Entretien avec Miami Horror

Miami Horror est un groupe qui nous vient de la lointaine Australie. Mixant des sonorités aux influences sixties et seventies, Benjamin Plant cherche à créer une musique intemporelle. Le Transistor a profité de son passage sur Paris pour rencontrer la nouvelle sensation electro-pop.

Miami Horror

A l’origine du groupe, il y a Benjamin Plant, qui s’est d’abord fait la main aux platines en soirées. « Je faisais le DJ dans les soirées et les clubs. Quand on a commencé, on acheté le matériel, mais on connaissait personne qui était DJ, on s’est lancés comme ça. Et donc on s’est retrouvé à animer beaucoup de soirées d’anniversaire. De mon côté, je m’amusais à bidouiller des remixes, donc j’ai ouvert une page MySpace – oui, ça fait vintage direct quand on dit ça ! Avec des potes, Game Boy Game Girl,  on a fait des titres pour se marrer. Et comme ils ont commencé à devenir populaires, on est partis en tournée avec eux. Ca m’a bien aidé. »


Son nom de scène, Miami Horror, Benjamin l’a choisi dans la précipitation. « Je n’en étais pas sûr. Je cherchais un nom de DJ, j’étais obligé d’en trouver un rapidement, si je voulais caler des dates. Et donc j’ai trouvé ce nom, mais deux semaines plus tard, il me plaisait plus. J’aimais pas le parallèle que ça créait avec Miami Vice…  Puis j’ai réalisé l’impact visuel de ce nom : il y a l’idée de contraste entre les paillettes de Miami et l’horreur. En lettres capitales, il a plus de poids, et les lettres doubles, ça fait preuve d’assurance. Ca apporte plein de sous-entendus, donc ça le rend complet. »

En 2008, Miami Horror sort son premier EP, Bravado. C’est à ce moment là que Benjamin décide de monter un groupe. « J’en avais marre de passer de la musique qui ne me plaisait pas… Et quand je passais de la musique que j’aimais, les gens ne voulaient pas l’écouter. Tout est parti de là… Le son des clubs à l’époque ne m’inspirait plus. Ca a commencé à devenir plus lourd, dans un délire très dense, genre Crookers, ou alors carrément minimaliste. Et moi, aucune de ces directions ne me tentait. Et puis, je voulais pas faire partie d’une mode : j’ai vu les modes se faire et se défaire. »

Sa musique a petit à petit évolué, ne correspondant plus à la dance des clubs. « On a tellement d’influences. Au pire, on peut nous enfermer dans la boîte indie electro-pop : avec Ariel Pink, Neon Indian, ou même MGMT…  C’est des groupes qui ont une touche DJ : ils ont bougé de la production au groupe, mais même s’ils continuent la production, c’est à part. » En montant un groupe, Benjamin voulait s’affranchir des styles de musique imposés. « En tant que DJ, tu obéis aux tendances, tu peux pas aller à contre-courant : ton but c’est de faire de l’argent, donc tu dois faire plaisir à ton public, et jouer ce qu’ils veulent entendre. En groupe, tu décides de ton son, tu es plus libre. Et tu peux évoluer, découvrir de nouvelles influences, moderniser ton son, tout en gardant des éléments de ce que tu faisais auparavant pour pas que les gens soient perdus. … »

Avec Miami Horror, Benjamin souhaite proposer une musique intemporelle. « Quand t’as 40 ans, t’as pas envie d’écouter du Bloody Beetroots, alors que parmi ceux qui écoutent John Lennon, tu en trouves de 20 ans comme de 50 ans. On a envie de faire des chansons qui traversent les âges, le plus possible, donc on essaie de pas répondre aux codes musicaux de notre époque. Genre les Bloody Beetroots, dans 10 ans, ça sonnera comme à cette ère musicale. On reconnait l’année en deux secondes : ils sont spécifiques d’un mouvement de dance. De toute façon, toute cette scène dance est trop abrasive, trop forte, trop noisy… »

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Pour Illumination, Benjamin a fait appel à des voix, notamment Mai, une chanteuse franco-suédoise, qui a participé à Echoplex. « Je cherchais ce type de voix, et mon manager l’a trouvée sur MySpace. C’était exactement l’accent et l’intonation que je voulais, et j’aimais son titre ‘Our Ghosts‘. J’ai commencé à passer son refrain sur ma chanson mais c’était pas dans la même tonalité. Donc je lui ai demandé de m’envoyer la prise voix, parce que je pensais que le souci venait de l’instrumental, comme ça on avait pas à composer une piste chant, on pouvait juste la coller sur ma chanson. » Tout s’est organisé virtuellement. « Finalement le beat posé sur ces accords a créé un tout autre sentiment, donc on l’a utilisé comme sample. Et en plus, on a demandé à Mai de nous rechanter la mélodie pour nous. On s’est rencontrés après, mais même sans l’alchimie physique, elle m’a donné exactement ce que j’avais en tête !  C’était extra ! »

Au début, Benjamin travaillait seul à la composition, et peu à peu, il a appris à ouvrir son ordi à des suggestions. « En plus, une fois arrivé au trois-quarts de l’album, j’écoutais d’autres styles de musique, donc on se retrouve devant de nouvelles portes ouvertes. C’est positif de travailler avec de nouvelles personnes, même si on a pas envie de se frotter à l’opinion des autres, on peut apprendre des choses au passage. Même si c’est pour apprendre que tu veux pas faire ce qu’on te recommande ! Parce qu’au moins, tu sais maintenant pourquoi tu veux pas le faire. » C’est un certain fatalisme qui l’a poussé à demander conseil. « De toute façon, on arrive jamais à sortir ce qu’on a exactement en tête. Un quelconque élément peut t’inspirer et t’envoyer sur une autre piste. Mais tu peux pas faire un album tout seul, y’a toujours un ingénieur qui t’aide à faire ressortir des idées… et puis tu virerais complètement barjo si tu t’enfermais pour faire l’album seul, sans respiration extérieure. » Il coupe alors court à la conversation : il a rendez-vous pour aller visiter la tombe de Jim Morrison au Père Lachaise.

Réclame

Illumination, le premier album de Miami Horror est sorti chez EMI
Report du concert de Miami Horror à la Flèche d’or
La chanson ‘Our Ghosts‘ de Mai en session pour P20RIS 2010


Remerciements : Damien (EMI)

Catégorie : Albums, Entretiens
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