Skunk Anansie

Après trois albums au succès retentissant, Skunk Anansie décida subitement de mettre le groupe en pause. Neuf ans plus tard, le label publie une compilation, rien que de très normal. Sauf que sur ce Smashes & Trashes apparaîssent trois nouvelles chansons, signe que le groupe est prêt à recomposer ensemble. Un an plus tard, paraît Wonderlustre qui confirme que Skunk Anansie est bel et bien de retour !

Ce nouvel album est-il une pause dans les carrières solo ou ou la fin de la pause du groupe ? Skin est claire : « Skunk Anansie est redevenu un groupe pour de bon ; ce qui n’empêche pas les projets parallèles. Pendant les neuf ans de séparation, on a fait des trucs intéressants, que ce soit dans le solidaire ou dans l’enseignement, et on a adoré les nouveaux chemins qu’on a emprunté. Mais on peut les mener de front avec Skunk Anansie. » Cass explique pourquoi le groupe en est venu à se séparer en 2001: « Lors des tournées, on n’avait pas prévu assez de temps pour dormir ou même se reposer : notre planning était truffé de concerts, interviews, passages télés… et après sept ans à ce rythme là, tout le monde était épuisé. On aurait été menés droit dans le mur, par le label, les attachés de presse… le monde nous réclamait et nous on disait jamais non.
Et c’est là qu’on a réalisé qu’on avait arrêté d’interagir au sein du groupe. On s’est pas engueulé, on s’est pas brouillé, mais on se sentait plus concernés, on en avait plus rien à faire les uns des autres parce qu’on était trop crevés. Parce qu’on se voyait sans arrêt, on avait plus à faire d’effort les uns envers les autres, et on avait plus envie d’en faire parce qu’on n’en pouvait plus, on était crevé ! C’est pour ça qu’on a décidé de faire une pause. Certains l’ont pris comme un break permanent, mais moi je savais qu’on n’avait pas fini, qu’on allait forcément revenir. On avait un nouvel album en préparation mais à cause de notre état d’esprit et de notre fatigue avancée, ça n’aurait pas été un bon album. »

D’après Cass, l’industrie de la musique est aussi à blâmer pour cette séparation. « On a été victime de ces labels avides d’argent, avec tout cet argent qui passait de mains en mains… sauf qu’on en voyait jamais la couleur. C’était dégoutant. Maintenant, dans un sens, c’est limite mieux ; on se fait avoir par des gens qui prennent notre musique gratuitement. Je suis pas d’accord avec la pratique, mais si quelqu’un doit se servir sur mon dos, je préfère que ce soit un passionné de musique plutôt qu’un gros dégueulasse derrière un bureau, qui n’en a rien à faire. Au mois que ce soit une personne qui aime ma musique. »
Mais c’est aussi le label qui a été le déclic pour la reformation. « En fait en 2008 on s’est réunis en secret : on voulait pas laisser le label faire cette compilation sans nous. On a voulu y ajouter une réelle valeur en composant trois nouvelles chanson. On savait qu’on allait revenir, et de cette manière, on voulait le faire savoir au monde. On s’est posé tous les quatre pour écrire et on s’est retrouvés avec 12 chansons, dont quatre qui était particulièrement bien. On a pris celles qu’on aimé pour le Smashes & Trashes. C’est là qu’on a réalisé qu’on arrivait toujours à travailler ensemble, qu’on avait de bonnes vibrations entre nous. C’est là qu’on s’est dit qu’il allait falloir faire un nouvel album très prochainement. Et en janvier 2010 on a refait une session de composition. »

Le titre de l’album, Wonderlustre, décrit justement cette alchimie. Ca vient de Wanderlust qui signifie la passion de voyager -mais on le prononce à notre manière. Ca nous évoque toutes les tournées qu’on a faites ensemble, même si c’est cette passion du voyage qui nous a forcé à faire un break … Mais c’était une bonne manière de décrire l’alchimie et l’électricité qui nous unit au sein du groupe. Quand on s’est retrouvés pour la première fois après neuf ans tous les quatre dans une pièce, les vibrations d’amour, la joie, les rires étaient tellement spéciaux qu’on cherchait de trouver un moment pour englober cette magie. Et Wonderlustre s’est imposé.
YouTube Preview Image Skunk Anansie affirme avoir beaucoup changé en neuf ans. « On est plus dans les années 90. Ca sert à rien de copier ce qu’on a fait y’a vingt ans, on l’a déjà fait. Si on refait la même chose, ça prouve qu’on a pas évolué. Et quand tu arrêtes d’évoluer, tu commence à mourir. L’album est plus doux, mais je pense que l’aspect politique est plus subtil. Ca aurait été hypocrite que de mettre des chansons engagées juste pour faire ce que les gens attendent de nous. » Skin conclue brillamment : « A un moment tu te dis que tu dois prendre des risques, sauter de la falaise et faire un truc différent. Mais on est toujours Skunk  Anansie, on a toujours le son Skunk, parce que l’entité de ce son, c’est la synergie entre nous quatre. »

