Entretien avec Voyou

Voyou, c’est Thibaud Vanhooland, un Lillois déraciné pour atterrir à Nantes. Après avoir joué au sein de Elephanz, Rhum For Pauline, Pégase, toujours comme plus ou moins discret bassiste, il se lance en solo. Après le MaMA, on suit ses premiers pas aux Trans Musicales de Rennes en attendant la sortie de son premier EP, On s’emmène avec toi. Au milieu de cette ambiance frénétique, Le Transistor a eu le plaisir de rencontrer un jeune homme très calme, serein.

Voyou

Pour résumer les thèmes abordés par Voyou, Thibaud a trouvé les mots justes. “Je passe beaucoup de temps à discuter avec des gens, et notamment de ces petits trucs que tu vis tout seul – ou du moins que t’as l’impression d’être le seul à avoir vécues.”

Thibaud a commencé la musique très jeune, avec la trompette vers l’âge de 3 ans. “Personne m’a forcé, je voulais simplement faire comme papa. Et quand j’avais 5 ou 6 ans, j’ai rencontré un gars de mon âge en vacances, qui faisait de la guitare. On s’est mis à faire la manche en jouant des standards de jazz dans la rue. J’y connaissais rien mais son père était un passionné, et il avait trop envie de voir son gamin jouer des ‘Sweet Georgia Brown‘. Les trucs qu’il nous a appris sont très simples mais on s’est fait un maximum de fric avec ça. (rires)” Et grâce à son père, il a pu apprendre à composer très jeune. “J’ai la chance d’avoir un papa musicien qui très vite a eu des logiciels de MAO, parce qu’il composait des comédies musicales avec ses élèves. Très jeune, il m’a expliqué comment ça marchait. Puis vers mes 12 ans, il s’est acheté un ordinateur plus costaud, et m’a filé son ancien. Je me suis éclaté ! J’en foutais dans tous les sens parce qu’il y avait trop de possibilités. Et petit à petit… mais c’est un véritable apprentissage.”

Même s’il adore bidouiller dans sa chambre, c’est la scène que Voyou préfère. “C’est ma passion, c’est vraiment le truc qui me fait le plus kiffer. Quand je suis pas en tournée, je pète un câble très vite, à sautiller sur place. C’est un peu comme d’aller à la salle de sport après une dure journée de travail. Vu que je danse beaucoup sur scène, physiquement, ça me permet d’aller vachement mieux après.”

Après des années à jouer en groupe, Voyou est un projet solo, même sur scène. “Bien sûr, c’est pratique. Ca permet au tourneur de me mettre en première partie sur n’importe quel concert, parce que c’est simple à caler, ça prend pas de place, ça se monte vite. Mais les vraies raisons, c’est que j’ai envie d’aller assez vite dans ce projet, et de pouvoir faire les choses exactement comme je les entends. Comme ça, je peux composer un morceau le matin et de le jouer le soir directement, sans avoir à l’apprendre à des musiciens.” Ce qui fait que sur scène, Thibaud doit se démener pour occuper l’espace. “Tout le monde pense que c’est stressant d’être seul sur scène, mais quand je pense à ce que j’ai fait vivre à des chanteurs dont c’était le projet perso… ! Genre tu t’es mis une grosse tôle la veille, et t’arrives fatigué, et là, le mec qui t’a confié sa musique se rend compte qu’il peut pas compter sur toi à 100%. Là, si jamais il y a une couille, je peux en vouloir qu’à moi-même. Et pour l’instant ça me plaît ce rapport super direct avec le public.”

Pour se lancer en solo, il lui a fallu se couper de tous les groupes avec lesquels il jouait. “Il se trouve que l’occasion s’est présentée de partir quelques mois au Canada. Mais j’avais déjà fait écouter ma musique à des oreilles… Et je leur fais confiance, ce sont des potes avec qui je fais de la musique depuis super longtemps, mais à un moment donné, pour pouvoir avancer et faire les choses exactement comme je les entendais, il fallait aussi que je me coupe de tous ces avis-là.”

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Vivre dans une ville de musiciens comme Nantes présente des avantages et des inconvénients. “Quand tu sors dans un bar, tu vas te retrouver avec toute la smala de musiciens, qui ont des idées arrêtées sur ce qui est cool ou non. Et ça peut vite te complexer dans tes compositions, tes influences, et te mettre des barrières là où t’es pas censé en avoir. Surtout si tu veux faire de la musique de la manière la plus sincère possible. C’est bien d’écouter les avis, mais il faut aussi se faire confiance.” Et dans les avantages, il y a le fait de pouvoir découvrir énormément de musique. “Tu peux aussi évoluer dans le jugement, perso ça m’a vachement construit. Les restrictions, ça pousse à aller puiser dans des inspirations pas forcément évidentes. C’est comme ça que je suis allé chercher des groupes très indés, de niche, autant de la noise que du garage. Et que j’ai découvert de nouvelles teintes ou sonorités… Après à un moment donné, faut en faire un truc de toutes ces influences, mais quelque qui me plait, pas juste un truc qui va plaire aux autres.”

Justement, des barrières, Voyou n’en met pas, puisqu’il chante en français. “Il y a une distance qui se crée quand tu chantes en anglais. Un truc con, mais dans mes groupes d’avant, je savais pas ce que les chanteurs racontaient. Pourtant, dans Rhum For Pauline, je participais beaucoup aux arrangements ! Bon, je savais plus ou moins, et à un moment on finissait par en parler… Mais du coup, le fait de chanter en français, pour moi, c’était même pas une question : je me vois pas chanter dans une autre langue.”

Dans ses textes, Voyou n’emploie que des mots du quotidien, pour un rapport plus direct. “Mes chansons, c’est souvent plus des réflexions que des choses qui me sont réellement arrivées. Par exemple sur ‘On s’emmène avec toi’, je parle du gamin qui se fait harceler à l’école, mais c’est pas quelque chose que j’ai vécu, ni que j’ai fait vivre. Je l’ai beaucoup observé, et j’en ai parlé avec des copains à qui c’est arrivé. C’est des sujets qui m’intéressent, comme tout ce qui nous arrive dans notre enfance, et comment ça impacte nos vies d’adultes.”

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Cette ouverture sur des sujets personnels mais universels touche beaucoup de gens. “Il arrive qu’on vienne me voir, et je suis super content que des gens se retrouvent dans ma musique et du coup se sentent moins seuls, par rapport à ce qu’ils ont vécu. Mais moi je l’ai pas vécu et je suis pas non plus en train juger des gens qui probablement avaient des raisons assez tragiques de devenir des bully dans la cour de récré. J’en veux à personne de ses comportements pendant l’enfance, il y a souvent des raisons qui nous dépassent.”

Réclame

On s’emmène avec toi, le premier EP de Voyou, vient de paraître chez Entreprise/Also.
Voyou sera en concert le 17 mars au Pop-Up du Label et le 9 avril à la Maroquinerie


Remerciements : Delphine [ATM]

Catégorie : A la une, Entretiens
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