Entretien avec Ornette

Ca fait déjà quelques années qu’on suit le parcours de Bettina Kee, aka Ornette, une blonde – ou rose suivant l’humeur – qui a le don des mélodies simples mais directes. En 2011 elle sortait son premier album, Crazy, bardé de couleurs. Après quelques années de silence, elle revenait avec un nouvel EP, dont le titre annonçait (justement) la couleur : ‘Go Ahead’. A l’annonce d’un nouvel titre, ‘Take Your Time‘, pour cette année, Le Transistor s’est posé avec Ornette pour parler free jazz, Fink, et idées toutes plus farfelues les unes que les autres.

Ornette

Ornette nous surprend toujours… et pour cause, elle même ne se comprend pas forcément. “Quand j’entends les productions actuelles, en pop il y a des tonnes de synthé, ce qui est cool, mais moi j’aime bien quand c’est hyper simple. Je vois bien que je suis pas du tout dans le ton et je me dis que je suis un ovni complètement total.”

Ornette cherche d’où lui vient cette pensée à contre-courant des tendances. “Quand j’arrive dans mon studio, si jamais j’ai chargé un peu, j’ai envie de tout enlever. Sur les morceaux de pop ou de hip-hop qui vont me rendre complètement zinzin il n’y a quasiment rien. C’est peut-être parce que j’ai découvert cette voix tard, que j’ai envie de l’entendre…“ Bettina Kee ne s’est révélée au chant que sur le tard. “En 2009, un pote m’appelle : il y a un désistement à la Flèche d’Or, viens chanter tes chansons, il n’y aura personne. Effectivement il y avait 10 personnes, dont mon père, ma mère, ma meilleure amie et mon mec. Je me suis dit : si les gens parlent, je les accompagne, et s’ils ont envie d’écouter, c’est très bien aussi. Comme en plus j’étais en tournée avec des gros chanteurs comme Arthur H, j’étais dans un confort de musicienne claviériste, donc je savais ce que je valais sur scène.”

Après des années au conservatoire, Bettina Kee s’était surtout amusée en jazz. “Je faisais de la musique improvisée, assez free et tranquille – même si pas évident pour la plupart de mes copains, qui venaient dans les caves m’écouter jouer de la dissonance pure. C’est sûr, à faire que des trucs conceptuels, il y a une partie de moi que j’avais mise de côté. Mais inconsciemment, parce que dans la musique improvisée, c’est vraiment épanouissant : on est à l’écoute de ce que les autres jouent, on est en train de vivre pleinement la musique. Il y a un peu cette même instantanéité que quand on chante.” Pour garder cette spontanéité, Ornette ne voulait jouer que dans les bars. “Je voulais être dans un rapport très simple, direct avec le public. N’étant pas chanteuse de formation, avec mes années d’études en musique, je savais que je maitrisais pas ma voix. Alors qu’en fait les musiciens que j’aime sont autodidactes ! Et puis il y a eu la proposition du label Discographe, que je ne pouvais pas non plus refuser. Mais par rapport à la liberté des tout premiers trucs que j’avais faits, je me suis retrouvée dans un fonctionnement très compliqué.”

Avant de signer, Ornette avait l’habitude de bricoler toutes les idées qui lui passaient par la tête. “Des fois le manque de moyens est un peu frustrant, mais si t’as pas peur de suer, d’y passer du temps, on arrive un peu à nos fins. Avec l’institution du label, il n’y a plus du tout eu ce jeu, alors que pour moi avoir 10 personnes qui bossent avec moi c’était une façon de réaliser 10 fois plus ! J’ai un studio, j’ai des idées, donc à 10, on peut avoir 50 milliards d’idées. Et en fait, non. Le truc improbable.“ Rien ne l’a jamais empêchée de réaliser ses projets, aussi loufoques soient-ils. “Au Lucernaire, j’avais fait un streaming live avec une caméra scotchée au plafond, en squattant le wifi des voisins – qui nous avaient donné leur code parce que le théâtre n’en avait pas – avec Benjamin Sonntag de la Quadrature du Net qui faisait le mix en direct… et en fait c’est ça qui m’amuse ! C’est le truc où t’as une bonne idée mais t’es personne donc tu te prends que des murs. Sauf que j’ai envie de le faire donc je vais le faire.”

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Récemment, elle s’est lancée dans une websérie intitulée La Clé du Succès. “Il ne se passe rien, il n’y a aucune intrigue, et j’en suis déjà à la deuxième saison ! C’est la version nouvelle vague de Flight of the Conchords. Ca me fait extrêmement rire : chaque épisode dure 1 minute, en comptant générique. Mais en fait les gens prennent ça vachement au premier degré, ils savent pas si c’est du lard ou du cochon.” Le souci, c’est souvent l’incompréhension face à son imagination débordante. “J’ai tournée les épisodes et je les ai laissé reposer un an et demi, parce qu’on m’avait dit que c’était vraiment nul. Que je véhiculais un message négatif, alors que moi quand je les regarde, je me marre. Et donc au bout d’un moment, comme ça me faisait toujours marrer…. Je l’ai repris et j’ai continué.”

Ornette admet avoir un fonctionnement un peu anarchique. “Je suis arrivée à cette théorie du chaos, je trouve qu’elle me correspond assez bien. Et du coup j’ai eu envie de me réapproprier, de retrouver la légèreté, une forme de naïveté que j’avais au tout début, et l’affirmer en fait. Petit à petit, je suis arrivée à un truc qui me convient, je suis hyper contente : les gens avec lesquels je travaille sont pétillants d’idées, et après on combine avec la réalité.” Mais d’après elle, c’est la condition nécessaire pour survivre en tant qu’artiste dans cette société. “J’ai lu Microéconomie de l’incertain de Nguéna, sur comment on peut être critique dans un environnement qui fluctue : comme on ne sait pas si on va pouvoir gagner notre vie, faut être fou pour être musicien ou comédien ! Du coup ça demande d’autres ressources, on pense pas forcément de la même manière. Perso, ’ai grandi là-dedans, et du coup je m’arrête pas si le fichier Xcel est fini : on va rajouter des lignes !”

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Ornette est donc sur une nouvelle dynamique d’un EP par an. “Après mon premier album, je suis allée en Angleterre pour mettre un peu tout à plat. Il s’était passé tellement de choses, à la fois au niveau du boulot et dans ma vie. J’ai vraiment eu besoin de réétudier, donc la danse et l’anglais. J’étais dans une petite école, genre le rêve de quand j’avais 20 ans. J’ai cherché un logement via des potes et j’ai fini chez une fille qui est devenue super copine, Samar, qui chante et qui fait des fringues, qui est la femme de Fink.“ Sur le nouvel EP Take Your Time, on retrouve Fink aux manettes d’un remix. “Etant fan depuis ses premiers albums, j’ai demandé si ça lui disait de faire un remix. Et quand il me l’a envoyé, j’ai pleuré. Quand t’écoutes des gens pendant longtemps, et que tu reçois ta musique, ta voix, il n’y a aucun mot pour définir ça si ce n’est pure joie, pure bonheur ! T’as pas les moyens pour que le monde entier le sache. Mais t’es juste envahi d’un bonheur ultime. Et puis moi il me fait triper ce remix, il y a de l’espace.”

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Réclame

Voir les sessions acoustiques d’Ornette
Lire une rapide interview d’Ornette en 2012


Remerciements : Pauline Berenger

Catégorie : A la une, Entretiens
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