Skunk Anansie rejette d’ailleurs l’étiquette politique du groupe. « C’est qui est drôle, c’est qu’on nous décrit comme un groupe agressif, mais au bout du compte, nos hits ont été Hedonism et Secretly. Tout le monde nous voit comme un groupe engagé, mais on a plus de facettes. C’est juste que les chansons engagées qu’on a écrites par le passé étaient vraiment géniales, donc elles ont irradié les autres chansons. Mais quand on regarde, on a qu’une ou deux chansons engagées par album, et on choisit les chansons pour leur qualité, pas pour un contenu qui maintiendrait l’illusion Skunk Anansie.
De toute façon, on a pas besoin de se justifier, on reste engagés dans notre quotidien, sur le travail caritatif qu’on effectue à titre personnel. On est pas des politiciens, on est des musiciens, des artistes. Ce n’est pas notre boulot que de faire la morale, on parle de nous-mêmes, de comment nous sommes affectés par notre environnement. »

N’y aurait-il plus de place pour la provocation en 2010 ? « La Provocation est toujours de mise… mais ça passe pas à la radio ! Il y a beaucoup d’artistes qui font de la provocation, mais il faut être honnête, Skunk Anansie ne peut pas continuer à être engagé juste pour faire plaisir aux autres. Mais maintenant, on est des adultes, on exprime nos sentiments de manière différente et un adulte qui claque la porte comme un adolescent c’est ridicule. On est plus des enfants, on a nos propres enfants. Devenir adulte, c’est génial parce que maintenant on a acquis de la sagesse qu’on peut partager avec les gens.
En fin de compte, être dans un groupe, c’est comme prendre de la drogue. Quand tu prends de la drogue, ta maturité stagne, et tu arrête de grandir. T’as beau avoir 60 ans, si tu continues à te droguer, t’as toujours 21 ans de mentalité. Et être dans un groupe, c’est comme une enfance éternelle, comme une adolescence prolongée. Si tu fais pas gaffe, tu ne grandis plus, tu n’essaies pas de définir ta propre personnalité, et tu ne te permets pas de te développer. Ce break, qui devait durer cinq ans, a été nécessaire parce qu’on pouvait plus continuer à faire la même chose. Aucun de nous ne s’est posé dans un coin à se morfondre de la mise en pause du groupe, on a tous avancé. C’est un processus naturel. »


Remerciements : Rick [V2 Benelux] et Melissa Promotion

Catégorie : Entretiens
Artiste(s) :

3 réactions »

  • zikomagnes :

    Interview de Skin et Cass @le_transistor [Article] Entretien avec Skunk Anansie – http://www.letransistor.com/3120-entreti

  • Eurocks 2013 - Jour 4 - Le Transistor | Le Transistor :

    […] La batterie se fait entendre en premier, mais Skin le rattrape bien rapidement. La scène se transforme en ring, sur lequel la boxeuse cherche à s’imposer face à la double grosse caisse de Cass. Tout le concert, la chanteuse, qui approche des 45 ans, saute partout, en permanence, sans arrêt. En combinaison moulante transparente, elle semble chercher à faire oublier les années : non Skunk Anansie n’a pas splitté, non les nouveaux albums ne sont pas qu’un prétexte pour tourner. Mais à force de faire sa gym en levant ses chaussures argentées bien haut, sa voix n’arrive pas à suivre. Elle s’efforce, s’époumone, mais arrive plus qu’essoufflée à attraper ses notes. Certes, le groupe donne de ses tripes, ne relâche pas le public d’un seul sourcil, mais si l’attention retombe, c’est parce que même si la performance est époustouflante, les compositions ne suivent pas. C’est la nostalgie qui attire la foule, et même si au détour d’une quête de ‘Hedonism (just because you feel good)’ on redécouvre un ‘Yes It’s Fucking Political’ ou un ‘Charlie Big Potatoe’, c’est qu’on en avait pas gardé un souvenir impérissable. Lire l’interview de Skunk Anansie […]

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