Entretien avec Alden Penner

Au commencement, il y avait The Unicorns, avec l’excellent Who Will Cut Our Hair When We’re Gone? paru en 2003. Puis les deux leaders sont partis accumuler les projets chacun de son côté. Après mûre réflexion et maints rebondissements, Alden Penner s’est enfin lancé à proprement parler dans sa carrière solo, avec l’album Exegesis en 2014. Le Transistor a rencontré le Canadien lors de sa date parisienne avec l’acteur Michael Cera, pour parler de son nouvel EP, Canada in Space, qui annonce un nouvel album à venir…

Alden Penner

Peu importe les formations, Alden Penner garde sa touche très personnelle. « En essence, ce nouveau projet, c’est aussi bien Clues que The Unicorns. C’est tous mes projets à la fois. »

Alden Penner ne semble pas regretter ses expériences passées en groupe. « On a besoin des autres au début, pour se nourrir. Mais aussi pour ne pas se retrouver seul sur scène, c’est important d’avoir quelqu’un qui nous soutient. J’ai appris plein de choses, et principalement que je voulais pas travailler avec ceux de Clues ! (rires). Parce que dans le fond, c’était ma musique, donc j’avais le choix de le faire ou non. Mais ils n’étaient pas satisfaits et je veux absolument pas empêcher les autres de s’exprimer.» Sur scène, Clues dégageait une électricité étonnante. « Je pense pas que ce soit la seule manière d’obtenir l’électricité dans un groupe. En fin de compte je pense qu’ils voulaient faire quelque chose qu’on ne pouvait pas faire. Avec ce nouveau groupe, on a toujours cette même énergie sans les frustrations. C’est vraiment quelque chose joyeux, et de plus diversifié dans le fond parce que j’ai la musique de Michael Cera et des autres musiciens. On est capable de faire toute la gamme ensemble. »

En 2010, Clues s’est mis en pause, et Alden Penner a formé The Hidden Words, beaucoup plus spirituel. « C’était un concours de circonstance… une envie de travailler dans autre chose. Mais j’ai continué à faire de la musique, c’est juste que ce qu’on a fait n’était pas largement disponible. J’avais pas vraiment le besoin ou le désir de pousser. Même si c’est pas une mauvaise chose d’avoir cette envie de faire de la musique et de la partager… » A un moment, le Canadien a tout de même songé à arrêter la musique. « C’est pas une décision qu’on peut prendre, du moins dans mon cas, donc j’ai comme été forcé d’arrêter. C’est un peu dramatique de le dire comme ça, mais ça devait venir d’autre part. C’était juste pour avoir le temps de distinguer ce que je voulais vraiment dans la musique, et ce que je ne voulais plus. »

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Le déclencheur a été cette tournée de réunion de The Unicorns en première partie d’Arcade Fire. « En même temps, j’avais déjà fini Exegesis, et j’avais envie de tourner avec cet album. Mais c’est plus difficile de redémarrer après avoir arrêté. Donc Exegesis était comme un premier pas, et la tournée avec The Unicorns a été importante pour déclencher quelque chose de beaucoup plus large. » L’acteur Michael Cera, un de ses plus grands fans, a aussi joué un grand rôle dans sa prise de décision. « Je me souviens de prods qu’il m’avait filées, quand j’ai dit que j’essayais de me forcer un peu à me remettre à la musique. Et lui, au lieu de me pousser, il m’a dit de prendre mon temps : La musique a besoin de toi, ça doit pas être forcé, prend ton temps, parce que le plus important c’est que tu te sentes à l’aise. C’était la seule personne qui m’encourageait de manière amicale et désintéressée. Je pense pas qu’il voulait une réunion des Unicorns même si c’était son groupe préféré.»

