réfléchi sur comment faire passer son message. « Le premier album était tellement intense, il n’y avait pas assez d’espace pour que les gens ressentent ma musique. Mais avec cet album, j’espère réussir à toucher certaines personnes. Si ça marche, c’est sûrement la meilleure chose qu’une personne comme moi pourrait accomplir dans sa vie. Parce que je pense pas gagner des millions non plus, donc je pourrais pas les donner à des associations caritatives… Donc l’objectif raisonnable c’est de faire un album qui pourrait aider quelqu’un. Ca serait bien. »

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Et il se rassure en se disant que toute cette expérience ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir… quoique. « Une fois que cet album est fini, je retourne à ma chambre. Comme ça c’est fait. Et je pourrais retourner faire de la musique à propos de moto ou n’importe quoi d’autre… Mais j’ai hâte de jouer. Parce que ça devient vite ennuyeux de rester tout le temps à la maison. Et l’ennui c’est une vraie plaie. »

Réclame

A Bad Wind Blows in My Heart, le deuxième album de Bill Ryder-Jones, est disponible chez Domino.
Bill Ryder-Jones sera en concert le 4 octobre au Point Ephémère.
Lire le live report de Bill Ryder-Jones à la Cigale.
On l’a aussi croisé sur le plateau de La Musicale de Canal+ avec les Arctic Monkeys
Lire l’interview de The Coral


Remerciements : Christophe et Matthieu (Domino)

Catégorie : A la une, Entretiens
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