Entretien avec JoyCut

Après une tournée de près de trois ans pour leur troisième album PiecesOfUsWereLeftOnTheGround, avec deux passages par South by Southwest, JoyCut est venu conclure cette série de concert à Rock en Seine. C’est lors de ce festival que Le Transistor a rencontré le groupe italien d’industrial-post-rock pour le moins étonnant. Une interview pleine d’enseignements, de quoi envisager la musique – et la vie – différemment. Parfait pour démarrer l’année du bon pied.

JoyCut

En fait, JoyCut c’est pas vraiment du post-rock, c’est aussi de l’electro, de la dance – voire de l’eurodance -, de la dark wave… Pasquale Pezzillo cherche une métaphore pour expliquer : “On est pas corrompu. C’est comme quand on ouvre notre armoire et qu’on regarde nos fringues…”

Comme beaucoup d’adolescents de son époque, Pasco était fan de The Cure. “Quand j’avais 14 ans, je ne portais que des vêtements noirs, avec ma coupe à la Robert Smith. En grandissant, j’ai découvert qu’il n’y avait pas qu’une seule palette de couleurs. C’est la même avec la musique : on ne peut pas se réduire à un genre. J’écoute beaucoup de musiques, et quand on joue, on crée avec tout ce qui nous vient.” Son éventail musical s’est bien élargi depuis. “Quand on part en voyage, on amène nos influences avec nous, et ça permet d’élargir ses horizons, de mélanger. C’est comme ça qu’on devient un autre individu, qu’on grandit.”

Rapidement, on réalise que l’évolution personnelle est au coeur des priorités de JoyCut. “Il faut se perfectionner tous les jours. Ceux qui disent qu’ils sont à prendre tels qu’ils sont, et si les autres n’aiment pas tant pis… Ca ne me correspond pas, au contraire je suis persuadé que je peux m’améliorer. Pareil pour ma musique : je peux l’améliorer, je peux explorer, et dans tous les domaines possibles. C’est pour ça que notre musique mélange tous ces genres : c’est sincère, authentique. Humble et en même temps, exigeant. C’est comme l’humanité, c’est naturel !” Ce qui se ressent dans leur musique. “La musique, pour nous, c’est plus que de chanter une chanson. Le plus important reste de composer, de créer des sons. Ensuite, le concert c’est comme une célébration de notre travail… parce qu’on travaille beaucoup ! Quand on joue, on prend notre pied, avec cette puissance tribale, ce rythme, on a l’impression de faire quelque chose d’important.”

L’écriture est une forme de thérapie pour le trio italien. “Des fois on ne sait pas qu’on se sent déprimé, on le découvre en jouant. Parce qu’on ne reste pas en surface, on plonge en profondeur : à l’intérieur du corps, de la parole, des âges. On n’est plus homme ou femme, on n’est plus français ou italien, on est juste ce qu’on est en train de créer. On est ce qu’on est… et quand on présente cette forme de prose, on sait qu’on est en train de faire quelque chose de positif : on célèbre cette sorte de souffrance.” Au passage Pasco pousse un coup de gueule contre la positive attitude ambiante. “ Partout, on nous dit que tout va bien, qu’il ne faut pas penser à des choses négatives, rester positif… Sauf que c’est juste une méthode pour cacher la réalité. Personnellement, je veux voir la souffrance. C’est ma vie, j’en ai qu’une ! Je veux pas perdre du temps avec des conneries. Je veux savoir ce qui se passe, je veux découvrir mes sentiments, je veux ouvrir la boîte, regarder à l’intérieur, voir le côté obscur. Et parfois, cette boîte recèle une réelle beauté.”

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En majorité instrumentale, la musique de JoyCut se garde de prôner idéal. “Il n’y a que peu de chansons en anglais, ou dans un code qu’on pourrait inventer. Mais en fait, c’est plus que de la musique : ça peut-être la bande son d’un film, ou pour une pièce de théâtre, un spectacle, peu importe. Notre musique peut aussi illustrer et contredire des photos, ou encore sonoriser de l’art contemporain.” Et leur permet au contraire de dépasser les frontières. “Quand on a joué au Japon par exemple, on ne pouvait s’attendre à aucune réaction en particulier. C’était bien entendu notre toute première fois là-bas, et on était stupéfaits, parce que les gens nous écoutaient vraiment, les yeux grand ouverts ! Ca nous permet de les toucher au coeur, au plus profond… On était tellement contents ! Ce concert nous a fait réaliser que peut-être la musique est capable de créer une sorte de pont entre les cultures. Probablement.”

Ce qui n’empêche pas le groupe de faire passer un message. “ Quand on joue en salle, on essaie de raconter l’histoire de la civilisation à l’aide de visuels. On commence avec des images dures, de violences, des bagarres, et petit à petit – parce qu’il n’y a pas d’interruption, c’est une entité qui crée comme un paysage naturel -, on arrive à un stade où on se sent à l’aise, pour rejoindre la tranquillité. C’est l’histoire de notre nature.” Grâce à ses batteries tribales, JoyCut arrive à obtenir un rendu organique sur des sons électroniques. “Quand on joue, j’ai besoin de ressentir des sons naturels. Sur scène, on a des murs entiers d’électronique, mais toutes nos batteries doivent être acoustiques. Elles doivent venir du sol, de la terre. Les percussion c’est viscéral ! L’électronique représente le côté maléfique de la civilisation, les technologies, le progrès, et les batteries sont les racines… Sans avoir besoin d’être radical, on peut trouver un bon équilibre : c’est une des qualités de l’être humain.”

Sans surfer sur la vague de l’écologie, JoyCut s’efforce de faire de la musique sans détériorer l’environnement. “On aime pas trop parler de cet aspect, pour pas tomber dans l’argument marketing. C’est juste notre attitude : on a commencé en 2008, et maintenant tout le monde le fait. Mais c’est quelque chose qui nous tient à coeur, on fait tout notre possible pour respecter le zéro déchet. De notre packaging jusqu’à nos kits de percussion, on recycle tout. On est bio à 100%, même notre merchandising, avec de la colle végétale pour les CDs.”

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En toute sobriété, leur page Facebook est dédiée à Melissa Bassi… Pasco raconte son histoire. “C’était en 2012, quelqu’un a jeté une bombe devant une école, dans les Pouilles, et cette fille de 16 ans est morte. Ca m’a touché parce que avant j’ai été prof pendant 14 ans. J’aimais beaucoup travailler avec les jeunes, ils sont dans un moment très particulier de leur vie : l’adolescence est une période si difficile à gérer. Et quand je pense que quelqu’un va être éduqué à l’école, pour rendre le monde meilleur, qu’il perde la vie, c’est tellement dur à envisager. Donc on voulait faire un geste, c’est tout.”

Réclame

JoyCut devrait sortir un nouvel album dans le courant de l’année
Lire le compte rendu du concert de JoyCut à Rock en Seine


Remerciements : Marion [Ephélide]

Catégorie : A la une, Entretiens
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