Entretien avec LA Priest

En 2008 sortait Fantasy Black Channel, le seul et unique album de Late of the Pier. Malgré le silence qui a suivi, ce groupe a marqué les esprits et les fans de la tendance nu-rave. Soudain, à l’automne dernier, sans tambour battant, le chanteur Samuel Eastgate alias Sam Dust concrétisait enfin son album solo, Inji. A l’occasion de son passage au Badaboum pour le festival A nous paris fireworks, LA Priest – prononcez Lah Priest – nous racontait son évolution, ses envies et ses projets – notamment avec Connan Mockasin.

LA Priest

Installés à la terrasse d’un café, Sam Dust parle tout bas, mais cherche tout de même à mettre les choses au point. « Peut-être que j’ai fait un album de geeks, ça me dérange pas de l’admettre, mais perso je suis pas un geek. »

Pour cet album au nom tordu, il se raconte que LA Priest est parti faire des recherches de son à l’étranger. « Je n’avais pas prévu d’aller enregistrer des sons au Groenland. En fait, j’avais un ami qui vivait là-bas, donc je suis parti lui rendre visite. Il n’y était que pour une courte période, donc c’était une occasion qui n’allait pas se représenter. Ce qui rend le truc très mystérieux dans ma tête… » Sur Inji, on retrouve un son enregistré dans une vieille mine du Groenland. « Sans trop réfléchir, j’ai enregistré l’ambiance. On entendait aucun son, et j’ai aimé ce silence. J’avais rien en tête, je n’avais même pas prévu de l’utiliser sur l’album. Mais ça n’a pas du tout donné ce à quoi je m’attendais parce qu’il y avait des interférences. Je sais pas trop comment je me positionne par rapport à ces idées de paranormal. Il s’est rien passé de surnaturel, mais je veux pas dire que c’est une erreur technique non plus… »

Cette expérience de chercheur de sons bizarres lui donne une image de féru d’électronique. « J’ai des amis qui touchent un peu plus, donc j’ai appris avec eux mais c’est pas trop mon truc. C’est peut-être une bonne chose que je sois pas super calé ceci dit, parce que je construis à ma façon. Au travers d’accidents, on peut arriver à des chansons comme ‘Occasion’, parce que j’’avais juste aucune idée du son que cet instrument allait donner. Sauf que je pourrais jamais réutiliser ce son : le synthé vient de casser. Cet accident donne un côté romantique à la chanson… »

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De fil en aiguille, Sam Dust s’est retrouvé à construire des instruments tout seul. « J’avais signé avec aucun label, donc j’avais pas d’argent. C’est pour ça que je me suis penché sur la question. Mais j’ai découvert que de tomber du côté geek de la force change complètement la vision de la musique. C’est un autre état d’esprit, bidouiller ça t’empêche d’être… créatif en quelques sortes. » L’artiste sépare bien le côté manuel de la composition. « Pendant quelques semaines, j’avais les mains dans le cambouis, et du coup j’étais incapable de penser à autre chose. Ensuite ça va me prendre quelques jours de transition. Du coup, quand je réécoute ce que j’ai fait, c’est comme si c’était quelqu’un d’autre qui me l’avait donné. C’est comme une schizophrénie musicale. Ce qui me permet de prendre toutes les libertés que je veux avec cette composition. »

En fait c’est sa passion pour les synthés qui le poursuit depuis ses débuts. « Certains instruments sont faits pour le studio, et surtout pour y rester. Notamment ce keyboard, qui est un vieux modèle des années 70, je l’adore mais il est trop massif pour les tournées. En plus on peut pas les remplacer ! T’as beau avoir une assurance, au mieux tu pourras récupérer l’argent, mais tu retrouveras jamais le même modèle. » Une passion qui d’après ses dires le perdra. « Ce gros meuble en bois vintage, il m’a fallu m’en séparer. Quand je l’ai acheté à un collectionneur, je me suis demandé pourquoi quiconque voudrait le vendre. Le son est tellement bon ! Et maintenant je suis le mec qui s’en débarrasse. En plus, on veut choisir celui qui va l’acheter, pour être sûr qu’il va en prendre soin. Donc mon conseil c’est de pas commencer à se passionner pour les vieux modèles de synthés. »

