Entretien avec Dali de Field Mates Records

En 2015, vu l’état de l’industrie musicale, monter un label paraît impensable. Et pourtant, l’attachée de presse de Total Blam Blam, mais aussi LaBlogothécaire canal historique Dali Zourabichvili vient de fonder Field Mates Records pour sortir Summer in Pain, le premier album de Jimmy Whispers. Poussé par l’admiration, Le Transistor est allé rencontrer avec cette héroïne musicale des temps modernes.

A la terrasse du Point Ephémère, au bord du Canal, Dali Zourabichvili explique : « Quand t’es emballé par un projet, tu te dis les gens vont forcément l’être autant que toi, et qu’ils vont forcément suivre… »

A la base, Dali Zourabichvili est blogueuse sur This Is All About Audio Dynamite. « Sur mon blog je parle jamais des artistes que je promeus en relations presse, j’essaie de séparer un peu. Pour moi, c’est un moyen de découvrir des petits groupes, éventuellement, c’est des gens avec qui je vais pouvoir bosser par la suite. A l’époque j’avais découvert Wu Lyf, et quelques années après je bosse avec Francis Lung, et maintenant je commence avec Ménage à Trois qui est aussi dans la team de Manchester. » Mais elle écrit aussi sur La fameuse Blogothèque. « Ca a toujours été un plus, pour faire des trucs fun comme les concerts à emporter et les soirées de poche. Ça me permet de caser des artistes que j’aime, en dehors de ceux que je travaille. Et même si j’ai plus trop le temps d’écrire, je continue à être pas mal investie : ça fait depuis 2008 quand même que je suis dans l’équipe. C’est vraiment la partie bénévole pour renforcer le réseau, me tenir au courant, et sortir un peu le nez des projets que je bosse. »

En pleine recherche pour une de ses playlists, Dali tombe sur Jimmy Whispers. « C’était il y a plus d’un an. Je suis tombée sur une soirée à Austin avec plein de groupes que je connais qui sont hyper cool, avec un seul que je connaissais pas. Je vais écouter, et je regarde la vidéo du programme pour enfant Chicago-go, un peu bancal. » C’est instantanément un coup de foudre absolu. « Comme il y avait que deux vidéos, je lui ai écrit. C’était vraiment une approche de blogueuse qui a envie d’en écouter plus. Rien d’autre. Et il m’a envoyé direct son album. Celui qui vient de sortir, mais qui était déjà tout prêt. A l’époque, il devait sortir quelques mois plus tard donc j’attends avec impatience pour pouvoir m’acheter ce fameux disque. »

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Fatiguée d’attendre Dali décide de prendre les devants. « J’essaie de le faire venir en France pour jouer, mais c’est un peu l’échec. Et puis à un moment ça m’est venu, j’ai commencé à étudier un peu les possibilités financières et je lui propose de monter un label pour sortir son album. Il a pas hésité, il a dit oui direct ! Il avait un label qui était prêt à le sortir aux Etats-Unis, donc l’idée c’était que je fasse l’Europe. De ce bordel assez total en septembre dernier, ça a évolué. » La blogueuse s’est renseigné bien entendu, mais a surtout voulu s’engager seule. « J’ai vachement discuté avec le boss de Clapping Music, avec qui je bosse depuis mes débuts, j’ai demandé des conseils. Ils étaient tous à reconnaître que c’était courageux… mais j’ai pas voulu leur proposer de le sortir sur leur structure. J’avais envie de me lancer, sans que quelqu’un se greffe après coup. »

Jamais l’attachée de presse n’avait envisagé de monter un label auparavant. « J’avais déjà eu des coups de cœur, sur lesquels je m’étais suffisamment mouillée, investie, avec Wu Lyf notamment. Mais ça m’avait jamais effleuré. Je sais pas ce qui s’est passé pour que j’aie ce déclic .J’imagine que c’est une question de moment, de maturité. Et puis j’étais sûre de mon coup. En tout cas j’étais sûre d’avoir envie de le faire et que ça valait l’investissement. » De cette première expérience, elle a beaucoup appris. « Tu réalises pas mal de choses sur un autre aspect de toute l’industrie. C’est là que tu te rends compte que la presse fait pas vraiment vendre. Ça reste encore hyper important mais ça prend beaucoup de temps à être vraiment efficace. Je sais pas à quel moment ça bascule pour les ventes en fait. »

