Entretien avec L.A. Salami

L’été dernier, le premier album de L.A. Salami est sorti assez discrètement, Dancing With Bad Grammar, un petit ovni blues aux envolées atmosphériques. Aucun lien avec Los Angeles, ce londonien au look hobo s’appelle Lookman Adekunle de son prénom. Comme il ne passe pas souvent par nos contrées, Le Transistor est parti à sa rencontre jusqu’au Texas, au festival South By Southwest d’Austin. On est tombé sur un artiste aussi fou et tendre que ses compositions.

L.A. Salami

L.A. Salami prépare la sortie d’un EP, qui annonce un nouvel album – plus pop assure-t-il. « Ce sera comme d’être allongé sur le dos, dans la boue, à un carnaval, à regarder les étoiles, c’est comme ça que ça sonne. On voit la grande roue, on voit toutes les lumières, mais on aperçoit quand même les étoiles au-dessus. »

Pour l’anecdote, L.A. Salami n’a reçu sa première guitare qu’à ses 21 ans. « C’est une chose que de recevoir une guitare, ensuite faut en jouer, et puis écrire des chansons. J’étais déjà dans les cercles de poésie, donc mon expérience de la scène, c’est en poésie que je l’ai faite, puis j’ai commencé à jouer mes chansons à ces occasions. Et graduellement j’ai présenté mes chansons à des cercles de plus en plus orientés musique. » Puis c’est Lianne La Havas qui l’a aidé, en l’invitant à faire ses premières parties. « Nous nous sommes rencontrés dans un pub qui s’appelle The Torriano, qui faisait des open-mic à Kentish town. On s’est rapprochés petit à petit, jusqu’à devenir comme une famille. Il y avait notamment cet artiste qui s’appelle Young & Sick, c’est lui qui s’occupe de mon design, il a fait ma pochette, mais c’est aussi un musicien. Et c’est là que j’ai rencontré Lianne, bien avant qu’elle ne devienne célèbre. »

Au départ, L.A. Salami était surtout dans les cercles de poésie. « C’est pas forcément facile à trouver comme scène, alors qu’il est plus naturel d’entrer dans la musique. Pourtant on y croise aussi bien des musiciens. Mais c’est généralement dans des bars, et les poètes vont se retrouver dans la salle à l’étage pour dire des poèmes. J’admets que j’y ai passé pas mal de temps. J’ai fini par me lasser de cette scène parce que le cercle est très restreint, donc on se retrouve à réciter les mêmes poèmes aux mêmes personnes. » Et de fait, ses références sont plus littéraires que musicales. « Je ne dirais pas que je suis un musicien, je dirais que je suis un poète qui joue de la musique. La musique, c’est une science, et j’en connais pas vraiment les règles. J’aime ma musique, mais je me revendiquerais pas musicien. »

A côté de ses chansons et de ses poèmes, L.A. Salami écrit aussi des nouvelles. « Chaque écriture est complètement différente. Une chanson, c’est facile, parce que pour exprimer un sentiment, on peut utiliser la mélodie. Le rythme ou la mélodie, c’est le langage qu’on va écouter, or la mélodie peut rester simple, il suffit d’ajouter des mots qui ont du sens. Alors qu’en poésie, chaque mot doit avoir sur son propre rythme, et pour les nouvelles, c’est sur la signification qu’il faut se concentrer. En chanson, si la mélodie est là, tu peux écrire tout ce que tu veux. »

L.A. Salami a la particularité de trouver l’inspiration jusque dans une poubelle – preuve en est sur le titre ‘Going Mad As The Street Bins’. « Les choses du quotidien sont les meilleures sources d’inspiration, parce qu’elles paraissent plus réelles. On entend beaucoup parler d’amour. C’est un grand concept et c’est génial, j’adore l’amour ! Mais les gens connaissent mieux le sentiment de se sentir complexé, d’avoir peu confiance en soi, ou encore de se demander ce qu’on fait ici, ce qui se passe. Ce genre de choses. »

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Sa référence en terme de musique, c’est indéniablement Bob Dylan. « Je ne me souviens pas d’un déclic en soi, en fait il était toujours présent. C’est ce qui me touche le plus, en terme de musique, c’est ce à quoi je m’identifie. Sa manière de s’exprimer, c’est la meilleure manière de le dire. Donc pour moi, si je devais un jour faire de la musique, pour ne serait-ce que l’envisager, il me fallait être capable d’être à sa hauteur. » C’est d’ailleurs cette passion qui l’a poussé à se lancer en musique. « J’aime la poésie et je pense à la puissance de la poésie de Leonard Cohen… Alors que pour Dylan, il faut la mélodie pour atteindre cette puissance, il arrive à créer un équilibre entre les deux. Donc c’est pas juste de la musique, c’est sa manière de s’exprimer, c’est une combinaison, c’est pas juste l’écriture, c’est un tout. »

Pour beaucoup, L.A. Salami est un chanteur contestataire. « Je vois ce qu’ils veulent dire. C’est que comme je peux écrire une chanson sur n’importe quel sujet, j’écris sur ce que je ressens. Dans une journée, on ne pense pas qu’à l’amour, on pense à l’essence qu’il va falloir acheter, ou peut-être à quelque chose qu’on a vu aux infos… C’est juste que je choisis d’écrire sur ces petites choses aussi. Or ce sont des choses auxquelles beaucoup de personnes s’identifient. » Pour l’artiste, il s’agit juste de parler du quotidien. « Je parle de ce qui arrive en ce moment et de comment je me sens par rapport à ça, et de comment d’autres du coup se sentent aussi. C’est pas forcément une forme de protestation, c’est juste soulever un problème, parler de l’éléphant qui est dans la pièce, ou des choses évidentes. »

S’il paraît pessimiste, L.A Salami a foi en l’humanité. « En tant qu’organisme, les humains peuvent être considérés comme une forme de virus. Mais par exemple The Venus Project apporte des idées, sur comment les humains peuvent vivre en synchronisation avec la Terre. Pour les mettre en oeuvre, il faut influencer les puissants, or pour qu’ils nous écoutent, il faut rester dans le circuit, sinon nous ne serons pas pris en considération. Donc pour faire changer le monde, il faut s’organiser de l’intérieur. »

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Pour appuyer son argument, l’artiste est capable de citer Charlie Chaplin comme The Walking Dead. « Dans son speech du Dictateur, Chaplin a dit : Seul, un homme est un génie; en collectif, c’est idiot endormi qui suit la masse. En effet, en groupe c’est compliqué parce que chacun a sa propre idée de l’utopie. Peut-être après l’apocalypse… (rires) Nous serons moins nombreux, donc il sera plus facile de se faire entendre. Comme dans la série The Walking Dead, plus l’équipe du shérif rencontre de gens, c’est dangereux parce que les autres ont des philosophie de vie radicalement différentes, comme de vouloir les asservir ou les manger… »

Réclame

Dancing With Bad Grammar, le premier album de L.A. Salami, est paru chez Sunday Best / PIAS.


Remerciements : Katia Gafarova [PIAS]

Catégorie : A la une, Entretiens
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