Entretien avec Usé

Usé c’est le dernier projet en date de Nicolas Belvalette, que l’on connaît notamment via Headwar et Les Morts Vont Bien (entre autres, parce que cet artiste n’est jamais à court d’idées). Avec ce projet entièrement solo sur scène, Nico avait marqué les esprits à La Route du Rock, pour la sortie de son premier album Chien d’la casse. Il revient avec un nouvel album, Selflic. Le Transistor en a donc profité pour le rencontrer au Point Ephémère, pour parler Seaworld, politique et policiers.

Usé

Pour décrire les projets artistiques de Usé, c’est simple, c’est du nuke.“Bon d’accord, c’est une blague, genre un mélange de grunge punk reebook nike… C’est juste histoire de mettre un nom sur une scène musicale, parce que notre style brasse electro, punk ou indus, sans oublier les chansons d’amour. Donc tu trouves un nom.”

Pour le projet Usé, Nicolas Belvalette est tout seul, par choix artistique.“J’ai essayé un projet solo, point barre. Un truc simple. Ensuite, oui c’est plus peinard pour les tourneurs, parce que ça coûte moins cher aux salles, mais pour moi c’est pas dit que ce soit plus relax… Déjà Headwar c’était hyper fatiguant, mais Usé c’est du sport.” Mais pour Selflic, son deuxième album, il a relâché les rennes. “ Le nouveau a un son un peu plus propre on va dire. J’ai pas travaillé le son, j’ai laissé faire Vincent Gregorio, qui bosse aussi avec Jessica93. Sur le premier album, j’avais mixé le truc seul et Seb Normal m’avait enregistré les batteries en une heure de temps, on avait tout fait d’une seule traite. Et après j’ai rebossé le tout, avec parfois deux enregistrements différents. Je me suis peut-être emmelé les pinceaux, mais j’aimais bien le son quand même.”

Ce nouvel album, Selflic, paraît plus noir. “C’est l’impression donnée par le titre ‘Danser un slow avec un flic’. Avec la pochette, ça fait un peu album à thème. Mais en fait, la plupart des titres ont été faits bien avant. J’aurais même pu les mettre sur Chien d’la casse, mais je le sentais pas encore. Ils étaient pas totalement finis, donc je les ai retravaillés et mieux enregistrés. J’ai changé des paroles… ” De base, Usé aime l’humour noir, à faire croire aux gens qu’il a été victime d’un accident à Seaworld. “C’était une pure connerie. J’avais balancé que m’être fait bouffer par un orque, ça m’avait totalement changé la vie. En même temps, c’est vrai qu’il m’est arrivé plein de couilles : j’ai failli mourir deux fois. Genre on nous a roulé dessus en dormant sous tente en festival, c’était quand même bien bourrin.”

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Nouvel album, nouveau challenge : Usé a décidé d’écrire des paroles sur toutes les chansons. “C’est pas super bien écrit, c’est pas la révolution. Mais l’important c’est la musique. C’est ce qui m’intéresse le plus. Si je faisais que de la musique, je serais totalement satisfait, mais l’idée c’est d’essayer d’écrire des paroles. Et clairement, je suis plus à l’aise à écrire sur des slows. Je trouve ça plus simple que sur des morceaux rythmiques. Tu sens que tu peux placer plein de paroles…”

Contrairement aux apparences, Selflic n’est pas mué par une haine anti-policier. “C’est pas un morceau engagé. J’ai pas clashé les flics, mais j’ai pas non plus dit qu’ils étaient cools. Chacun peut le prendre comme il veut. Souvent on me balance que ça ressemble à ‘Embrasser un flic’ de Renaud, alors que moi je dirais plutôt embraser un flic dans une Renault ! Par rapport à ce qu’il y a eu pendant les manifestations, avec les flics qui ont failli crever dans une voiture qui avait brûlé.” L’idée est de retranscrire une ambiance de manifestation. “C’est plus l’idée d’une confrontation. C’est plus cinématographique qu’engagé. Dans une manifestation, comment tu peux savoir qui sont les méchants, entre les Black Blocs et les policiers ? On sait très bien que derrière leurs costumes, les gens sont humains, ils ont des familles. C’est pas satan non plus. Il faut pas faire des généralités, ils sont pas tous fachos ! C’est pour ça que je préfère pas prendre parti, et voir ça comme un court-métrage.”