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C’est ainsi que Field Mates Records a sorti le premier album de Jimmy Whispers en Europe. « Summer in Pain se trouve sur internet, et chez quelques disquaires aussi à paris. Pour l’instant on ne le trouve pas ailleurs mais je ne perds pas espoir. En fait, on n’a pas de distributeur parce que sur des petits projets comme ça, label tout neuf et première sortie, ils te suivent pas, ils en ont rien à faire. Et la distribution digitale c’est un service que tu paies. » Donc Dali démarche les disquaires elle-même pour faire distribuer son vinyle. « Je réalise que tout se négocie. En même temps ce que j’aime bien là-dedans c’est que mon vinyle se retrouve chez le disquaire à un prix raisonnable, parce qu’il y a pas toutes les marges pour les intermédiaires. C’est complètement délirant quand tu les vois à 25 ou 30€ ! C’est ce qui va à terme finir par aussi tuer ce support qui avait commencé à renaitre un peu. Mon vinyle est à 13€ en magasin, ça me paraît correct. »
La passionnée ne rechigne pas devant la charge de travail en plus que cela représente. « Je sais que par exemple aux balades sonores, le disquaire connaît le projet, il va le proposer c’est comme ça que ça va se vendre. S’il n’y a personne, ton projet il va rester dans le petit bac et tu vas devoir le racheter derrière. »

Après la distribution, la jeune directrice de label se retrouve à faire du booking. « C’est hyper important qu’il vienne en europe. Parce qu’ici personne n’a entendu parler de lui. La Route du Rock booking s’occupe de lui en France, et il a un bookeur européen maintenant pour coordonner tout ça parce que là ça dépasse un peu mes capacités. » Heureusement, Dali n’est pas la seule conquise par le style de Jimmy Whispers. « On a démarché quelques personnes mais le gros des dates c’est des gens qui sont venus nous chercher. On bricole un peu, parce que comme on s’y est pris un peu tard, les festivals sont déjà bookés mais c’est déjà pas mal. L’idée c’est qu’il puisse rentrer dans ses frais. Et que ça génère un peu plus de presse et un peu de visibilité pour revenir on l’espère à l’automne. »

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La machine est en marche, et Field Mates Records ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « Maintenant que j’y ai gouté, j’ai un peu envie de continuer. Je sais pas trop où ça va me mener, et en même temps j’ai envie que ça reste un peu guidé par le même esprit. Et comme j’ai au moins un coup de cœur par an, c’est déjà pas mal. » Dali aimerait installer l’image du label avec des sorties régulières, mais sans se précipiter. « Si je me force à sortir des projets sur lesquels je suis qu à moitié séduite, je vois pas l’intérêt. C’est comme pour la promo, je vais pas défendre un groupe auquel je crois pas, que j’ai pas envie d’écouter chez moi ou de voir en concert. »

Une fierté de Dali ? N’avoir pas eu recours au crowdfunding pour fonder Field Mates records. « C’est quand même hyper excitant. Tu te dis que des gens vont pouvoir écouter cet album parce que j’ai pris le risque de le faire. Et d’avancer mon fric, et ça j’y tenais vachement… Le crowdfunding m’horripile, parce que j’estime qu’à un moment ça doit être une prise de position et un investissement personnel. Donc c’est sûr que ça pèse aussi sur les projets suivants. Car il faut pouvoir rentrer un peu dans ses frais pour pouvoir imaginer une suite. »

Réclame

Summer In Pain, le premier album de Jimmy Whispers, est paru chez Field Mates Records.
Jimmy Whispers sera en concert à la Route du Rock et le 15 août à Ground Control (75018)
Lire l’interview de Jimmy Whispers


Remerciements : Dali [Field Mates Records]

Catégorie : A la une, Entretiens
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