Entretien avec Benoit Guerinault pour le Hors Bord festival

C’est sur l’IBoat que Benoit Guerinault, directeur artistique, nous a donné rendez-vous pour parler de son petit festival qui a tout pour devenir un grand. Calé dans un quartier encore méconnu de Bordeaux, les Bassins à Flots, le Hors Bord revient pour une deuxième édition attendue du 18 au 20 mai. Au programme ? De la musique électro, mais pas que, avec des noms qui promettent de belles émotions, de Suuns, en passant par Isaac Delusion et sans oublier la tête d’affiche, les très rares Death in Vegas.

Pour sa deuxième édition, Benoît Guerinault s’est fait plaisir sur la programmation du Hors Bord. « Cette année, on a beaucoup investit plus sur les cachets des artistes, avec des noms un peu plus ambitieux. Pas forcément des grands noms mais plus exclusifs pour être un peu différents des autres festivals. »

Pour le Hord Bord, l’idée n’est pas de créer un énième gros festival régional. « Nous avons de faire un festival de centre-ville avec une programmation assez pointue. Quand on programme le Hors Bord, on va aller chercher dans les petites lignes des grandes affiches d’autres festivals, ces artistes qui nous excitent vachement. On aimait bien cette idée de se dire que de ses petits noms on en faisait presque nos têtes d’affiche. » A l’origine du festival, c’est la rencontre entre deux structures, l’IBoat et AMP. « L’agence AMP, basée à la Rochelle, fait de la production et un peu de programmation : ils sont notamment à l’initiative du Roscella Bay festival. Du côté de l’I .Boat, je pense qu’on avait besoin d’un truc un peu déclencheur : ça fait 5 ans que le bateau tourne avec quasiment la même équipe, on envoie énormément de formats… Ca faisait longtemps qu’on avait envie de faire un vrai festival avec de vraies ambitions artistiques. Et avec AMP, qui a déjà une première expérience dans ce domaine, on s’est lancés. »

Benoit Guerinault revient sur l’expérience de la première édition. « On a eu un accueil extrêmement chaleureux avec peu de retours négatifs, je pense que les gens attendaient vraiment ce projet. Beaucoup ont été très surpris parce qu’ils s’attendaient à ce que ce soit un événement d’une telle ampleur : dès la première année, ça ressemblait déjà à un vrai festival avec une vraie scénographie. Et ça a été plutôt bien perçu. » Pour cette deuxième édition, le Hors Bord bénéficie du soutien de la ville. « On a mis beaucoup de choses en place ensemble notamment sur les accompagnements, la prévention. On fait très régulièrement des points avec les voisins, on les invite sur le bateau pour s’exprimer. Et du coup ça marche ! Ce qui effraie les gens en général, c’est de ne pas savoir ou de devoir subir les choses. »

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Il faut dire aussi que le surnom de « belle endormie » qui colle à la ville girondine est d’autant plus vrai sur le plan culturel. « A Bordeaux, très franchement, on s’intéresse à la culture depuis 2 ou 3 ans seulement : il y a une bascule qui a permis que ça s’ouvre, que des lieux comme le nôtre soient enfin reconnus. Mais il y a eu un gros travail de fond de fait depuis quelques années pour faire comprendre à la fois aux élus et aux Bordelais que la culture ce n’est pas que l’Opéra ou le Musée d’art contemporain. C’est en train d’évoluer : il y a de plus en plus de gens qui viennent s’installer à Bordeaux, ce qui aide la culture locale. » Dans cette mise en marche culturelle de Bordeaux, l’IBoat entretient une relation parfois compliquée avec sa ville. « Ça commençait à me peser d’entendre toujours que l’IBoat était juste une boîte de nuit, on était toujours taxé de jeunesse dorée, jeunesse droguée. Or, en tant que responsables de ce lieu, on est tellement loin de ça ! Et du coup, cette idée de festival permet ce côté fédérateur qui manquait encore. »

Fédérer oui mais sans partir dans le mainstream. La ligne artistique du Hors Bord festival privilégie la musique électronique certes pointue mais accessible. « Même si c’est de l’électro au sens large, on ne veut pas en faire un projet fourre-tout. Cela dit, on ne veut pas non plus que la musique soit trop dure sur le plein air : j’ai envie que ce soit qualitatif mais relativement ouvert. Et garder les musiques plus techniques en intérieur, pour des gens qui savent exactement pourquoi ils viennent. » Un pari osé pour un festival bien jeune qui doit encore se faire un public. « C’est tout l’enjeu de cette programmation. Ce qui est difficile quand on programme c’est qu’on a de moins en moins de repères clairs : on est obligé de jauger en fonction des fanbases des artistes et de cumuler les éléments pour se dire que ça va marcher. Après, c’est là qu’il faut faire confiance au public. Il y a une couleur, des structures que les gens commencent à connaître un minimum. Du coup les gens nous suivent. »

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L’ambition est clairement de rester sur un format familial. « Après on ne veut pas non plus attirer trop de monde parce qu’on n’a des jauges limitées et que ce n’est pas notre objectif. A terme, je pense qu’on va être vite limité mais tant mieux. Et on restera sur ces jauges, à la différence de certains projets qui grossissent encore et encore et qui perdent leur identité. » Ce qui n’empêche pas Benoît Guerinault de voir loin pour les prochaines éditions. « On aimerait aussi s’engager sur des projets arts visuels, art digital. Aujourd’hui, on est encore trop fragiles et pas assez accompagnés pour pouvoir se lancer dans des grosses programmations qui sont lourdes financièrement. Cette année, le budget a presque doublé du fait de sa professionnalisation, par rapport à l’édition précédente qui était plus en mode bénévole, sans le mauvais sens du terme. »

En plus de la forte médiation, le Hors Bord Festival fait tout pour séduire les Bordelais. « On a une démarche extrêmement volontaire par rapport à ce festival – ça a été d’ailleurs été dur de convaincre tout le monde – mais l’idée c’est d’offrir le premier jour du festival, et on voudrait maintenir cette opération. Et ce premier jour est aussi ouvert prioritairement aux riverains : on lâche environ 4000 invitations juste sur le quartier. L’année dernière, alors que c’était encore très peu construit, on a eu à peu près 400 voisins, c’est hyper satisfaisant ! »

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Un festival urbain donc, qui s’implante dans un secteur en pleine expansion de Bordeaux. Un choix pas si anodin… « On est très attaché à notre bassin déjà parce que l’IBoat est implanté depuis 5 ans. Mais faire un festival en centre-ville sans que ce soit juste un one-shot est quelque chose de très difficile. Ce qu’on veut, à l’image du bateau, c’est que les jeunes qui vont découvrir le festival à 17 ans grandissent avec et en fasse leur festival. »

Réclame

Le Hors Bord festival aura lieu du 18 au 20 mai à Bordeaux.
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Remerciements : Manon Boulart

Catégorie : A la une, Entretiens
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