Brièvement, Sam Dust accepte de revenir sur son experience avec Late of the Pier. « On voulait être loin de tous les drames, mais on a eu des moments difficiles. Le problème c’est qu’on comprenait pas les enjeux, on était tellement jeunes ! Nous on était là pour se marrer, c’était un jeu ! Mais pour les gens autour de nous, c’était leur carrière. Cela dit, c’était une excellente expérience, maintenant je respecte un peu plus ceux qui m’accompagnent et qui doivent gérer. » Et au passage partage une petite anecdote de cette époque. « Une fois on nous a demandé de jouer les DJ chez Topshop, c’était il y a cinq ans environ. Et on a joué de la musique concrète, genre sur un titre on entendait 5 minutes de grincement de porte ! Bizarrement ils nous ont jamais demandé de le rejouer. Mais c’est de leur faute aussi : ils nous ont demandé de jouer notre musique préférée ! (rires) »

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Mais pour ce premier album, Sam Dust préfère se détacher de son passé. « Tout au long de la composition, je n’ai jamais été stressé et au final je suis assez fier du résultat. Mes chansons sonnent comme les miennes, mais ne se ressemblent pas non plus. Même si des fois je me dis qu’il n’est pas forcément cohérent… Le but, c’est de faire un album sans avoir la prétention de faire une réelle différence. Juste le faire à ma manière : c’est un album qui vient de nulle part, car je n’appartiens à aucune scène. En vrai, n’importe qui pourrait avoir fait cet album… » Pour LA Priest, cet album réussit à échapper à toute catégorisation. « Ca permet aux gens de réaliser n’importe qui peut venir au concert. Quand je pense aux choses qui auraient pu être réalisées, si les gens avaient été un peu plus ouverts. Les gens réfléchissent trop, ils se disent que s’ils ne sont pas musiciens, ils ne peuvent pas faire de musique. Et c’est le plus grand blocage à la créativité, à la naissance de nouvelles formes de musiques. J’ai rencontré tellement de gens qui ont un réel talent… »

Sans surprise, on constate que Sam Dust est très exigeant avec lui-même. « Je pense que ma prochaine étape, si je suis en mesure de le faire, serait de me prendre au sérieux, pour faire de la musique encore plus bizarre que sur ce premier album. C’est une bonne chose de se prendre au sérieux, parce que ça demande du courage de faire des compositions audacieuses. Les gens sont trop gentils et modestes. Quelque part il ne faut pas s’excuser de ce qu’on a composé. »

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Pour conclure, Sam Dust évoque la sortie de Soft Hair, avec Connan Mockasin. « Pendant que j’enregistrais Inji, on faisait un album ensemble. C’était les mêmes sessions, du coup au passage, il a fait des parties de guitares pour moi. Donc les albums sont un peu liés, comme des projets parallèles. Il y a quelque chose d’assez agréable dans cette collaboration de deux compositeurs. Ca a pris du temps mais c’est assez excitant. » Et en profite pour expliquer l’origine du nom. « Ca vient du fait qu’on a tous les deux des cheveux soyeux. Dans le studio on était connus pour cette spécificité donc c’est devenu notre surnom. Toutes les filles qui venaient au studio d’enregistrement nous touchaient les cheveux. »

Réclame

Inji, le premier album de LA Priest, est paru chez Domino.
LA Priest sera en concert au festival Vie Sauvage le 10 juin à Bourg.
Lire le live report de LA Priest au Badaboum
Lire lie live report de Connan Mockasin à la Maroquinerie


Remerciements : Jennifer [Domino]

Catégorie : A la une, Entretiens
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