Entretien avec James Vincent McMorrow

Touché en plein coeur par son premier album Early in the Morning, Le Transistor a longtemps regretté de n’avoir pu rencontrer le délicat James Vincent McMorrow. Heureusement, l’Irlandais est de retour avec Post Tropical, un deuxième album qui le révèle bien moins fragile qu’il ne l’avait laissé croire jusqu’à présent. Intrigué et sous le charme, Le Transistor s’est armé de ses plus belles références dublinoises pour amadouer le grand timide.

James Vincent McMorrow

Pour finalement découvrir un grand passionné ! Qui a décidé de remettre en question tout ce qu’il connaissait pour réaliser Post Tropical comme il l’entendait. « Je savais pas comment réaliser ces sons que j’avais en tête, donc le plus logique a été pour moi de les construire entièrement. »

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C’est à se demander si James Vincent McMorrow a jamais été à l’image de ce fragile Early in the Morning. « Mon premier album était très introspectif, plongé dans ses propres pensées, et en même temps j’essayais toujours de contextualiser : je me demandais où la musique irait, quelle serait son impact… (mais je pense pas être le seul !) Avec Post Tropical, j’ai voulu faire quelque chose que j’aurais moi-même envie d’écouter, qui me représenterait personnellement. » Ou alors une métamorphose s’est opérée au fil des années… « Early in the Morning, c’était moi, il y a trois ans. J’étais pas sûr de moi, encore dans l’expérimentation, mais limité par mes pensées. Je pense être une personne différente, un autre musicien désormais. Au cours des trois dernières années, tout a changé dans ma vie : c’est peut-être pour cette raison que cet album peut paraître plus solide que le précédent. »

Le succès d’Early in the Morning lui a permis de réunir des forces pour affronter le deuxième album. « C’était la première fois que je faisais un album, j’espérais juste réussir à le faire exister. Je n’avais aucune idée de si je pourrais un jour le jouer devant du monde, j’avais pas confiance en moi. La réponse du public qui m’a aidé, car l’engouement a été considérable ! C’est là qu’on réalise qu’on sait ce qu’on fait, qu’on connaît la direction à prendre. » Mais la gloire s’accompagne aussi d’obligations. « C’est aussi là que j’ai commencé à comprendre la responsabilité qu’impliquait le rôle de compositeur : ne pas se poser de question quant à la quantité de travail fournie et tenter de donner le meilleur de soi, sans se soucier de ce qui se passe dans notre tête. N’en avoir rien à faire, mais de manière positive, pour ne jamais se compromettre. Ca m’était égal de savoir où ma musique allait atterrir, tout ce que je savais c’est que j’aimais énormément ce que j’étais en train de faire. »

Cette responsabilité l’a réconforté sur la voie à suivre pour Post Tropical. « J’ai tout aimé, même les difficultés car il est compliqué et ambitieux. Et c’est ce que je suis venu faire ! Donc je me suis assis dans ma chambre, et je n’ai rien écarté, rien n’était ridicule ! Il y a même des choses sur l’album que j’ai dû créer parce qu’elles n’existaient pas. Par exemple, si je veux qu’une guitare sonne comme une guitare, pas de souci. Mais si je veux que la guitare sonne comme une harpe, je sais pas comment m’y prendre ! Donc il a fallu résoudre ces équations. » James Vincent McMorrow explique un peu sa recherche musicale. « J’ai fait venir des joueurs de cor, jusqu’à ce que je réalise que c’était pas du tout ce que j’avais en tête : j’avais envisagé le cor autrement, basé sur ce que j’écoute, donc c’est pas un joueur de cor, mais plutôt deux cent cornistes qu’il me fallait ! C’est pour ça que je me suis tourné vers le synthé, pour déformer le son du cor jusqu’à ce qu’il sonne comme l’idée que j’en avais. Parce qu’un vrai cor ne sonne pas comme le cor que j’entends dans ma tête. Même si c’est pas très logique… »

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C’est donc un producteur méticuleux, qui reste pourtant un grand rêveur. « J’ai réalisé le premier album sans moyens, sans opportunité aucune. Et en même temps, j’ai une notion assez romantique du musicien, que je n’ai aucune intention de perdre : j’ai toujours rêvé de faire un album, depuis tout petit, et pour moi ça signifiait aller dans un beau studio quelque part fabuleux, et y rester pour un mois. C’est pour ça que j’ai réalisé cet album dans ce studio au Texas : c’est les Portugal. The Man qui m’ont mis la puce à l’oreille. Et puis Beach House, les Yeah Yeah Yeahs … Tous en sont revenus enchantés ! »

Au passage, le songwriter le confirme : il n’y aucun sens à trouver dans ses paroles… « C’est la musique qui vient d’abord, ensuite j’aime écouter les mots, voir comment ils sonnent, et j’arrange mes paroles autour des chansons. Encore plus sur cet album, où les paroles sont réellement les dernières pièces du puzzle. Elles n’ont pas plus de place dans l’interprétation que le reste des éléments. Tout est à égalité dans cet album. Je peux aussi bien expliquer les batteries que n’importe quelle expression employée. » Pour autant, ses chansons ne sont pas dénuées de sens, au contraire. « Même le plus petit détail a son importance, si tu l’enlèves, tout s’écroule. Tout ce qui résonne pour moi c’est l’émotion, l’intention, et le son. Bien sûr, les paroles sont les plus évidentes, les gens arrivent mieux à les saisir, mais pour moi, chaque partie d’une chanson a quelque chose de magique. »

Et à ceux qui pourraient être choqués du tournant que prend Post Tropical. « C’est l’évolution qui veut le changement, et c’est ce chemin que doit suivre la musique. Celui qui ne risque rien, et se repose sur son succès : qu’il aille se faire foutre ! Je comprends pas l’intérêt d’appuyer sur répétition juste pour maintenir le succès ! Si tu n’es pas prêt à tout donner… » James Vincent McMorrow n’a pas de temps à perdre avec eux. « Personnellement, j’ai des ambitions musicales mais à d’autres niveaux aussi. Actuellement, je suis exactement là où j’ai envie d’être. Je me sens en contrôle de mes pouvoirs musicaux (rires.) Je me sens à l’aise avec ce que je peux faire, et je comprends mon processus pour la première fois ! En disant ça, je sais que j’en ai encore tellement à apprendre… »

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Au final, James Vincent McMorrow ne veut en aucun cas se résumer à une fonction, si ce n’est passionné. « Je suis un songwriter à la base, mais je suis aussi un producteur, et cet aspect-là est mis en valeur sur cet album. J’ai longtemps parlé de mon amour de The Neptunes, et Timberlake, des productions électronique et hip hop, mais à l’étape du premier album c’était trop tôt. Avec cet album, je voulais m’imposer en tant que producteur. » Encore une fois, il réalise avec Post Tropical un rêve d’enfance. « Quand j’étais petit, j’essayais déjà de comprendre comment ils trafiquaient leurs pistes… Et finalement c’est une combinaison ! Je sais ce que je fais maintenant, je sais comment je suis perçu, j’ai compris ma responsabilité, et je sais que tout ne repose pas sur ma voix. Je voulais tout simplement être à la hauteur des attentes, et de mes attentes. Parce que je suis un amoureux de musique, j’adore la bonne musique, et je voulais m’impressionner. »

Réclame

Post Tropical, le deuxième album de James Vincent McMorrow est paru chez Believe Recordings.
James Vincent McMorrow sera en concert le 20 février à la Gaîté Lyrique
Lire le live report de James Vincent McMorrow au Café de la Danse


Remerciements : Michele (Believe Recordings)

Catégorie : A la une, Entretiens
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