festival des inRocKs Philips – Baxter Dury

Samedi soir du festival des inRocKs Philips à la Cigale et la Boule Noire. Le Transistor va tenter de percer à jour le mystère de The Acid, de trouver la saveur de Nick Mulvey, de saisir l’émotion de Cloud Boat, de se dépayser avec Asgeir, de s’amuser avec Nimmo and the Gauntlett et surtout de prendre son pied avec Baxter Dury. La mission n’est pas entièrement réussie, mais au moins Baxter Dury a tenu ses promesses.

The Acid

Pas de doute, Adam Freeland est un DJ, et il l’affiche à son style, avec ses chaussettes remontées sur son jogging. A ses côtés, c’est RY X, un chanteur folk qu’on avait croisé au Paloma pour le This Is Not A Love Song festival (et qui sera au Fireworks festival). Ensemble, ils sont The Acid, à la frontière entre l’organique et l’electro.

Ce qui pèche, c’est que les musiciens sont totalement perchés et n’invitent pas le public dans leur monde. Pourtant, leurs compositions ont tout pour être prenantes, avec plein d’éléments qui viennent titiller l’oreille. Mais finalement cette abondance de détails – somme tout insignifiants – lasse, comme sur l’album. Et comme leur performance est froide, voire nombriliste, il n’y a aucun intérêt à les voir en live.
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Nick Mulvey

Ce guitariste est un Londonien qui à étudié la musique à la Havane, Cuba. En 2011, il a quitté son groupe de jazz Portico Quartet pour se lancer en solo. Il vient donc de sortir au printemps dernier son premier album, First Mind. En dehors de sa prestation scénique un peu avare en échange, la musique de Nick Mulvey n’a absolument aucune originalité. Cette pénurie est tant bien que mal cachée sous une production démesurée… On dirait un poulet aux hormones auquel on injecte du bouillon poule pour donner du goût. Navrant.
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Cloud Boat

Le Transistor est tombé sous le charme de ce duo dès la première écoute de ‘Carmine’, single de leur deuxième album. Mais à l’écoute de ce Model of You, impossible de retrouver cette première impression. Aussi, le live se devait d’être décisif.

Sur scène, la voix est noyée dans un tumulte d’effets. Même si Cloud Boat ne souhaite pas mettre le chant en avant, la voix de Tom Clarke mérite d’être entendue. Mais non, c’est la batterie et son sur-dosage de mitraillette qui prend le dessus. Dans l’ensemble, les compositions sont assez puissantes, mais tous les morceaux semblent être construits sur le même modèle. Parfois, des extraits du premier album, Book of Hours, poussent à l’introspection comme ‘Youthern’, qui mêle intensité et rêverie. Mais d’un coup, ils partent aux antipodes de leurs promesses de douceur, en virant limite dance des années 90. Un puzzle.
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Asgeir

Quelque part, on se demande si Asgeir n’a pas été envoyé par l’office de tourisme d’Islande. A l’écouter jouer (parce qu’il ne s’agite pas vraiment sur scène), on a l’impression de voir défiler de beaux paysages. Sauf que des photos de paysages uniquement, ça devient rapidement assommant.

Le jeune Islandais n’interagit pas avec son public – pourtant en émoi -, comme s’il était en studio. On aurait presque envie de se mettre de dos pour pas le déranger dans sa concentration. Et charisme mis à part, sa musique n’est finalement pas transcendante, alors que sur album, elle paraissait prometteuse. Au final, c’est un peu lisse, avec pour seule aspérité, sa reprise de Nirvana…
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Nimmo and the Gauntletts

Une chose est sûre, chez Nimmo and the Gauntletts, il y a autant de mèche que d’attitude. Sur le devant de la scène, elles sont deux à se donner la réplique : Sarah et Reva. Chacune sa voix, chacune son registre, l’une directement d’outre-tombe et l’autre pertinemment soul, élégamment complémentaires. Et pendant que Sarah gratte sa guitare, Reva s’agite aux machines.

Graduellement, l’envie de danser s’impose. Ce qui reste étrange c’est ce mélange de tout ce qui avait court dans les années 90 réunies en un seul morceau – hip-hop, dance, rock-folk… – et pourtant ça fonctionne. Les introductions désarçonnent parfois, mais les deux chanteuses parviennent à maintenir le cap et surtout donner de la texture à leurs mélodies un peu perdues. En tous cas, c’est le seul groupe qui aura fait bouger la foule ce soir, foule qui les réclame à cor et à cri pour un rappel.
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Baxter Dury


En tête d’affiche de la Cigale, c’était Baxter Dury qui vient de sortir son quatrième album It’s A Pleasure, dans la lignée de son précédent Happy Soup. Comme à son habitude, le Britannique joue la carte de l’arrogance, faisant son « kéké » avec son fil de micro, pour attiser le public. Et pour rester dans l’humour de sa nation, en plus d’afficher un air flegmatique, le chanteur a blindé le plateau de petits détails absurdes.

Ainsi, le cygne de sa pochette, que les Internets ont vu déferler sur les réseaux sociaux, surplombe la scène sous forme de bouée gonflable. Dans un style toujours décalé, ses musiciens sont en combinaison de moto rouge ou en petit pantalon blanc moulant. Seules les musiciennes restent sobres, en contraste avec les mini poupées gonflables (sûrement pour indiquer le plaisir manifeste de cette tournée) que le facétieux Dury balance dans la fosse.

Cette mise en scène incongrue participe à mettre sa pop atonale dans son contexte : on retrouve toute la contradiction dans la dissonance. Mais ce soir, Baxter Dury est particulièrement inspiré, en partant d’un rire sardonique à la fin de son tube ‘Claire’, puis déclarant sa flamme à sa mère à la fin du ‘Leak At The Disco’. Il se trompe de tonalité sur ‘Afternoon’, mais en même temps comme il l’a expliqué en interview, il ne peux pas chanter faux puisqu’il ne chante pas ! Et pour s’occuper sur scène quand il ne danse pas – ou ne sirote pas sa bière, il balance des bonbons au public.

Toute cette activité permet d’animer un concert qui aurait pu se révéler répétitif entre les deux derniers albums – qui se font écho. Mais Baxter Dury parvient tout de même à retranscrire toute la tension qui se cache sous ses mélodies à tendance naïve. Enfin, après avoir partagé du vin et sa fameuse ‘Cocaine Man’, il fait danser tout le monde sur son air le plus triste : ‘The Sun’. Toute l’ironie de ce monsieur est donc de voir la foule se balancer, insouciante, tout en chantant « No one ever told us that we’re going to be left alone ».
Une jolie mise en bouche en attendant le 25 février à l’Olympia pour le festival A Nous Paris Fireworks !
YouTube Preview Image Lire l’interview de Baxter Dury
Lire le live report de Baxter Dury au Printemps de Bourges

Crédit photo : Valentin Chemineau


Remerciements : Charlotte Brochard

Catégorie : A la une, Concerts
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