Entretien avec A.S. Fanning à SxSW

Au festival South By SouthWest, Le Transistor est tombé sur AS Fanning, un Irlandais aux ballades narratives dans le style de Nick Cave. Alors certes c’était bien la peine d’aller jusqu’à Austin pour rencontrer un artiste européen, mais c’est pas tous les jours qu’on rencontre un musicien qui vient de déménager à Berlin, monter son label et se lancer en solo, tout en gérant la production du premier album de Candice Gordon – accessoirement co-fondatrice de Proper Octopus Records.

A.S. Fanning

En bon Irlandais, son premier concert, A.S. Fanning l’a donné dans un pub à Sligo, à l’âge de 12 ans. “On était trop jeunes, on avait pas le droit de rentrer dans les pubs, et donc encore moins d’y jouer. Mais à Sligo, ils sont moins strictes.”

Ce tout premier souvenir musical, c‘était avec Dan, son meilleur ami. “On a grandi dans la même rue. On est nés à deux semaines d’intervalle, nos parents étaient amis, on a commencé la guitare à 10 ans, et puis on a commencé à faire des concerts deux ans plus tard. Depuis on a toujours joué ensemble, dans des groupes de reprise, ou peu importe. A 12 ans, on avait quelques compos, mais c’était assez terrible. Sinon on faisait des reprises de Chuck Berry, je sais pas si on était très bons…” Dan et Stephen ont toujours joué ensemble, jusqu’au déménagement à Berlin. “Tout s’est fait de manière assez chaotique. Les potes de mon ancien groupe The Last Tycoons venaient me rendre visite, mais de toute façon, on tournait surtout en Allemagne à cette époque. C’était une période un peu bizarre, comme un entre-deux. Finalement le deuxième album ne s’est jamais fait, c’était trop compliqué de vivre dans des pays différents. Ca demandait trop d’efforts de continuer, même après 8 ans.”

Ce jeune Irlandais qui a passé toute sa vie à Dublin, ne supportait plus la ville. “Quand j’y retourne maintenant, je comprends le charme que les gens lui trouvent, mais c’est différent, parce que je me sens presque comme un touriste. Je vais dans les pubs que j’aime, je retrouve des amis. Donc oui, on a une perspective différente après être parti, ou même quand on prend la décision de partir. C’est dans les derniers mois que j’ai commencé à la regarder différemment.” Dan et A.S. Fanning jouent encore ensemble parfois. “Il a même fait des prises pour mon premier album. C’est sympa de faire des trucs tous les deux. C’est plus dur en fait quand on est seul… Le fait d’être le seul à prendre les décisions, c’est pas forcément évident, il n’y a personne pour te pousser, ou au contraire pour te dire que ce que tu fais est une très mauvaise idée.”

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En matière de nouvelles idée, A.S. Fanning a même été tenté de prendre une direction purement electro. “Ce qui est sûr c’est qu’avant on n’avait pas ces influences, alors qu’effectivement à Berlin, tout est electro. Naturellement je m’y suis un peu intéressé et c’est cool, je peux travailler tout seul, à m’amuser avec un ordinateur. Donc à un moment, beaucoup de mes chansons ont eu une version électronique ! Mais j’ai réalisé que je n’étais pas assez expérimenté en tant que producteur. J’ai encore le temps d’apprendre la production. Mais un jour je jouerai au Berghain ! ” (rires)

En attendant, A.S. Fanning a monté son label Proper Octopus Records avec sa copine Candice Gordon. “On travaille sans arrêt sur le projet tous les deux. Mais aussi sur sa musique, j’ai produit son album. C’est différent de ce que je fais, son approche est plus dans la puissance, il y a plus de batterie. On l’a enregistré à trois dans une pièce, en live, avec une batterie. Alors que moi, je construis les chansons autour de la guitare acoustique, et le chant reste très minimal. Je cherche l’intensité dans mon travail, mais ça repose sur aussi peu d’éléments que possible.” Après la parution du premier album de Candice Gordon, le label s’occupera celui d’A.S. Fanning. “J’ai sorti le morceau ‘Carmelita’ à la fin de l’année 2015, parce que je l’avais fini. Faire des concerts sans aucune musique, c’est compliqué : il faut des choses à montrer aux spectateurs comme aux programmateurs. J’ai donc décidé de le sortir et de continuer à bosser sur l’album mais ça a pris plus de temps que je ne le pensais. Cela dit, j’ai tout un autre album de prêt. Donc j’ai hâte d’avoir fini celui-là, pour me plonger dans le deuxième.”

Le premier single de A.S. Fanning, ‘Carmelita’ est une chanson sur Dublin – et ses problèmes de drogues. “J’ai écrit cette chanson par une belle journée ensoleillée au nord de Dublin, un quartier qui a une mauvaise réputation, même s’il est assez agréable. En fait, pour aller de mon appart au centre ville, on passe par des endroits assez dangereux, avec les junkies dans la rue à s’interpeler, se crier dessus, se balancer des trucs. Clairement, s’il fait beau, il est impossible de trouver où se poser, tout est pris par les drogués, c’est assez grave.”

Pour financer leur label, Candice Gordon et A.S. Fanning ont fait une campagne de crowdfunding. “La réponse a été encourageante, on a eu pas mal de pré-commandes pour l’album. Ce qui veut dire que beaucoup de monde est intéressé, avant même que ce soit fini. C’est assez génial le crowdfunding, parce qu’il y a tellement peu d’argent dans l’industrie de la musique, et bien entendu les labels ne donnent d’argent à personne, les avances ça n’existe plus.” Pour Proper Octopus Records, c’est une bonne manière d’obtenir des fonds rapidement, et de faire de la pub. “En quelques semaines, Candice a récupéré 6000€. Alors que si elle avait signé avec un label indépendant, elle n’aurait jamais obtenu autant de fonds, personne n’aurait pris un tel pari. Là, non seulement on peut le faire nous-mêmes, mais en plus, ça signifie qu’on trouve suffisamment d’intérêt à notre musique pour générer ces sommes. Et en plus au passage, ça fait parler de ta musique.”

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Pour finir, A.S. Fanning nous parle de son expérience SxSW. “Je savais un peu à quoi m’attendre : je jouais de la basse pour The Mighty Stef, qui est passé deux fois à SxSW. C’était fou, on faisait 3 concerts par jour, à charger nous-mêmes le matos à chaque fois.. Mais c’est une bonne opportunité. J’ai beau savoir à quel point c’est dur, et combien de milliers de groupes jouent en même temps… C’est agréable de venir pour jouer et rencontrer des gens. Bien sûr on espère aussi décrocher quelques dates aux Etats-Unis au passage.”




Catégorie : A la une, Entretiens
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