Deportivo

Deportivo, le groupe qui a réveillé la scène française qui s’encroûtait, revient avec son troisième album : Ivres et Débutants. Le Transistor est parti rencontrer le trio qui a pas la langue dans sa poche dans leur local de répétition du Point FMR. Ils racontent leurs choix pour ce nouvel album, leur travail avec Gaëtan Roussel et abordent même la question de l’état de l’industrie de la musique.

Ivres et Débutant, le nouvel album est plus posé. « On est revenus dans notre local du Point FMR, on a commencé à refaire des chansons, mais elles ressemblaient beaucoup à ce qu’on avait fait sur les deux premiers albums. Ca nous a fait un peu chier, au fond. Donc on s’est dit qu’il fallait faire un peu différemment. » Et pour faire différemment, il suffit d’une impulsion. « Tu décrètes pas que tu vas faire un truc différent, c’est surtout qu’on en avait envie. »

Deportivo par Myqua

Deportivo par Myqua

A l’étape du troisième album, il était surtout question de casser les réflexes. « On est pas du tout pianistes, et on s’est retrouvés à jouer avec les claviers et ça nous a redonné ce côté un peu débutants… comme quand on commençait la guitare, on savait pas jouer, et on s’est démmerdé pour essayer d’inventer des chansons. » Ils ont aussi cherché une nouvelle manière de fonctionner au sein de leur trio. « Et puis là on s’est dit que ce qui pouvait être pas mal c’était que chacun s’essaye à d’autres instruments que le sien. On a fait des ateliers… genre j’essaie la batterie, je sais pas jouer mais je vais voir ce que ça donne. » Ils ont cherché à retrouver l’excitation des débuts. « C’était ce côté débutant qui est un peu exaltant, quand t’es content d’avoir trouvé un truc qui rend un peu à la batterie, alors qu’on y connaît rien. C’était l’idée, de redevenir débutant et de s’émerveiller de ce qu’on faisait. Les rôles étaient plus définis, chacun avait le droit de faire ce qu’il voulait. »

Ils ont réussi à envisager une autre approche de la scène, leur atout premier. « Avant on se demandait si ça allait avoir de l’énergie sur scène. Là on s’est dit peu importe les concerts, on envisage de faire un album. Ca faisait partie des trucs pour casser les réflexes. C’est pour ça que comme on peut pas se démultiplier, pour les concert, on a appelé des copains pour nous aider, comme Philippe Wampas. » Quand le groupe a un truc en tête, il ne fait pas les choses à moitié. « On aurait pu faire le chemin inverse, c’est-à-dire réadapter ce qui était sur l’album à trois, mais on s’est dit qu’il fallait aller au bout du truc, quitte à changer notre formule et à essayer de se surprendre un peu. »
Ce changement d’approche ne dénature pas pour autant leur musique. « L’idée c’est pas non plus de ramollir notre truc sous prétexte qu’il y a de la mélodie. C’est énergique… c’est notre manière de voir la scène, alors si on s’enlève ça, on s’fait un peu chier. Il faut pas qu’on le perde parce que c’est ce qu’on aime. » Et la base de Deportivo reste immuable. « On est devenus une sorte d’artiste solo à trois. Les artistes peuvent s’entourer de pleins de musiciens, ils changent leur formule… mais le groupe c’est nous trois, et tout ce qui y’a autour, c’est selon les envies. »

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La grosse surprise, c’est Gaëtan Roussel à la production. « Louise Attaque on les connaît bien, comme les Wampas donc ça fait bien 7 ans. Ca s’est fait comme ça. On a bouffé avec Gaëtan, il nous a proposé de faire l’album avec Marc Plati. D’habitude, on essayait de contrôler tout : ici l’idée, c’était aussi de lâcher un peu de lest et de voir ce qui pouvait se passer. » Cet apport leur a permis de s’ouvrir à d’autres possibilités. « Prendre quelqu’un pour mettre le nez dans ce qu’on faisait, c’était aussi un autre façon de changer les trucs. Il nous a donné envie de faire des trucs. Des trucs qu’on aurait dégagés, peut-être à tort. Là on s’est donné l’occasion d’aller plus loin sur une chanson, même si on en a viré plein… mais parfois on s’est surpris parce que ça marchait pas mal. »
Le leader de Louise Attaque a su rester discret. « Il était assez soucieux de pas vampiriser notre histoire. Et ça c’est respectable. Cela dit, c’est pas tant dans la composition qu’il est intervenu, c’était plus dans la manière de travailler, et dans des détails importants. Il a joué un rôle de réalisateur. »

Deportivo garde le cap d’une musique décomplexée. « Juste on est pas les meilleurs du monde et c’est pas grave, du moment qu’on fait des chansons sincères, on sera pas loin du compte. Depuis le début, on s’est dit on se lance, même si on est maladroit et qu’on sait pas bien jouer. On va essayer de faire en sorte que ça nous plaise. C’est l’idée de départ. Si on avait attendu de jouer aussi bien que Johnny Greenwood, le guitariste de Radiohead, on aurait rien fait. » Ils ont encore et toujours ce côté Punk. « On essaie de progresser pour gagner plus de liberté, mais on a jamais pris de cours. Notre but c’est pas d’être des bêtes de technique… tu vois des trucs géniaux mais au bout d’un moment tu te fais chier. Et puis y’a des trucs archi-simple, c’est des supers chansons. Trois accords, et tu kiffes, comme Souchon. Y’a moyen de faire de très bonnes chansons en étant pas très bons en musique. »

Leur approche de l’industrie reste tout aussi décomplexée que leur musique. « On a pas fait de la musique pour être connus, mais pour avoir une vie cool et pour être contents de faire ce qu’on fait. De toutes manières, c’est bâché, on gagne pas un rond et puis c’est comme ça. C’est ce qu’on s’est dit au début. » On remarque l’inscription « De toute façon, notre prochain album, si on en vend zéro ce sera déjà bien » gravé dans un coin de leur studio.
Le groupe reste lucide quant à l’industrie. Richard commente : « Cette histoire de te dire que tu vendras zéro disques, c’est une blague, tu peux pas le faire beaucoup de fois… et après tu fais plus d’album. »
Julien : « Chez Barclay ils ont une approche marketing de l’histoire… chacun a son rôle, nous on est là pour faire de la musique et eux pour vendre nos disques. »
Jérôme : « Aussi sympa soient-ils, ces mecs là sont là pour vendre ton album. Si tu vends pas d’albums, tu dégages. »
Richard : « On fonctionne d’une façon indé, mais on espère quand même toucher les gens… tu penses que ta musique elle est bien, donc t’as envie que les gens l’écoutent. »

Alors comment vendre des disques ? « Indochine a rempli le Stade de France en se foutant à poil. Donc on sait ce qu’il nous reste à faire. »

Réclame

Ivres et Débutants sera disponible le 7 mars chez Barclay.
Deportivo sera en concert le jeudi 3 mars à la Flèche d’Or, le 26 mars à la Clé St Germain, le 9 avril à l’Empreinte, le 26 mai au Trianon. Et en festival : en mars au Festival De La Meuh Folle, en avril au Festival Mythos, en mai aux Nuit Botanique, en juin au Festiv’Aluna (pour l’instant)


Remerciements : Pauline (Barclay)

Catégorie : A la une, Entretiens
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