Entretien avec Washed Out

Après près de quatre ans d’absence, Washed Out a enfin sorti son troisième album. Celui qui s’est fait connaître en partie grâce au générique de la série Portlandia entame un nouveau chapitre de sa vie : fini la chillwave, fini le label Sub Pop, Ernest Greene présente l’ironique Mister Mellow. Aux Trans Musicales de Rennes, Le Transistor a rencontré l’artiste pour une discussion à l’image de son album : légère mais sincère.

Washed Out

Car si ce Mister Mellow est ironique, Washed Out ne pourra jamais dissimuler ses sentiment. “Malheureusement, il m’est difficile de parler de n’importe quoi d’autre que ce que je vis, ce que je ressens, mes idées se glissent naturellement dans la musique.”

Ce nouveau projet, plus léger, n’est clairement pas dans les habitudes d’Ernest Greene. “La majorité de mon travail, par le passé, était tellement sincère… En tant que fan de musique, j’ai constamment envie d’essayer de nouvelles choses, d’incorporer de nouvelles influences. J’aime pas réutiliser d’anciennes techniques. Je suis excité par la carrière de Radiohead, même si je suis pas conquis par tout ce qu’ils font, je respecte le fait qu’ils embrassent les défis. Donc ce Mister Mellow est une nouvelle étape, dans une nouvelle direction. ”

Pour Mister Mellow, Washed Out a voulu avant tout prendre son temps. “C’était très important. Mes albums précédents ont tous été précipités, il a fallu faire des compromis. C’était pas de la pression du label, mais plutôt parce qu’on me proposait constamment de faire des concerts, avec ce besoin d’être toujours visible, sortir des singles. Et du coup, j’avais toujours cette sensation que j’aurais pu changer des détails… Là, je n’ai aucun regrets, ce qui est agréable.” Néanmoins, Ernest Greene avait peur que la mode ait changé entre temps. “J’arrivais pas à chasser cette idée de la tête. Et en même temps, j’avais l’impression que pour les derniers albums, j’avais essayé de me mettre à la place de mes fans. Je sais pas si c’est l’approche la plus saine… C’est comme si la musique était un produit ! Et je suis arrivé à un point où, si je dois passer trois ans à bosser sur un projet, je veux être sûr que ce sera quelque chose dont je serai fier. L’espoir c’est que tout le monde, fan ou non, suive le mouvement.”

Washed Out avait ce besoin d’accepter le chaos, afin d’avancer sur le plan de l’expérimentation. “Chaque chanson a tellement de couches avec beaucoup de sons en fond : c’est ce que j’entends par chaos. C’est un peu l’image de ce monde, où on ne fait jamais une seule chose à la fois. Il y a toujours des tâches en arrière-plan, même quand on marche dans la rue, on est constamment bombardé. Cette sensation d’être dépassé, cette surcharge sensorielle… Il y a tellement d’informations que l’on ne peut plus en écouter aucune !”
Et au final, Mister Mellow est, d’après Ernest Greene, une comédie. “Tout est à prendre comme une grosse blague ! Il y a bien des aperçus de sincérité et de vraies émotions mais la plupart du temps c’est de la moquerie. Tout ce que j’ai fait auparavant a toujours été très sincère. Mais c’est aussi peut-être le résultat de l’âge, le fait de vieillir, je commence peut-être à être blasé… et ça ressort de plus en plus.”

Le thème de prédilection de ce nouvel album, c’est l’âge. “L’idée de se sentir plus vieux, et moins connecté à sa propre jeunesse, avec l’idée que les jours heureux sont finis ! Je me sens largué par rapport à la culture des jeunes de maintenant… Sauf que plus j’adoptais une attitude décalée par rapport à la mode actuelle, mieux ça marchait. Et c’était assez marrant d’écrire de cette manière, de faire des blagues, même absurdes.” Ernest Greene a choisi de se moquer, mais surtout de lui-même. “J’ai eu l’impression de tomber dans une habitude de vieux à travailler de 9h à 17h, comme un employé de bureau. Certes c’était génial, parce que j’étais plus productif que jamais, mais j’avais perdu de la spontanéité ! Or, c’est ce qui apporte l’innocence, à mes yeux la principale qualité de la jeunesse. Donc j’ai choisi de faire de le tourner en dérision. On peut soit s’en sentir déprimé, soit prendre le parti d’en rire.”

Washed Out s’est tout de même foutu la pression, à sortir un clip par chanson. “Chaque vidéo a été créée par un artiste différent. C’était beaucoup de boulot, mais j’avais l’impression que les vidéos intensifiaient l’expérience. J’ai cherché des artistes un côté fait main, mais aussi ce sens de l’humour qui était tellement important pour le ton de l’album. Mais effectivement ça s’est avéré beaucoup plus ambitieux que ce que j’avais imaginé, et ça m’a pris trois ans pour tout boucler.” Dans les artistes, on retrouve Winston Hacking, qui a oeuvré pour Andy Shauf et Flying Lotus. “J’adore le dernier album d’Andy Shauf (lire l’interview), et de cet artiste qui a fait quelques uns de ses vidéo clips. Ils sont vraiment incroyables ! Ses collages m’ont paru tellement proche de ma manière de travailler la musique : parce que Mister Mellow a été assemblé par sample. C’est prendre des petits bouts et les coller ensemble. En dehors de cette similitude, il avait aussi ce sens de l’humour qui ressort dans son travail. ”

Pour cet tournée, Washed Out a cherché avant tout à se préserver. “Je pense pas faire autant de concerts que la dernière fois. Les tournées, le show, la production du live, c’est assez intense. C’est plus difficile de ficeler de longues tournées parce que c’est cher. Alors il y a pas mal de restrictions, mais pour moi c’est la meilleure version des concerts de Washed Out : les éléments visuels rendent l’expérience plus immersive. Donc pour moi on est sur la bonne voie.” Le mot d’ordre de cet album c’est de lâcher prise. “C’est peut-être l’âge, mais je tiens pas aussi bien qu’avant. Avant quand on jouait en Amérique Latine, on passait à 3h du matin ! Et dans la foulée, on courait attraper un avion donc on avait pas le temps de dormir. Donc ça me va de moins tourner. Maintenant j’ai une famille, j’ai un jeune fils. C’est difficile d’être loin.”


Remerciements : Delphine [ATM]

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