Entretien avec Get Well Soon

Par le passé, et notamment pour The Scarlet Beast O’Seven Heads, Get Well Soon jouait élégamment avec des envies voire des arrangements classiques pop. Mais pour ce nouvel opus, les Allemands ont choisi de s’orienter plus vers la pop classique : avec Love, Get Well Soon explore le thème le plus exploré du style. Au Fnac Live, Le Transistor s’est posé avec Konstantin Gropper, seul maître à bord, pour parler de ce quatrième album et donc amour, folie et inspiration.

Get Well Soon

Sur la guitare de Konstantin Gropper, on remarque une photo d’enfant avec un tigre. « C’est simplement mon animal préféré, avec mon actrice préférée, Romy Schneider. »

Ce nouvel album Love a été conçu en quelques mois seulement. « Enregistrer et écrire pour moi c’est essentiellement la même chose, je fais tout dans un même élan. Ce que j’apporte au groupe c’est le produit fini : les démos sont déjà arrangées, et lors de l’enregistrement les musiciens jouent les partitions que j’ai écrites. Donc c’est très rapide mais de toute façon, j’aime le faire de manière concentrée, sur une courte période. J’essaie à chaque fois de raccourcir cette période de travail, ça aide à avoir un album cohérent. » Pour cet album, Konstantin Gropper avait une idée précise en tête. « Quand je commence, j’aime savoir où je vais, pour éviter d’y passer trop de temps. Donc je me donne une sorte de délai : ça rend les albums plus fluides. Si je laisse traîner, ça peut prendre plusieurs années, et l’album ressemblera à une collection de différents moments, de périodes de ma vie. »

Cette fois-ci, Get Well Soon voulait faire un album pop intitulé Love. « Le fait le sujet soit souvent interrogé en pop, c’était pas forcément lié : je voulais pas forcément un sujet populaire. C’était mon idée de départ, et je pense que j’aurais tout aussi bien pu faire un album classique sur l’amour. C’était une coïncidence que le sujet soit aussi pop que la musique. » Konstantin Gropper n’a pas effectué beaucoup de recherches en amont. «J’ai choisi le son, j’ai choisi le thème, et de là je trouve mes personnages pour les chansons : ils coulent de source. Normalement, je m’inspire de livres ou de films, de la littérature en général. Et je rassemble toutes ces sources, pour créer une sorte de piscine, d’où je tire un album. »

Cependant, Konstantin Gropper a beaucoup écouté de pop des années 80. « J’ai réalisé que j’écoutais pas mal de musique de ce genre. De là, j’ai cherché à identifier ce qui me plaisait dans cette musique : était-ce le son ou les arrangements ? Ensuite je regarde ce que je peux en tirer… Sans voler les idées, mais imaginer comment incorporer ces éléments à mon son, pour en faire quelque chose d’autre. » Ce changement de cap peut dérouter les fans de longue date. « J’ai toujours voulu que ce projet soit ouvert à beaucoup d’influences : il peut partir dans plein de sens ! C’est ce que j’aime chez d’autres artistes, ceux qui réussissent à prendre de nouvelles directions en gardant leur identité. Certains fans sont contents que ce soit enfin de la pop, et moins sombre. Mais je ne suis même pas sûr que ce Love soit moins sombre en fait. Quand on écoute les paroles, c’est pas non plus léger et insouciant ou joyeux. »

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Depuis les débuts, Konstantin Gropper a cherché à faire évoluer le son de Get Well Soon. « Dans un sens, j’ai toujours envie de briser quelque chose. C’est très important de ne pas rester dans une zone de confort. De ne pas être paresseux, sous prétexte d’avoir trouvé le son qui nous correspond. Il faut essayer de nouvelles choses : je me pose toujours des défis au début, comme avec un thème, ou un son, et je me force à faire quelque chose de différent. Ce qui ne veut pas dire que je pense que j’avais tort avec les albums précédents. »