Impliqué dans la vie culturelle d’Amiens, l’artiste s’occupe d’une salle de concert auto-gérée. “On fait pas chier, on demande aucune subvention. Du coup ils nous laissent tranquille, ils font comme si on existait pas. Alors qu’en vrai le maire est responsable de tout lieu public. Il faudrait négocier avec eux pour mettre le truc aux normes, c’est un bordel monstre ! Mais ils savent que s’ils ferment cette salle, ça fout une merde incroyable.” Avec une dizaine de personnes, Nicolas Belvalette propose une culture musicale alternative. “Tout le monde est programmateur : quand tu programmes, tu montes ton équipe pour ta soirée, tu organises le son, le bar… Et quand tu pars en vacances, tu sais que les autres qui peuvent gérer. Mais ça marche aussi parce que c’est une bande de potes, on se fait confiance.”

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En prime, Nicolas Belvalette est la tête de liste du parti sans cible. “C’est un boulot de ouf, un putain de travail administratif ! Pendant la campagne des municipales 2014, j’étais candidat, et j’ai eu quelques problèmes, à l’issue de quoi, on m’a coupé le RSA, je l’ai d’ailleurs jamais récupéré. J’ai commencé à me faire des cachets, en bossant avec Born Bad, mais là mon intermittence s’est arrêtée, et je touche plus rien, aucune aide. Je vis avec mes disques. Je suis vraiment presque à zéro. C’est juste chiant.” Pourtant, il envisage de se représenter. “Ça a quand même beaucoup rassemblé de gens, ce Parti sans cible. On a prévu de se représenter si on nous fait chier, mais sinon, on en voit pas la nécessité si ça roule. Moi j’attends que Ruffin se présente à Amiens !”

Pour le public des Rock en Seine et La Route du Rock c’est une surprise de voir programmés ces groupes issus d’une scène alternative comme Jessica93 ou Usé. “C’est des plans de tourneur, quand tu signes avec tel ou tel label. En vrai, ça faisait plus de 15 ans qu’on tournait et on allait plutôt à La Ferme Electrique, ou dans des bars, des squats. Ca peut choquer, parce que d’un coup on débarque dans un truc un peu grandiose, on a pas l’habitude ! Mais bon, au moins ça change.” Ce changement d’habitudes n’est pas du goût de tout le monde. “Certains vont te cracher dessus, justement dans la scène underground, genre on est des vendus… Et ben, c’est le cas hein ! Mais pourquoi rester tout le temps dans le même milieu, ça fait du bien aussi de découvrir une autre organisation. Le tout c’est pas d’oublier la scène d’où tu viens.”

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Mais Usé n’a pas attendu d’être chez Born Bad pour tourner.“Avec Headwar, il y avait même des Smacs qui commencaient à nous programmer. Et on faisait quelques grosses scènes, des gros festoches, même si c’était pas tout le temps. Maintenant, le fait que ce soit quelqu’un d’autre qui se charge du booking, ça fait du bien, ça repose un peu. Et pour la première fois, j’ai pas tout enregistré moi-même ! Ca soulage, en fait.” Ce statut d’artiste signé chez un label (de qualité) lui apporte un certain confort. “Pendant plus de 15 ans tu te charges de tout, au bout d’un moment t’as des cernes. C’est quand même du taf. Et là, t’as du temps pour faire de la musique. Mais bon, j’ai pas envie de rester tout le temps chez un tourneur ou de bosser avec JB [Wizz, patron du label Born Bad]. J’aimerais bien aussi refaire des trucs comme on faisait avant. Ca me plaisait bien, et j’ai pas envie de me bloquer.”

Réclame

Selflic, le deuxième album de Usé, est paru chez Born Bad Records
Voir les prochains concert de Usé


Remerciements : Clarisse Vallée

Catégorie : A la une, Entretiens
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