Beaucoup de fans espéraient que cette tournée annonce une reformation du groupe… « C’était juste bizarre cette tournée avec Arcade Fire. Je crois que même Michael Cera a realisé que le contexte n’était pas favorable à The Unicorns. C’est comme ça des fois, on approche quelque chose, et en fait c’est ce qui se passe à côté qui amène ce qu’on souhaitait réellement. Comme par exemple avec le label. C’était vraiment inattendu ! » Et finalement, c’est ce qui a poussé à Alden Penner à se réaliser pleinement en solo. « Pour un festival, j’ai donné un concert à Montréal dans un petit bar. Et je savais même pas que le label City Slang était dans la salle : ça a pris même des mois avant que je sache qu’ils étaient intéressés. Donc moi je continuais mon truc, et quelques mois plus tard, alors que je planifiais la tournée en Europe – une fois que j’étais prêt en somme -, qu’ils m’ont contacté pour me dire qu’ils avaient adoré mon concert. »

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Comme une étape lui permettant de retrouver la confiance en lui nécessaire. « Depuis un bout de temps, je joue mes propres chansons : je me sens plus libre, j’ai pas à répondre aux besoins des autres, que ce soit sur le plan créatif, social ou même économique. C’est vraiment un projet dans lequel je me sens bien. Et en fait, on joue des chansons de Clues aussi, donc je peux amener le passé. Je fais ma musique dans un climat de confiance ; et le fait d’avoir Michael dans le groupe, c’est enrichissant. » Et le nouvel EP Canada in Space est l’étape suivante. « Certaines des chansons sont vieilles, ‘Candy’ date du temps de The Unicorns, même avant en fait… 2003 au moins. J’avais cette mélodie, ces paroles, et puis je l’avais jamais enregistrée comme il faut. Elle est un peu unique comparée aux autres chansons. En même temps, chaque chanson porte une histoire particulière et se différencie un peu des autres. C’est un peu comme si le titre et les chansons étaient deux éléments mis ensemble vers la fin. »

Chaque morceau de Canada in Space s’est développé au fil du temps. « ‘Breathe to Burn’ je l’ai commencée vers la période d’Exegesis, l’année dernière, mais j’ai pas eu le temps de la terminer pour cet album. Comme celle intitulée ‘Exegesis’, evidemment. Quand je compose, ça peut aller dans toutes les directions. Donc j’ai plein de chansons qui attendent pendant que je suis en train d’en mettre d’autres en vie. » Suivant les conseils de Michael Cera, Alden Penner ne force pas quand il compose. « J’en ai une que je viens de finir, que je voulais absolument compléter pour Exegesis … Et finalement, j’ai réalisé qu’elle était complète, que j’avais pas besoin de rajouter des pistes, il s’agissait plutôt de simplifier les choses. Et sur d’autres comme ‘Meditate’ et ‘Breathe to Burn’, comme il y a plusieurs chansons en une, il faut prendre chaque section, et s’assurer que ça se branche bien ensemble. »

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Son EP s’inspire du projet de mission sur la planète Mars. « Cette mission ne paraît pas avoir de réflexion dans ses ambitions : cette idée d’envoyer des personnes ordinaires, sans réelle expérience, ça me semble bizarre. Mais je voulais pas imposer un concept, ou quelque chose de lourd. C’est juste des petits détails comme les synthétiseurs, des sons de l’espace… Ce n’est pas tant le côté technique de se déplacer, c’est plus l’état d’esprit des voyageurs que je voulais explorer. » Et appelle à la méditation avec ‘Meditate’, un morceau bien nerveux. « Tout dépend de ta définition de la méditation. Pour moi, la musique c’est un moyen de se mettre en transe, et chaque morceau nous amène à une conclusion différente. C’est un peu ça aussi avec la méditation : on reçoit parfois des réponses différentes à la même question. »

Réclame

Canada in Space, le nouvel EP d’Alden Penner, est paru chez City Slang.


Remerciements : Aymeric [City Slang]

Catégorie : A la une, Entretiens
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