Entretien avec Electric Electric

Electric Electric c’est des Strasbourgeois qui oscillent entre la noise et la transe, pour une sorte de rock sale un peu hypnotique mais surtout dansant. Depuis la sortie de leur deuxième album, Discipline, ça commence à bouger pour eux puisqu’entre les Nuits Sonores et la Route du Rock, le Transistor les a croisés aux Eurockéennes de Belfort. Une belle étape pour faire un point au bord du lac de Malsaucy avec Vince, Eric et Vincent avant leur set au Club Loggia.

Electric Electric

Au loin on entend Airbourne faire son entrée sur la Grande Scène. Vince s’arrête net : « Je réagis par rapport à la musique : on parlait de Terminator, et c’est la musique du film là.
Eric : c’est leur intro ?
Vince : Oui, et c’est le moment où Arnold Schwarzenegger descend dans la lave en lançant Je reviendrai ! »

Electric Electric © Christophe Urbain

Electric Electric © Christophe Urbain

Depuis ses débuts, fin 2004, Electric Electric a beaucoup évolué. Eric raconte. « Au début on avait trois morceaux pour lesquels j’avais un kit de batterie un peu cheap, avec mes pédales au sol. Je faisais mes samples de guitare d’abord, et une fois que tous mes matériaux étaient dans mes pédales, je lançais les boucles et je me mettais à la batterie accompagner Vince. » A cette époque, leur musique était essentiellement rythmique. « C’est sûr que ça se sent dans mon jeu de guitare. J’ai vraiment commencé la batterie y a très longtemps, et la guitare c’était assez tard, vers mes 24 ans. J’ai pas eu du tout d’espèce de phase d’apprentissage, à travailler mes accords : j’ai pris une guitare et j’en ai joué comme une batterie. De manière hyper rythmique, en bouclant direct. Et ça s’est fait hyper naturellement pour moi. »

En 2008, le duo sort Sad Cities Handclappers : un premier album enregistré par Vincent, qui rejoint bientôt le groupe. « On est pas de ceux qui posons des annonces, la musique ça marche avec les copains. Qu’ils jouent bien ou pas, limite c’est pas un problème. » Son arrivée a tout chamboulé. « Une fois ce premier album enregistré, et c’est sûr qu’après les envies étaient différentes. Il était hors de question de refaire la même musique, mais surtout je pouvais pas concevoir mes riffs et la place de la guitare comme c’était avant l’arrivée de Vincent.
Vince : La métamorphose entre un duo et un trio se fait pas de manière évidente, y a un nouvel équilibre à trouver.
Eric : On a essayé de repenser le groupe autrement : en prenant en compte les nouveaux éléments et des envies de chacun d’entre nous. Il fallait trouver de la place, quoi. »

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Etant donné que Vincent a un studio, le groupe a le luxe de pouvoir laisser mûrir ses idées. « Avant de se lancer dans la création d’un disque, forcément pour moi c’est de l’ordre du fantasme. Des formes abstraites vers lesquelles on essaie de tendre… après on y arrive ou on y arrive pas, mais en tous cas y a quelque chose de la projection. Pour Discipline, on n’avait pas tous les morceaux bouclés dans notre local de répèt, qu’on va enregistrer sur une semaine, et mixer dans la foulée. » C’est ainsi que les Strasbourgeois ont mis quatre ans pour élaborer leur deuxième album. « Il y a des choses qui ont été montées en studio : on a vraiment pris le temps, on a tenté plein de choses différentes. Pendant tout ce temps-là, le disque se crée sous nos yeux. Et en parallèle, on partait faire des concerts, donc le processus de création était un peu coupé, il fallait s’y remettre. »

Electric Electric n’a pas pour habitude de se jeter sans filet en live. « Tant qu’on a pas l’impression de maîtriser le morceau, on est pas trop de ceux qui tentent des choses en concert. Faut vraiment qu’on soit en confiance par rapport au truc, il nous faut aller au bout d’une forme pour oser la présenter.
Vince : C’était plus le cas à l’époque quand on a commencé, parce qu’on était deux, et donc deux idées se confrontent, mais là c’est un autre univers, et on a fini par accepter qu’on pouvait plus fonctionner de cette façon-là. »
Vincent : Et puis on a vraiment envie de considérer le studio et le live comme deux entités différentes. L’idée reste de créer une esthétique propre au disque, pour une écoute propre au disque… parce que quelque part, le disque pourra jamais procurer ce que le live apporte. C’est vraiment deux fonctions différentes de la musique. »
Ce qui n’empêche pas de réserver des surprises pour les concerts. « Quand on avait sorti notre premier album, on s’était fait quelques concerts où on jouait qu’un seul morceau du disque : et on tenait 45 minutes avec une plage. »

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Mais la plus grande des surprises reste que sous toute cette noise et ce son rock bien sale, se cache une envie de pop. Surtout pour Eric. « C’est sûrement en réaction aux débuts du groupe, où c’était plus des formes que des mélodies. Mais dans cette période de création, on avait pas envie de faire un son juste bruitiste. Parce que je viens de là vraiment : mes premières sensations c’était sur du Joy Division. Avec des chansons te suivent pendant toute la vie.
Vincent : Mais en général, on essaie qu’il y ait une accroche, même si on parle pas de chanson couplet-refrain… y a plusieurs strates de réception de la musique. Il y a une dimension plus émotionnelle qui rejoint cette envie : ça se retrouve dans le choix des mélodies, par rapport au chant. »
Justement, le chant est presque fantomatique. « Il était pas question de visualiser un chanteur. C’était plus une utilisation de la voix comme un instrument. Avec une technique de répétition, une phrase en boucle : le chant vient juste appuyer l’esthétique.
Eric : Y a un bouquin de Gilbert Rouget, qui parle de la musique et la transe, et le mec t’explique qu’on peut pas entrer dans un état de transe sans qu’il y ait un affect, c’est pas simplement une répétition rythmique.
Vince : La voix un élément parmi d’autres. Et dans son traitement sonore du coup, elle est dans le mix ou à fleur de mix. C’est la musique qui va chercher la voix et pas l’inverse. »

Réclame

Discipline, le deuxième album de Electric Electric est paru chez Murailles Music.
Electric Electric seront en concert à la Route du Rock colelction été 2013.
Lire le live report d’Electric Electric au Eurockéennes


Remerciements : Ephelide

Catégorie : A la une, Entretiens
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2 réactions »

  • Route du Rock – Jour 1 | Le Transistor :

    […] Ces Strasbourgeois aiment bien malmener le public. Entre deux morceaux, personne ne sait quel virage ils vont prendre : gros rock percussif ou rythmes plus dansant. Parfois, lors d’une embardée, Electric Electric tente de mêler les deux éléments clé de leur son, mais quand la rythmique est plus recherchée, la noise se fait basique et quand la musique part en indus, la batterie se fait plus directe. Cela dit, ça n’empêche pas les slams ! Et pourtant, la voix semble vouloir plonger le public dans une torpeur, le noyer au fond des abysses, sans violence aucune. Lire l’interview de Electric Electric […]

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