Konstantin Gropper affirme que ce choix de thème n’est pas autobiographique. « Je ne sais pas d’où vient cette idée. Et je n’y réfléchis pas plus que ça, quand ça arrive je ne questionne pas mes décisions intuitives. J’ai cette idée romantique que je ne cherche pas le thème, mais que dans un sens, le thème me cherche. Et dans le cas présent c’est exactement ce qui s’est passé. Quand je pensais à cet album, c’était évident qu’il allait s’appeler Love, et qu’il parlerait d’amour. » Love tente de répondre à la vaste question de définition de l’amour. « Il n’y a pas d’élément personnel qui a déclenché cette envie. Ce n’est pas non plus parce que le monde est en train de tourner à l’enfer… Même si c’est le cas ! Mais peut-être que c’était tout à la fois. Dans un processus artistique, il est important de ne pas trop questionner l’inspiration. Si on en sait trop sur soi-même, on ne peut pas créer. Des fois, on regarde ce qu’on a fait et après coup, on se dit que qu’il y a un lien. Peut-être que dans dix ans, je trouverais la raison de cet album. Ou pas. »

Le clip video de ‘It’s Love’ montre une vision assez cynique de l’amour. « Ce n’était pas mon idée, mais je pense que c’est plutôt tragique voire macabre. Les gens font des choses qu’on ne peut pas expliquer, par amour. Mais c’est tellement subjectif : l’amour n’a pas la même signification pour chacun d’entre nous. C’est pour ça que ce scénario m’a plu, parce que cette vidéo questionne le mot amour. Si l’amour peut avoir cette signification pour certains, qu’est-ce que ça signifie pour moi ? C’est une manière un peu agressive de poser la question… mais au moins ça fait réfléchir ! » De par ses paroles, ce morceau est de toute façon très triste. « Les paroles expliquent que l’amour peut signifier beaucoup de choses différentes. Quand on fait une rétrospective de sa vie, l’amour peut apporter les moments les meilleurs, comme les pires. Et la vidéo reflète la chanson en démontrant que l’amour peut aussi créer les pires sentiments chez certains. »

Avec ‘I’m Painting Money’, Love explore la vie d’une peintre suisse, internée dans un asile psychiatrique. « Elle est persuadée qu’elle est la maîtresse de l’empereur. Quelque part c’est romantique d’imaginer qu’il y a ce genre de personnes totalement dévouées à l’art. Bien sûr c’est pas une décision qu’ils ont prise de vivre dans cette bulle, mais c’est une vision romantique de ces artistes qui en fait ne peuvent plus reculer. Ils ne sont plus en mesure de gérer la réalité parce qu’ils sont coincés dans leur art. Cet idéal romantique a inspiré tellement d’artistes… » L’érotomanie, et la folie en général, une autre facette de l’amour pour Konstantin Gropper. « C’est ce que les artistes du mouvement romantique cherchent à atteindre : cette manière d’être totalement dévoué à l’art. Fuir la réalité pour vivre dans leur monde artistique, sans aucun compromis. Mais c’est compliqué par ce que ça ne dépend pas d’eux, et ils auraient probablement choisi d’être sain. Cette histoire est tragique mais est dotée d’une puissance romantique tellement belle. »

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Au final, l’amour est bel et bien une source d’inspiration inépuisable. « Je pense que je pourrais facilement refaire un album sur l’amour. Dans dix ans par exemple, et il sera totalement différent. J’ai déjà un stock de titres : Love II, Love le retour, Love cette fois c’est sérieux ! ou encore Love, cette fois c’est personnel ! Une fois qu’on a le titre, l’album est quasiment fini, sûrement la semaine prochaine il sera déjà enregistré ! »

Réclame

Love, le quatrième album de Get Well Soon, est paru chez Caroline
Lire le live report de Get Well Soon à Rock en Seine


Remerciements : Victoria [Cecile Legros]

Catégorie : A la une, Entretiens
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