Entretien avec Born Ruffians

En quelques années, les Born Ruffians ont envoyé des signaux assez contradictoires. Après un album solo du leader Luke Lalonde, le groupe a sorti un troisième album Birthmarks quelque peu déroutant pour les fans de longue date. Finalement les Canadiens reviennent à leurs premières amours avec un RUFF très direct, comme on les aime. Lors de leur passage au MaMA Event, Le Transistor s’est posé avec Luke Lalonde et Mitch Derosier pour parler de leur carrière semée d’embûches.

Born Ruffians

Sur RUFF, Born Ruffians a décidé d’enregistrer rapidement les morceaux, ce qui ne veut pas dire qu’ils n’ont pas pris le temps de travailler les chansons.
Luke : Il y a beaucoup de chansons qu’on aime mais qui ne marchent pas. Mais elles restent dans un coin, et on s’y remet quand elles reviennent.
Mitch : Quand on y repense, c’est dingue le temps que ‘Hummingbird’ nous a pris. Elle est restée coincée pendant longtemps… Et quand on a enfin réussi à la débloquer, c’était presque comme de se libérer d’un fardeau ! »

Le précédent album Birthmark dénotait la volonté de toucher un public plus large.
Luke : Oui, c’est exactement ça. Quand on a commencé Birthmarks, on voulait un son plus produit, donc on a passé beaucoup plus de temps en studio avec le producteur. J’étais fasciné par le processus d’enregistrement et de production. Mais la leçon que j’ai retenue de cette expérience c’est que la chanson qui au final a le plus plu, était ‘Needle’ qui a été faite très rapidement. »
Comme une dernière tentative pour réussir à sortir du monde indépendant.
Luke : On n’était pas non plus dans un studio luxueux, avec un producteur de renom. Roger Leavens est génial, mais c’est pas comme si on était allés voir Quincy Jones et dépensé 2 millions de dollars pour cet album.
Mitch : Quand des groupes prennent cette décision d’écrire pour les radios, avec cette qualité supra produite, ça se prépare dès l’écriture des chansons. Du coup, ils prennent quelqu’un pour les aider à co-écrire les chansons. Et ça c’est quelque chose qu’on arrivera jamais à réellement accepter. Ca nous laisserait un goût bizarre en bouche.
Luke : On se sentirait stupide quelque part, ça tuerait le groupe, ça tuerait toute la magie.
Mitch : Revenir à ce style d’enregistrement pour RUFF était une étape très naturelle pour nous. Et les choses qu’on a apprises en enregistrant Birthmarks ont été intégrées pour RUFF. Pour pouvoir avancer vers le son qu’on recherche. »

Pour RUFF, Born Ruffians a finalement eu envie de refaire comme à leurs débuts.
Luke : Après cette année de travail, on voulait juste écrire des démos et travailler les chansons avant de les enregistrer en deux ou trois semaines. Comme d’habitude, on loue un studio, on s’installe, on pose quelques micros et on enregistre. On crevait d’envie de cette saveur. Et je pense que c’est plus représentatif du groupe. On en a beaucoup parlé, et on a décidé que ce qui nous ressemblait le plus c’était cette production proche de l’album Say It. »
En live, les morceaux ne contrastent pas une fois mêlés dans une setlist. « En même temps, rien n’a réellement changé dans notre manière d’écrire des chansons. Ce qu’on a toujours essayé de faire, c’est d’écrire des chansons qu’on aime réellement. Et sur Birthmarks, la seule différence avec RUFF, c’est qu’on a opté pour une approche plus sincère par rapport au son de Born Ruffians.
Mitch : C’est une fois en studio qu’on a ressenti le son changer lorsqu’on travaillait sur la production. Chaque album est pour moi un pas vers le son qu’on recherche depuis le début. En ce qui concerne Birthmarks, j’aime toujours autant cet album. Et RUFF est plus proche de ce qu’on a fait par le passé, c’est aussi l’album le plus complet qu’on ait jamais réalisé. »

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RUFF marque le point d’équilibre entre les débuts hasardeux et une maturité acquise en trois albums.
Luke : On peut pas tricher. Si on avait essayé de reproduire ce qu’on avait fait sur notre premier album, ça aurait été ridicule. C’est ce qui est si génial avec tant de premiers albums, c’est ce côté naïf, désordonné, impulsif qui vient du fait qu’ils sont jeunes et stupides. Mais au fur et à mesure des albums, on apprend et on s’améliore. Donc on a essayé de faire du mieux que possible en prenant en compte le chemin qu’on avait fait. Mais qu’on soit bien d’accord : j’aime l’album Birthmarks ! » (rires)

Pourtant le clip ‘Don’t Live Up’ laisse transpirer une saturation…
Luke : Cette chanson est une exploration de mes sautes d’humeur pour tenter de comprendre pourquoi j’avais ces problèmes. J’essaie de diagnostiquer les symptômes de ma folie en tournée. Et au passage, ça me permet devant un public, de chanter des émotions que je suis en train d’éprouver sur le moment. Donc c’est pas vraiment les tournées me fatiguent, c’est plutôt moi qui me fatigue tout seul. »
Les sautes d’humeur semblent cependant inhérents à la vie sur les routes.
Luke : Ces élans bizarres et agressifs, je les remarque dans mes autres relations aussi. Et ce sentiment est clairement accentué en tournée, quand on ne dort pas et mange mal et boit trop. Etre baloté sans arrêt et sans aucun contrôle sur quoi que ce soit… Je suis sûr tout le monde se pose un moment en tournée pour se dire que c’est la dernière fois… »

Sur RUFF, on note aussi ‘We Made It’ et ‘(Eat Shit) We Did It’ aux allures revanchardes, comme si Born Ruffians pensaient mériter mieux…
Luke : Pas nécessairement. On est heureux. Et chaque jour on est conscients de la chance qu’on a d’avoir réussi à vivre de notre musique. On parle plus de l’impression d’atteindre un but. Parce que quand est-ce qu’on ressent réellement ce sentiment de réussite ? On est toujours train de courir après quelque chose, et ce n’est que quand on se retourne, qu’on réalise le chemin parcouru. Donc on continue de courir en se faisant la promesse qu’un jour on y arrivera.
Mitch : Chaque fois qu’on est en tournée je me dis que c’est complètement fou ! On a beau le faire depuis longtemps, le sentiment est toujours là : ça n’a pas de sens de changer de ville tous les jours pour jouer. Et ce qui te permet de continuer à avancer c’est cette impression de devoir faire plus : plus de concerts, dans des salles plus grandes, toucher plus de monde, ou écrire de meilleures chansons. C’est la lutte entre ces deux idées qui nous fait avancer. »

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Luke : On espère y arriver, sans trop savoir ce que ça signifie en fait. Quand on en parle, on se dit qu’on a déjà réalisé plus que beaucoup de monde… Donc on est chanceux ! Mais cette satisfaction ne dure jamais… Même si je pense que RUFF est complet, le plus complet qu’on ait jamais fait, (et c’est géniall!) on peut faire mieux. Ou si on peut pas, il nous faut du moins essayer. Parce que sinon on aurait fini, et ça n’arrive jamais… et ainsi de suite ! »

Réclame

RUFF, le quatrième album de Born Ruffians, est paru chez Yep Roc Group.
Voir les photos de Born Ruffians au MaMA Event
Lire le report de Born Ruffians au Trabendo
Lire le report de Born Ruffians à la Maroquinerie


Remerciements : Estelle [La Mission] et Victoria [Cecile Legros]

Catégorie : A la une, Entretiens
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