Entretien avec Michael Nau

Son premier album solo vient de paraître, mais Michael Nau est loin d’être un débutant. Après Page France, cet Américain originaire du Maryland continue de jouer avec sa femme avec un nouveau groupe, Cotton Jones. L’arrivée d’un puis de deux enfants l’a poussé à repartir mais en solo cette fois, ce qui lui permet pour la première fois de venir en Europe. Le Transistor, ému par son album Mowing – parfait pour la période hivernale -, a décidé de rencontrer ce sensible papa musicien.

Michael Nau

Difficile de partir en tournée avec femme et enfants, mais Michael Nau cherche des solutions. « Ma femme n’aime pas être loin des enfants non plus, donc on peut pas trop partir ensemble. On a essayé pendant un moment, mais l’aîné va maintenant à l’école… Cela dit, à chaque voyage, on envisage un nouveau compromis. »

Pour Michael Nau, l’aventure a commencé il y a dix ans, sous le nom de Page France. « On s’est fait remarquer par un label alors qu’on venait de finir le lycée. C’était la première fois qu’on s’essayait à l’enregistrement. Et finalement, après deux albums et tournées intensives, tout le monde a dû commencer sa vie. Moi je voulais continuer à jouer, donc Cotton Jones est devenu mon terrain d’expérimentation. » La chanteuse est devenue sa femme, et Cotton Jones s’est mis à tourner en famille. « Quand on a eu le premier enfant, on l’emmenait sur les tournées, mais ça doublait les dépenses parce qu’on était habitués à dormir par terre. Avant s’en sortait sans avoir réellement besoin de revenir avec de l’argent, mais tout a changé : on est passé d’une certaine liberté à devoir dormir à l’hôtel, et emmener une baby-sitter. Difficile donc de se lancer dans un nouvel album de Cotton Jones, tout en sachant qu’il nous était impossible de tourner. »

L’arrivée de leur premier enfant a bousculé beaucoup de leurs habitudes. « Il y a cinq ans, après le dernier album de Cotton Jones, j’ai commencé à enregistrer ce que je pensais être des chansons du futur album. Mais on a déménagé, je n’avais plus autant d’espace, donc j’ai vendu pas mal de matériel d’enregistrement. J’étais habitué à beaucoup arranger les fragments de chansons, et là je pouvais plus. Ce qui fait que je me suis retrouvé à m’assoir avec ma guitare ou au piano, et donc à plus écrire les chansons. » Néanmoins, le nouvel album de Cotton Jones n’arrivait pas à prendre forme. « En deux semaines, j’avais un album fini. Je pouvais le sortir mais j’avais pas de label, et sans deadline, j’ai tout simplement continué à écrire. Et plus j’avançais, plus je me perdais : au final, je me suis retrouvé avec 50 chansons. Au bout de quelques années, je me suis dit qu’il me fallait voir d’autres personnes, ne serait-ce que parce que j’avais aucune idée de la qualité de mon travail. »

Michael Nau s’est donc tourné vers un ami pour l’aider à prendre un peu de recul. « J’ai fini ce que j’avais commencé, j’ai écrit de nouveaux morceaux et j’ai tout amené au studio d’un ami. C’est la première fois que j’apportais des chansons complètes ou presque au groupe : avant je m’amusais à enregistrer des jams pour ensuite assembler les bouts. » Et le compositeur a découvert les joies de l’enregistrement en live. « J’avais juste quelques démos acoustiques, on les a jouées une ou deux fois avec le groupe, puis on les a enregistrées en prise directe. C’était vraiment facile, aucun esprit n’est venu entraver cette chose en train de prendre forme, dans cette pièce entre ces six personnes. J’ai compris qu’il n’y avait aucune raison d’essayer de les transformer : elles puisent leur sincérité dans le fait de jouer ensemble. Ça a été libérateur pour moi. »

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Ces deux jours de studio ont totalement changé son point de vue sur l’enregistrement. « Ce qui est drôle, c’est que mon premier album solo, est en fait le plus collaboratif que j’aie jamais fait. Chacun a fait ressortir le meilleur de mes chansons, à travers son jeu, son interprétation. On s’est bien amusé mais on a aussi bien bossé : on a enregistré 8 chansons en deux jours puis chacun est retourné à ses occupations. Ce n’est que deux semaines plus tard, que j’ai pu écouter quoi que ce soit. Là c’est la surprise : il y a des parties qu’on avait oubliées ! » Et lui ont permis de boucler ce chapitre sur lequel il était bloqué depuis près de cinq ans. « J’étais tellement paralysé à l’idée de devoir décider sous quel nom je le faisais paraître. Le sortir sous mon nom m’était inconcevable, mais apparemment je ne pouvais pas y échapper. Et puis j’en ai eu marre de me prendre la tête. Finalement la seule raison pour laquelle j’ai sorti cet album, c’était pour passer à autre chose, tourner la page, et pouvoir écrire de nouvelles chansons. En tous cas ça m’a libéré. »

Maintenant que l’album Mowing est sorti, Michael Nau peut repartir en tournée. « J’avais envie d’aller jouer en live ! Bien sûr, on n’a pas arrêté de faire des concerts ces dernières années, mais c’était compliqué parce que les anciens morceaux on les avait trop joués, et sans album, on peut pas trop jouer des morceaux que personne n’a entendus. Or avoir de nouveaux morceaux, ça motive ! Et maintenant je peux maintenant partir seul sur les routes, même si c’est pas ce que je préfère. Ca simplifie beaucoup de choses. » Le seul bémol, c’est qu’il voyage désormais sans sa moitié. « C’est difficile pour moi parce que j’ai toujours joué avec elle. Il y a clairement un esprit qui manque : pas seulement sur scène, mais aussi sur la route. A part ça, elle est contente de jouer, mais elle aime pas trop préparer les albums, elle préfère les tournées. Maintenant on essaie de s’organiser, de trouver du temps… C’est pour ça que les dernières tournées ont été brèves, parce que c’est difficile d’être loin des enfants. »

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Michael Nau a cette chance d’avoir été encouragé par sa femme de poursuivre cette voie. « J’ai toujours eu du mal à envisager la musique comme un boulot. J’avais l’impression que ça foutrait tout en l’air ! Mais c’est bête de se battre contre cette idée, c’est pourquoi j’accepte plus facilement de faire de la promo. Je suis pas très à l’aise pour parler de moi, mais il faut le voir comme un pas en avant. Quelque part, cette démarche me permet de mieux apprécier ce que fais : ça explique pourquoi je suis là en train de répondre à des questions. Pourquoi se prendre la tête ? »

Réclame

Mowing, le premier album solo de Michael Nau, est paru chez Full Time Hobby/ PIAS
Michael Nau sera en concert le 8 décembre au Point Ephémère


Remerciements : Mathilde Boulanger

Catégorie : A la une, Entretiens
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